LES FEMMES AU TOMBEAU
Ac 4, 8-12 ; Mc 16, 1-8
Lundi de la deuxième semaine de Pâques – C
(27 avril 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
N |
ous avons déjà lu le récit de cette apparition aux saintes femmes en saint Luc et en saint Matthieu. Le texte d'aujourd'hui est celui de saint Marc qui présente quelques particularités.
D'abord il y a un seul jeune homme assis au bord du tombeau. Est-ce un ange ? Est-ce le Christ Lui-même ? Nous ne le savons pas. Les paroles qu'il dit ne sont pas dans la bouche de Jésus puisqu'il parle du Nazarénien. Certains commentateurs se demandent s'il n'y a pas là la trace d'une apparition de Jésus aux saintes femmes.
Ensuite le message à porter aux apôtres est particularisé à Pierre : "Allez dire à ses disciples et particulièrement à Pierre qu'Il vous précède en Galilée." Dès la Résurrection, c'est l'Église qui prend la place du Christ, joue le rôle que le Christ a tenu pendant son incarnation et déjà Pierre apparaît comme mis à part à l'intérieur de l'Église, comme étant celui qui non seulement la guide et la dirige comme un pasteur mais aussi la représente.
Une troisième différence c'est que les femmes sont "toutes tremblantes, hors d'elles mêmes et tellement effrayées qu'elles ne dirent rien à personne." Là c'est le contraire de ce que nous ont dit Matthieu et Luc. Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement. Ont-elles parlé aux disciples ? Est-ce qu'elles n'ont rien dit ? Quand les évangiles se contredisent, nous ne pouvons pas choisir pour savoir ce qui s'est réellement passé. Ce qui est intéressant à remarquer c'est cette réaction de peur des saintes femmes au contact de la Résurrection. Je crois que cette réaction de peur, nous l'avons parfois, certains hommes l'ont habituellement quand ils s'approchent du mystère de Dieu. C'est un terme classique de parler du "mystère terrifiant".
C'est vrai que Dieu est tellement infini, tellement au-dessus de nous, tellement transcendant que s'approcher de Dieu est une entreprise redoutable. L'épître aux Hébreux nous dit qu'il est "un feu dévorant" et que "c'est une chose terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant." Il ne faudrait pas que nous cédions à la mode qui voit en Dieu un bon papa si gentil et si proche qu'on pourrait presque le traiter à la légère. Dieu, c'est l'infini ! Dieu, c'est le tout autre ! Devant Dieu, la première attitude de l'homme, et nous ne devons jamais l'oublier, même si Dieu se révèle comme un Père, même si Dieu se révèle comme amour, la première attitude c'est celle de l'adoration c'est-à-dire le prosternement de l'homme qui n'est rien devant Celui qui est tout. Et il est compréhensible, comme tout l'Ancien Testament en témoigne, que s'approcher de Dieu est pour l'homme une chose qui engendre une certaine crainte, une certaine peur, la peur d'abord de celui qui est si peu de chose devant Celui qui est tout et la peur, plus grande encore, de celui qui est pécheur, de celui qui est mauvais, devant le Dieu qui est la sainteté et la perfection absolue.
Cependant, cette crainte, tout l'évangile est là pour nous inviter à la dépasser, pour nous inviter à l'exorciser. Si Dieu est tout autre, cet infini de Dieu est un infini de bonté, un infini d'amour. Et nous ne devons pas craindre de tomber entre les mains de Dieu. Et si les femmes ont eu peur devant ce mystère si inattendu de la Résurrection du Christ, si elles ont eu peur, peut-être parce que c'était une apparition du Christ Ressuscité ou en tout cas parce que le tombeau vide témoignait de quelque chose d'inouï, si es femmes ont eu peur, l'Église, les apôtres ont su puiser dans ce mystère une force, une joie qui s'est étendue jusqu'aux extrémités du monde et à travers les siècles jusqu'à nous. Nous devons certes nous approcher de Dieu avec crainte et tremblement, nous devons nous approcher de Dieu comme des pauvres, comme des mendiants, nous devons nous approcher de Dieu comme des créatures devant Celui qui est infini, mais il faut que ce respect, cette adoration, cette crainte de Dieu soit une crainte filiale, la crainte d'un enfant devant son Père qui sait que c'est par amour que ce père s'approche de lui et que si quelquefois comme le dit encore l'épître aux hébreux, "Dieu nous corrige" c'est pour notre bien et par un plus grand amour à notre égard. N'ayons donc pas peur de tomber entre les mains de Dieu. Nous sommes en de bonnes mains. Les mains de Dieu sont celles qui nous ont façonnés avec amour et si Dieu nous a créés par amour, ce n'est pas pour, ensuite, nous rejeter et nous éloigner de Lui, ce n'est pas pour nous punir et nous bannir, c'est pour nous sauver. Dieu nous a créés par amour et l'infini par lequel Il nous dépasse c'est l'infini de cette tendresse. Alors n'ayons pas cette réaction des saintes femmes, cette réaction si courante dans l'Ancien Testament, cette réaction compréhensible que beaucoup d'hommes ont de s'éloigner de Dieu avec crainte et peur, mais sachons avec respect, avec humilité, avec petitesse mais avec une infinie confiance, nous approcher de Lui et nous remettre à sa sainte volonté.
AMEN