JEUNES PLANTES LE CHRIST VOUS EMBRASSE

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile pascale - année B (8 avril 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Résurrection (Finsonius - 1510)
Chers amis, qui venez d'être baptisés, je ne sais pas si vous réalisez. Evidemment, vous étiez tout à l'heure dans la pénombre, vous vous êtes avancés vers la fontaine du baptême, vous avez baissé la tête, sauf la petite Sara qui elle s'est laissée plonger. On vous a demandé de professer votre foi, et vous l'avez exprimé avec beaucoup de fermeté, beaucoup de confiance, et on vous versé quelques gouttes d'eau sur les cheveux. Apparemment, il ne s'est rien passé ! Vous avez le même sourire qu'avant, vous avez les mêmes soucis, grands ou petits, vous vivez avec le même horizon, apparemment, c'est comme avant. Et pourtant, je ne sais pas si vous mesurez ce qui vient de vous arriver ?

Pour nous, en vous voyant, vous ne pouvez pas imaginer ce que cela remue au fond de notre cœur. Nous n'avons pas eu la même chance que vous, nous avons été baptisés tout petits, sans nous en rendre compte, mais au fur et à mesure, nous avons perçu comment ce que nous avions reçu de Dieu nous avait petit à petit transformés. Et vous, vous avez la chance ce soir d'éprouver dans une sorte de concentré, de force complètement compacte, vous avez tout à coup eu la chance de mesurer ce que vous étiez auparavant, et d'une certaine manière, ce que vous allez devenir. Car le changement qui vient de s'opérer dans votre cœur, humainement, vous ne pouvez pas le saisir. Qui pourrait saisir ce que cela veut dire tout à coup de devenir enfant de Dieu, de recevoir la plénitude d'un amour tel que jamais on ne peut imaginer d'être aimé ? Qui peut imaginer que ce soir, quand Christophe vous versait de l'eau sur le front, à ce moment-là même il y avait le Christ ressuscité qui se penchait vers vous et qui murmurait votre nom dans votre cœur et qui disait : si tu savais tout ce que j'ai fait pour toi, et si tu savais tout ce que je veux pour toi, chacun d'entre vous ?

En fait ce soir, il y a deux choses. La première c'est que votre histoire, tout ce qui s'est passé avant, tout cela, le Christ l'a pris. Il l'a pris, il l'a saisi parce qu'il vous aime, et même si à certains moments votre histoire a été difficile, même si vous êtes passés par des coups durs, ce soir, il vous a pris dans ses bras comme une maman prend son enfant lorsqu'il est tombé et qu'il s'est mis à crier. Dieu a repris votre histoire, il l'a reprise du fond même de son amour, et quelle qu'ait été cette histoire, tout ce que vous avez vécu, tout ce par quoi vous êtes passés, Dieu a dit : tout cela, je le reçois de vous comme le plus beau cadeau que vous pouvez me faire parce que c'est à travers cette histoire-là que vous êtes venus à ma rencontre et que j'ai pu m'avancer vers vous. Oui, le temps qui vient de se passer pendant ces années, non seulement les années de préparation, mais aussi tout ce qu'il y a eu avant, tout cela Dieu l'a repris, l'a ressaisi en un instant et il a fait que ce passé, votre héritage personnel, tout ce que vous avez reçu de votre famille, de vos ancêtres, tout cela il lui a donné une lumière, une profondeur et une beauté nouvelles. Vous ne reniez rien de ce que vous avez vécu, simplement vous acceptez que désormais dans ce passé, ce soit l'amour de Dieu qui l'illumine, qui le transforme et qui lui donne toute sa beauté. C'est la première chose. C'est le premier geste de Dieu qui ramasse dans ses mains votre histoire et qui dit : tu ne sais pas à quel point j'aime cette histoire, même si parfois elle a été difficile, mais je t'aime comme tu es, je veux t'aimer toujours comme tu es, chacun d'entre nous.

Mais il y a plus. Au moment où vous avez reçu l'eau du baptême, il y a une chose que vous ne connaissez pas, c'est votre histoire à venir. Nous ne la connaissons pas non plus, je ne vais pas tirer les cartes ! Vous avez un vrai avenir dans le Christ. Vous avez un avenir de croyant et de croyante. Vous avez un avenir de membre de l'Église. Vous avez un avenir d'enfant, de fils et de fille de Dieu. Et cela, vous ne le connaissez pas et pour chacun d'ente nous, c'est mieux comme çà. Mais cet avenir-là, ce soir, je vous le promets, je vous le jure au nom de l'Église, cet avenir est un avenir de gloire et de lumière. Ce que Dieu a toujours rêvé pour vous, depuis les premiers moments de votre existence, c'était de transfigurer ce que vous êtes comme créatures de Dieu, comme enfants de Dieu, de le transfigurer à son image.

Oui, désormais, le visage que vous avez est infiniment plus beau, plus profond, plus rayonnant, que pourtant les beaux visages que vous avez tous et toutes ce soir. Ce visage qui est comme sur-imprimé dans le regard et dans les yeux de chacun d'entre vous, ce visage, c'est celui du Christ mort et ressuscité pour vous. C'est pour cela que vous êtes si beaux et si belles ce soir. C'est parce que ce que vous êtes devenus, vous ne le savez pas vous-mêmes, quand on est très beau, on ne s'en rend pas compte. La beauté de la gloire de Dieu on s'en rend encore moins compte. On la vit comme un cadeau, comme un don. Ce soir la grâce que vous avez reçue, vous n'y êtes pour rien, elle vous est donnée simplement. Le Christ vous a donné cela, il est mort pour nous sur la croix, et maintenant, il vous donne cela comme un immense trésor, un immense bonheur que vous aurez à partager, à faire grandir, à laisser mûrir en vous tous les jours de votre vie.

Cette année, nous sommes particulièrement heureux parce que pour votre baptême, on a pu remettre ce magnifique Christ ressuscité qui a été peint pour cette église il y a cinq cents ans. Ce Christ, vous l'avez remarqué, il est extraordinaire. D'abord, il est habillé comme vous, il est tout en blanc, ou vous êtes habillés comme lui. Dans ce vêtement de lumière, son attitude est très particulière. Habituellement on représentait le Christ comme une sorte de chef de guerre qui brandissait son arme pour piétiner la mort, ici, on le représente ressuscité mais encore avec le même geste comme s'il était sur la croix. Ce geste, c'est pourquoi ? C'est pour vous embrasser ! Ce soir, le Christ vient au-devant de vous, il vous ouvre les bras, comme il est sur le tableau et il vient vous embrasser. Tout à l'heure quand on vous donnera le baiser de paix avant la communion, en fait, c'est le Christ qui viendra vous donner sa paix et son bonheur dans votre cœur.

Soyez de belles plantes. C'est comme cela qu'on vous appelle, les néophytes, les jeunes plantes, les jeunes pousses. Soyez de belles plantes, laissez-vous envahir par cette vie et ce bonheur. Cela ne veut pas dire que tout ira bien, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de surprises, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de temps en temps des passages à vide. Cela peut arriver. Mais au milieu de tout cela, il y aura toujours, souvenez-vous en ce soir, ces bras qui sont ouverts, tout simplement pour vous embrasser.

 

AMEN