LES QUATRE VOYAGES DE JEAN-PAUL II
Is 7, 10-15 : He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Lundi de la deuxième semaine après Pâques
Fête de l'Annonciation – A
(4 avril 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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'étais samedi dernier avec des couples qui se préparent au mariage, des fiancés. Il y avait deux parties, une qui portait sur la vie du couple dans son aspect le plus humain et la deuxième partie : et Dieu dans tout ça, quelle relation avez-vous avec Dieu, est-ce que vous le priez, puisqu'ils demandent le sacrement du mariage, ils doivent être un peu sensibilisés à cette dimension divine. Nous avons fait un tour de table et à la question : est-ce que vous priez Dieu, ils répondaient tous : je le prie quand cela ne va pas, je le prie quand j'ai un malheur, quand j'ai une difficulté dans ma vie, je le prie, c'est-à-dire que je pense à lui, je vais mettre un cierge etc … mais avec une sorte de naïveté qui signifiait aussi la confiance qui s'était établie entre nous, ils disaient, quand cela va bien, je ne prie pas. Ils disaient tous cela. Moi, j'ai réagi de façon assez rapide, en disant : Dieu, c'est le samu social ? Est-ce qu'il est seulement là comme une nounou pour nous consoler, est-ce qu'Il est seulement là pour consoler ses enfants quand cela ne va pas ou qu'il leur manque quelque chose, ou bien Dieu est quand même autre chose. Est-ce qu'une relation différente peut s'établir avec Dieu ? C'est un peu normal, vous êtes restés au niveau de votre catéchisme, vous êtes restés à une foi d'enfant, vous êtes restés à quelque chose de primitif, mais il faut maintenant passer à une foi d'adulte. Dieu ce n'est pas le papa, la maman qui console son enfant quand cela ne va pas, quand il a faim, froid, soif ?
Non, Dieu c'est au-delà. Et l'attitude de la Vierge ce n'est pas cela, l'attitude de foi de la sainte Vierge qui est là et qui est surprise par la visite de l'ange ce n'est pas : je prie Dieu quand ça ne va pas. Elle est là toute tendue dans l'avenir dans l'espérance, elle a été pétrie par la parole de Dieu, elle connaît toutes ces prophéties, notamment celle d'Isaïe qu'on vient d'entendre, elle est toute saisie de l'intérieur par tout ce que son peuple médite depuis des siècles et elle attend. Elle n'est pas là simplement pour avoir une relation avec Dieu comme comblant un vide. C'est pour cela que la surprise est intacte, mais en même temps, il y a cette immense disponibilité de cette femme qui est prête à bondir alors que si on attend Dieu comme une nounou, nous ne bondirons pas à l'appel du Seigneur. Si nous attendons simplement Dieu pour qu'Il vienne nous consoler dans nos malheurs, à ce moment-là, quelle image de Dieu peut nous surprendre ? Quelle image de Dieu peut nous entraîner en avant ?
Et comme vous, en ce moment, je passe mon temps à lire tout ce qui concerne le pape parce que c'est quelqu'un qui comme pour vous, m'a profondément marqué, un homme qui était prêt aussi à bondir, un homme qui avait aussi cette disponibilité de Marie. Il n'attendait pas Dieu comme une nounou, mais il a pris profondément en compte toute la détresse humaine, et il a voulu la saisir dans sa phase quelquefois la plus cachée, visitant des prisons, visitant des hôpitaux, dans les pays les plus pauvres, les coins les plus reculés de la planète. On est saisi par les cent mille pages qu'il a écrites, les centaines de milliers de kilomètres qu'il a parcouru, les avions, on est saisi par l'immensité de son apostolat. On demandait au cardinal Barbarin de résumer ces vingt-six années de présence de Jean-Paul II sur le siège de Rome, et il disait : en fait tout se résume avec les quatre premiers voyages de sa première année de pontificat.
Il commence par aller au Mexique, là il rencontre des foules immenses. C'est tout un nouveau monde qui s'ouvre et on voit aujourd'hui toute l'importance de ce catholicisme d'Amérique centrale ou d'Amérique du Sud. Il est là comme saint Paul, il vient, il a franchi les océans, il vient à la rencontre gens, il a tout de suite cette dimension missionnaire, c'est le premier voyage.
Ensuite, il va en Pologne. La Pologne c'étaient les sources, les racines de sa foi, et là il a un enseignement particulièrement pour les jeunes sur le sacrement de confirmation qu'on a vécu hier, pour confirmer ses frères. Là, il serait peut-être davantage comme saint Jacques.
Ensuite, après le Mexique, après la Pologne, ce sont les Etats-Unis, une Église très riche, très puissante, mais aussi où il y a tout un bouillonnement de contestations. Là il est la figure de Pierre.
Et enfin le dernier voyage de cette année, c'est en Turquie. Là, il va rencontrer Dimitrios, le successeur de saint André, le frère de Pierre, et là, il est comme saint Jean, là il n'y a pas la foule, mais il vient comme un contemplatif, comme cet apôtre qui est saisi par le mystère du Christ et qui va voir un frère pour creuser avec lui dans une visée contemplative ce mystère du Christ.
Ces voyages sont comme le concentré de tout son apostolat de cette année. Le pape, comme Marie, n'est pas resté immobile, il a été saisi par Dieu, il a tout de suite bondi, il a tout de suite été saisi par cet élan prophétique qu'il assumera de plus en plus jusque dans la souffrance et la maladie; Et c'est à l'école de ces grands témoins, comme la Vierge Marie, comme notre pape Jean-Paul II, que nous aussi nous pouvons être, non pas attentifs, non pas attentifs à simplement ce que le Seigneur peut faite pour nous, mais attentifs à ce que le Seigneur désire pour nous.
AMEN