CATÉCHÈSE DE LA RÉSURRECTION EN SAINT LUC

Ac 4, 8-12 ; Lc 24, 1-12

Lundi de la deuxième semaine de Pâques – B

(11 avril 1994)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

'attirerai votre attention sur la manière dont le dernier chapitre de l'évangile de saint Luc nous présente les apparitions du Christ Ressuscité. Il y a une certaine vue d'ensemble, une certaine compré­hension de la Résurrection qui nous est livrée à tra­vers l'enchaînement des événements. Il ne faut peut-être pas d'ailleurs avoir le souci immédiat de vouloir repérer une chronologie absolument minutée, même si Luc prend soin de tout bloquer dans une seule jour­née. On peut penser qu'il y a un certain désir de com­position derrière cette organisation, mais par contre ce qui est intéressant, c'est de voir comment Luc nous montre Jésus en train de construire son Église. Dans le texte que nous venons de lire, nous en avons le commencement.

Au fond, comment surgit la bonne nouvelle de la Résurrection ? Comment surgit la certitude de la foi en la résurrection et finalement comment surgit l'Église ? Car au fond, l'Église que nous sommes, ce n'est rien d'autre que le peuple de ceux qui croient et qui confessent la Résurrection du Christ. Or pour Luc, la foi en la Résurrection naît d'abord de l'annonce. C'est le texte de ce jour. Les femmes vont au tombeau et c'est la première catéchèse, elles sont catéchisées par des anges. C'est une des nombreuses fois dans la Bible où les anges "font le catéchisme", à croire que la catéchèse est un métier angélique. C'est vrai d'une certaine manière. Les anges viennent au tombeau et quand ils voient les saintes femmes, ils les attendent pourrait-on dire, ils leur font la première séance de catéchisme sur la Résurrection du Christ. Et pourquoi les anges ? Parce que la nouvelle de la Résurrection vient d'ailleurs. Elle ne vient pas des hommes mais du ciel. Les anges signifient que la foi en la Résurrection vient du ciel, ce n'est pas une vérité inventée par les femmes. Mais généralement le métier de catéchiste est assez ingrat car il est difficile d'éveiller la convic­tion. Les femmes, elles, sont convaincues, mais quand elles vont chez les apôtres pour leur raconter, pour leur faire à eux, la séance de catéchisme ne marche pas. Textuellement, ils prennent cela pour pur radotage. Donc il y a une sorte d'échec dans la pre­mière catéchèse des femmes aux apôtres, on ne les croit pas. Et le seul qui semble intrigué par l'affaire, c'est saint Pierre dont Luc nous rapporte qu'il va au tombeau et que là, il n'est pas catéchisé. Il voit le tombeau les linges pliés et tout surpris, tout surpris il s'en va chez lui. En fait, on saura à la fin de l'évangile d'Emmaüs que le Seigneur est vraiment ressuscité et qu'Il est apparu à Simon. Donc il y a une apparition à Pierre dont la tradition a pour ainsi dire perdu la trace et le souvenir.

La construction de la foi de l'Église en la Ré­surrection du Christ et la construction de l'Église à travers sa foi en la résurrection du Christ s'est passée de la façon suivante : l'évangile est venu du ciel par les anges, il a été annoncé aux femmes, les apôtres n'ont pas cru les femmes, il a fallu que Pierre reçoive du Christ Lui-même la révélation de sa résurrection, ensuite les disciples sont confirmés dans leur foi : "C'est bien vrai, Il est apparu à Simon". Cela veut dire que la foi de l'Église en la Résurrection a besoin de deux appuis comme on marche sur deux pieds.

Le premier appui c'est le fait que l'Église tout entière symbolisée par les femmes reçoit l'annonce de la résurrection. Mais pour que ce message devienne crédible il faut la garantie de l'apparition à Pierre, c'est-à-dire la garantie apostolique, ce qui deviendra plus tard l'authentification du magistère de Pierre et des apôtres Et aujourd'hui, dans l'Église, si nous croyons à la résurrection du Christ, ce n'est pas sim­plement parce que l'Église elle-même croirait de sa propre initiative, de sa propre spontanéité, mais la certitude de la foi en la Résurrection a besoin d'être confirmée par le ministère de Pierre et du collège apostolique. Nous vivons dans un monde où la reli­gion est devenue une sorte de libre domaine un peu privé, un peu livré à l'imagination de chacun pour savoir ce qu'il accepte de croire ou ce qu'il refuse de croire Dans l'Église il n'en est pas ainsi. La foi est la richesse, le trésor de toute l'Église mais la garantie de la vérité de la foi nous est donnée par l'exercice du ministère de Pierre et du collège des apôtres.

Sachons retrouver la construction profonde de notre foi. C'est véritablement le Christ qui se livre à son Église dans son être de Ressuscité, Il se fait connaître à tous. Mais en même temps, la certitude que ce que nous croyons n'est pas le fruit de l'imagi­nation humaine nous est donnée par le ministère des apôtres qui nous garantit la vérité de ce que nous croyons.

 

 

AMEN