QUESTION DE TEMPS

Ac 7, 8-12 ; Mt 28, 1-10

Lundi de la deuxième semaine de Pâques

(20 avril 2009)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, nous venons donc de terminer une première durée de la fête de Pâques, ce qu'on appelle l'Octave de Pâques et nous entrons maintenant dans le temps pascal. C'est une manière symbolique d'utiliser le temps. En effet, pour les sémites, le temps est symbolisé par le chiffre sept parce que le temps est subdivisé en semaines de sept jours. C'est le rythme fondamental de la vie humaine. Soit dit entre parenthèses, cela doit peut-être correspondre à quelque chose de notre nature puisque quand la Révolution Française a voulu remplacer la semaine par une durée de dix jours, cela n'a pas marché, parce que cela ne correspondait pas au rythme profond de l'être humain.

        Sept, c'est donc le rythme du temps. C'est là qu'intervient le calcul symbolique : l'éternité, c'est le temps plus un jour qui ne finira jamais. D'où l'idée que l'éternité c'est huit, c'est-à-dire sept plus un. C'est pour cela que nous célébrons l'Octave de Pâques comme l'Octave de Noël, c'est-à-dire le retentissement pendant huit jours de la fête, un retentissement qui dure tout le temps jusqu'à l'éternité. C'est la signification de cet Octave de Pâques.

       Le temps pascal relève un peu du même genre de considération, c'est cinquante jours. Nous appelons Pentecôte le cinquantième jour mais le sens primitif du mot Pentecôte c'était la cinquantaine, ce que nous appelons aujourd'hui le temps pascal, la Pentecôte n'était que la conclusion de cette cinquantaine de jours. Et pourquoi cinquante ? C'est très simple : cinquante, c'est sept fois sept plus un. C'est un redoublement du déroulement du temps puisque pour l'Octave le temps est symbolisé par sept, c'est le temps dans sa totalité plus un, toujours, ce jour de l'éternité qui ne finira jamais et qui vient s'ajouter à notre comput du temps.

       Pâques est une fête tellement importante que non seulement on la laisse retentir dans la durée du temps jusqu'à l'éternité, mais encore le temps des temps et toutes les possibilités de calcul du temps sont toutes absorbées dans cette joie pascale. C'est évidemment un calcul symbolique qui n'a qu'un intérêt documentaire, mais je pense que cela nous invite cependant à donner à ce temps pascal toute son importance. Si l'Église s'est souciée de faire retentir la fête de Pâques pendant une durée aussi importante, c'est qu'elle nous invite à vivre intensément le mystère pascal. Nous avons l'habitude par piété de vivre le carême comme un temps de pénitence. Mais on dirait qu'un fois fini le carême, on se pose et on se laisse un peu aller. On entre dans le temps pascal, et c'est encore plus important de se réjouir de la résurrection du Christ que de communier à sa Passion. Les deux en réalité sont inséparables.

       Il faut donc que tout notre effort d'intensification spirituelle que nous avons essayé de mettre en œuvre pendant le carême débouche pendant le temps pascal sur une exultation et une joie aussi profondes qu'a été notre pénitence quadragésimale. Il faut que nous sachions vivre ce temps pascal avec une intensité de prière redoublée, puisque ce n'est plus simplement le pardon de nos péchés que nous demandons au Seigneur, mais de nous faire entrer dans le miracle de sa résurrection.

       AMEN