GARDEZ LE TOMBEAU OUVERT

Ac 4, 8-12

Lundi de la deuxième semaine de Pâques

(16 avril 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Jérusalem : La pierre roulée

L

es femmes arrivent au tombeau, elles viennent oindre le corps de Jésus, et elles se posent une question "pratico-pratique" mais essentielle, c'est que pour pouvoir oindre le corps de Jésus mort, encore faut-il pouvoir pousser cette grosse pierre qui les empêche d'accéder au corps de Jésus. "Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau ? " C'est une question plus vaste qui touche au Salut même de l'homme et à la relation de l'homme avec Dieu. 

        Effectivement, cette pierre est cet obstacle qui empêche l'homme de pouvoir venir contempler au moins le corps du Christ mort. C'est la question de l'homme : comment faire pour réinstaurer la relation avec Dieu, maintenant qu'il n'est plus là, qu'il est caché par une grosse pierre ? Et puis, vous le savez, quand elles arrivent, la pierre est roulée, c'est le Christ lui-même qui l'a enlevée du tombeau. C'est le Christ qui, voyant ces femmes arriver au tombeau, a déjà poussé la pierre pour leur permettre de contempler le tombeau vide. C'est Jacob, qui dans la Genèse, voyant Rachel arriver avec son troupeau, pousse de lui-même cette grosse pierre qui obture le puits pour permettre au troupeau de Rachel de venir s'abreuver à cette source. 

       Il faut donc laisser le tombeau ouvert si nous voulons que toutes les femmes et tous les hommes puissent venir s'abreuver et venir contempler le tombeau vide. Mais effectivement, encore faut-il permettre à tous les hommes de pouvoir venir contempler cet espace vide, encore faut-il éviter de repousser cette pierre cachant ainsi le tombeau vide à ceux qui viennent pour chercher le Christ. 

      Ma deuxième question est en rapport avec le discours de Pierre qui s'adresse aux autorités de Jérusalem. Dans le chapitre précédent, Pierre s'adressait au peuple, ici, il s'adresse aux chefs des juifs. Il faudrait faire attention à ce discours, car il pourrait nous servir à repousser cette pierre pour empêcher les hommes de venir contempler le Christ ressuscité. Pourquoi ? Vous l'avez bien compris, il ne s'agit pas uniquement d'une pierre, mais il s'agit d'une question fondamentale, une question qui peut rejeter dans l'ombre des ténèbres une partie de l'humanité : "Qui a tué le Christ ? Qui a tué le Fils de Dieu ?" Il faut bien le reconnaître, frères et sœurs, l'Église où les chrétiens ont eu tendance pendant des siècles à repousser et à exclure du Salut le peuple d'Israël, le peuple perfide, déicide, de rouler avec cette accusation, cette grosse pierre qui vient comme interdire au peuple d'Israël de pouvoir accéder au pardon et au Salut. 

       En fait, je crois qu'il y a deux attitudes qui ferment l'accès au Christ ressuscité : cela se trouve dans les Actes des apôtres : qui a accès au Salut ? Ce sont les juifs, qui disent que seul Israël a accès au Salut, et les païens en sont écartés. C'est une manière d'interdire à une partie de l'humanité de venir contempler le Christ ressuscité. Et les païens à leur manière, ont aussi interdit à une partie de l'humanité de venir contempler le Christ ressuscité, et ce sont les juifs. Juifs et païens ont eu chacun à leur manière, une façon d'exclure les autres en disant : il n'y a que moi qui puisse accéder à la Résurrection, c'est Israël, et de notre part, l'autre est coupable. 

       Frères et sœurs, prenons garde à ne pas rouler cette pierre devant le tombeau pour en fermer l'accès à la Résurrection pour nos semblables, à travers ces deux accusations : il n'y a que moi qui suis sauvé, cette Résurrection ne me touche que moi-même et ne touche pas les autres. Et l'autre risque qui est de rendre l'autre coupable de la mort du Christ. Saint Paul l'a rappelé : le Christ est mort pour "nos" péchés. Il n'a pas dit que le Christ était mort pour les péchés des juifs, pour le peuple d'Israël, mais bien : "le Christ est mort pour nos péchés".

      Faisons attention à ne pas exclure l'autre du Salut que le Christ est venu donner à chacun d'entre nous. Soyons comme cet ange qui est au bord du tombeau ouvert, accueillons tous ceux qui viennent contempler le Christ mort pour pouvoir leur annoncer : voilà mon frère, voilà ma sœur, tu viens, tu es pécheur, le Christ est mort pour toi, mais n'aie pas peur, ne sois pas effrayé, le tombeau est ouvert, le Christ est ressuscité, Il te précède en Galilée, il est là maintenant pour te donner la vie éternelle. 

 

      AMEN