LE FEU, L'EAU ET LE PAIN
Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (8 avril 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
Il y a très longtemps que l'Église célèbre une Vigile Pascale. Il y a deux mille et sept ans, qu'après la naissance de Jésus-Christ, le salut s'est déployé, et à partir de sa mort et sa résurrection, trente-trois ans disons-nous après sa naissance, est née cette veille dans la nuit, cet assemblage de signes est né, cette longue célébration est née. Longue non pas parce qu'on rajouterait les choses les unes avec les autres, comme s'il fallait enfiler des perles pour que ce soit beau. Trop de signes peuvent tuer, parce qu'on peut être aussi étouffé par les signes de l'amour de l'autre, mais dans cette Vigile, nous touchons aux signes essentiels de la vie, et donc de la foi.
Vous le savez, et les néophytes peuvent nous le dire, eux qui sont tout neufs, connaissent et comprennent déjà ces signes, notre célébration comporte trois parties. Si vous avez raté un épisode, je vous signale que nous sommes à la troisième partie !
La première partie nous l'avons vécue dehors, avec le signe du feu, le signe du cierge allumé, le signe de notre communauté entrant dans une église obscure et qui pourtant devient illuminée par la présence de ces cierges que nous portions.
Le signe de la lumière, première partie de notre célébration, première partie de cet événement.
Ensuite, nous avons veillé dans la nuit comme nos arrières grands-mères, en racontant des histoires autour d'un bon feu. Nous avons entendu la longue histoire d'amour de Dieu avec son peuple, une histoire de salut.
Le signe qui a prédominé, c'était le signe de l'eau qui a coulé sur le front des baptisés, de cette eau qui les a remplis comme une source, d'une véritable vie.
Nous abordons maintenant cette troisième partie qui est aussi un signe : le signe du pain et du vin.
Nous allons prendre de ce pain et de ce vin, et avec les mêmes paroles de Jésus-Christ, recevoir du pain et du vin, et manifester, révéler, confesser le Corps et le Sang du Christ.
Liturgie de la lumière, liturgie de l'eau, liturgie du pain et du vin. Trois signes, seulement trois signes, mais trois signes essentiels.
Pour la lumière trois aspects simplement, parce qu'on pourrait dire beaucoup plus de choses, telle que l'Écriture nous la révèle. Vous l'avez entendu: que crée Dieu en premier lieu ? "Au commencement, la terre était informe et vide, et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut. Et Dieu sépara la lumière des ténèbres, et il voit que cela était bon. Premier jour". La lumière, c'est la création, c'est la vie. Les scientifiques le savent, sans lumière, il n'y a pas de vie. Saint Jean dira : "Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, et le Verbe était la lumière du monde". Cette lumière éclaire aussi pendant la nuit. Le peuple hébreu l'a compris et éprouvé, et nous l'avons entendu dans le livre de l'Exode, une lumière qui guide dans les ténèbres désespérantes, et révèle un chemin à suivre, comme nous l'avons fait. La création, l'Exode nous parlent de la lumière. Mais je ne peux pas parler de toute la Bible. Mais la Bible est extraordinaire pour nous dire toute ce qu'est pour l'homme de foi, le signe de la lumière. Je vous rappelle simplement le psaume qui nous dit : "Ma lumière et mon Salut, c'est le Seigneur".
L'eau est aussi présente à la création, cette eau fécondée par l'Esprit Saint, et qui est séparée de la terre par Dieu. On le sait aussi, l'eau c'est tellement vital. Lumière et eau sont indispensables à la vie. Il n'y a jamais rien eu de plus beau et c'est Dieu qui l'a voulu, c'est cela qui est bon. Cette eau peut être parfois menaçante, et le peuple hébreu l'a aussi expérimenté. Guidé par la lumière, oui, mais derrière, les chars de pharaon, et devant, des masses d'eau à traverser : impossible. Et l'impossible l'homme seul ne peut pas le réaliser. La foi peut le faire, l'espérance aussi, et elles ouvrent un chemin à travers les eaux passer à travers l'eau pour bien montrer qu'il n'y a finalement de sens vrai de cette vie que par l'expérience de certaines morts, même si elles sont douloureuses. C'est cela qui ouvre une véritable espérance, celle d'une terre derrière ces eaux, qu'on appelle la Terre promise.
Le signe du pain et du vin. Au sommet de la création, Dieu a mis l'homme et la femme, et si vous ne le saviez pas, Dieu est totalement fou. Il a dit à l'homme et à la femme : "Je vous donne de tous les arbres du jardin, de toute cette terre. Soumettez-la, fécondez-la, soyez au cœur de cette terre ceux qui la travaillent". Nous accuserons Dieu de folie. Ce pain, ce vin, c'est la nourriture, c'est l'essentiel, c'est ce qui permet au jour le jour d'avancer, malgré la difficulté. C'est le pain et le vin qui nous permettent aussi de dresser une table et de dire notre joie profonde, de dire celle de la convivialité, de manifester l'amour qu'il peut y avoir buvant à la même coupe pour deux amoureux. Dans le livre de l'Exode, les hébreux aussi ont fait l'expérience du désert, ils se souviennent que les égyptiens étaient de fins gourmets et qu'ils mijotaient de bons plats que les hébreux regrettent, parce que quand on a faim, forcément, on crie. Quand on a faim et qu'on a soif, on ne peut plus se taire. Et Dieu va nourrir son peuple, Il fait tomber la manne, ce pain qui vient de sa main. Et cette manne va accompagner les hébreux dans leur très long exode. Le livre des Psaumes dit en résumant la Sagesse et les Prophètes : "Il te nourrira de la fleur du froment".
Frères et sœurs, que rajouter de plus à ce que les signes nous disent, à ce que les signes nous font vivre? Nous allons à l'essentiel qui nous permet de confesser notre foi. Oui, je crois, au-delà de toute ténèbre, que la lumière est. Ce sont ces signes-là qui nous permettent de dire notre espérance. Oui, c'est en traversant l'eau et toutes les eaux, c'est la Terre Promise où coulent le lait et le miel que Dieu veut pour moi. Je peux croire et espérer, mais je peux aussi simplement recevoir un peu de pain, un peu de vin pour dire que non seulement nous partageons le même pain mais que nous nous recevons de ce Dieu qui se fait pour nous nourriture. De la lumière, de l'eau, du pain et du vin, mais faisons attention, ce n'est pas un homme qui inventé cela, c'est Dieu. Ce n'est pas un homme qui a construit notre célébration, c'est Dieu. C'est un événement en trois actes que Dieu a voulu et qu'Il ne cesse de faire pour tous les hommes. J'ai parlé de cette Écriture, mais j'ai oublié à travers tous mes pauvres mots la Parole. Or, la Parole c'est Jésus-Christ lui-même, c'est Jésus qui dit dans l'évangile de saint Jean : "Je suis la lumière du monde". C'est Jésus qui dit dans ce même évangile à la samaritaine : "Je leur donnerai de l'eau, et ils deviendront source d'eau jaillissante". C'est Jésus-Christ qui dit dans le même évangile de saint Jean : "Je suis le pain descendu du ciel, celui qui mange de ce pain vivra éternellement". Alors, frères et sœurs, de la lumière, de l'eau, du pain et du vin, que c'est beau, que c'est bon.
AMEN