DANS LA NUIT, DANSEZ AVEC DIEU !
Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mt 28, 1-10
Vigile pascale - année A (24 avril 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Le feu nouveau
Peut-être pas la même nuit selon les âges. Mais peur de la nuit en tant que ce moment où nous avons l’impression que (je parle des plus grands), nous ne contrôlons plus rien. L’homme est ainsi fait qu’il a envie de savoir, mais il a envie de savoir dans le sens de la rationalité, de comprendre et de mettre des mots sur les choses, et de savoir à l’instant ce qui se passe. De fait, ce genre de nuit que nous venons de vivre, c’est le genre de nuit où nous en prenons plein sur la tête, où nous accumulons les choses, les expériences. Il serait peut-être difficile en sortant de cette célébration d’avoir les idées un peu claires. Ce n’est pas grave.
En fait, la nuit, c’est un moment étrange parce que c’est un moment qui nous fait peur, les petits comme les grands, car nous ne savons pas toujours où nous allons, nous ne savons pas toujours ce que nous allons faire de notre vie. Et en même temps c’est le lieu privilégié de Celui qui nous accompagne tout au long de notre vie, et qui nous dit justement cette parole : n’aie pas peur. Dieu, je vous rassure, vous les néophytes, mais aussi toute l’assemblée, Dieu nous apparaîtra toujours dans notre nuit. Dieu est venu à Adam dans la nuit, Dieu est venu à Abraham dans la nuit, Dieu est venu à Israël en Égypte dans la nuit, Dieu est encore sorti du tombeau dans la nuit. La preuve, c’est que personne n’a vu Jésus en train de ressusciter.
C’est pour cela que c’est magnifique ce que nous avons entendu dans l’évangile et qui en même temps nous pose autant de problèmes pour nous aujourd’hui. Au départ, les femmes et les disciples qui vont arriver avec un peu de retard, tout ce beau monde aurait préféré voir quelqu’un dans le tombeau,plutôt que de voir un tombeau vide. Ce qui nous fait peur dans la nuit, c’est le vide, c’est d’avoir le sentiment qu’on ne peut s’accrocher à rien et qu’on se retrouve tout seul. C’est pour cela qu’il y a la petite lumière, les grands aussi ont leur lumière, mais elle est un peu différente. Nous avons nos petites lumières qui nous permettent d’espérer de ne pas nous sentir complètement seuls dans la nuit.
Ce qui est beau, c’est que Dieu a voulu véritablement vivre la même nuit que les hommes. C’est ce que nous avons vécu avec la semaine sainte, avec Jésus dans le jardin des Oliviers, dans la nuit du doute, l’arrestation, dans la nuit de la croix. C’est en ce même lieu et pas ailleurs que Dieu est. C’est dans notre nuit qu’il est là. Le problème, c’est que nous ne nous en rendons pas compte. Et là, je pense plus particulièrement aux néophytes qui viennent de vivre cette nuit avec nous. C’est la nuit, pas simplement parce que le soleil est allé se coucher, mais c’est la nuit parce que nous avons été tous comme marqués par un flot d’informations pour le dire selon le vocabulaire des médias d’aujourd’hui et que nous avons du mal à les ordonner dans notre esprit, dans notre cœur. Ce n’est pas grave. C’est normal. Le principal c’est de recevoir et après, vous verrez qu’à l’occasion de tel ou tel événement, demain, dans un an, dans cinquante ans, il y a quelque chose qui reviendra.
Je finirai par là (on ne va pas prêcher une heure, je vous rassure), par un épisode que j’aime tout particulièrement, c’est l’histoire de Jacob qui s’endort et qui, dans la nuit, voit une échelle entre le ciel et la terre, et sur cette échelle, il y a des anges qui montent et qui descendent. Pour moi, une des phrases les plus belles dans la Bible, c’est quand au réveil, Jacob est comme terrorisé de ce qui s’est passé, et il dit ceci : « Dieu était là et je ne le savais pas ». Je ne finis pas complètement, je vous livre une autre image. En fait, ce que nous avons vécu cette nuit, c’est ce que nous vivons à chaque sacrement ensemble, ou quand nous prions. C’est le geste maladroit du danseur qui n’arrive pas exactement à danser en même temps que son compagnon ou sa compagne. Il y a ce temps de décalage où l’on essaie de trouver le rythme pour enfin danser véritablement ensemble.
Je crois que c’est cela la condition humaine, c’est reconnaître que dans cette danse avec Dieu, il y aura toujours le petit temps de décalage, mais ce n’est pas grave. La seule chose, c’est vous, les jeunes filles, que vous acceptiez de danser avec Dieu qui est un très bon danseur, d’y aller et d’apprendre avec Lui. Plus vous danserez avec Lui, et mieux vous danserez avec Lui, et un jour, je vous l’assure, nous danserons tous avec Dieu éternellement.
AMEN