LIBERTÉ

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (11 avril 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Libérée du chaos ! La création, ce récit que nous avons entendu, premier récit de notre veille, de notre vigile, nous décrit qu'au commencement, la création se fait par cet acte libérateur de Dieu, qui la fait sortir des ténèbres, qui la fait sortir du désordre et fait émerger cette création à la lumière. Une création qui ainsi trouve plénitude, croissance, trouve force et vie par le fait que Dieu organise, ordonne, précise la place de chaque élément de cette création, séparant le jour de la nuit, séparant la terre de l'eau. Dieu a libéré la création du chaos.

Libéré ! le peuple de Dieu en esclavage sur la terre d'Égypte ; oppressé, humilié, un peuple perdant confiance, un peuple sans espérance qui voit le magnifique acte de Dieu, le faisant sortir de cette servitude pour lui faire traverser la Mer Rouge à pied sec, le faire entrer dans la Terre Promise. Dieu libérant de toute contrainte humaine un peuple qui n'en était même pas un, et qui le devient par cet acte de création qui est de donner la liberté à un peuple.

Libérés ! les ossements qui étaient desséchés dans cette vallée désertée, lieu symbole de guerre, en tous cas, lieu où règne la mort. Que sur ces ossements desséchés pousse la chair, qu’ils soient recouverts de nerfs, que la peau se tende et que l'homme soit revivifié. Libre de toutes entraves pour que l'homme puisse revivre, que l'homme puisse ressusciter ; libéré de toute mort, c'est bien l'acte si grand d'un Dieu qui fait l'impossible et qui arrive à libérer l'homme du joug de la mort.

Frères et sœurs, l'autre mot de la Résurrection, l'autre terme qui se cache derrière la Résurrection, c'est le mot : "liberté". Les hommes ont souvent aspiré à la liberté. C'est même certainement une des aspiration fondamentale de l'homme. Et combien de fois, cette aspiration de l'homme à la liberté, nous franco-français, nous pensons que c'est notre république et notre laïcité qui ont inventé notre liberté. C'est bien … mais ce n'est qu'un raccommodage, car c'est Dieu qui a inventé la liberté, alors que l'homme a au contraire, souvent combattu, voire même anéanti cette liberté.

Notre monde aujourd'hui, est appelé par la Résurrection du Christ, autrement dit à être libéré. Libéré notre monde, notre création que l'homme transforme si souvent en poubelle. Libérée notre création qui est d'abord faite pour chanter la beauté et la gloire de Dieu. De l'eau à la lumière, de l'huile au pain et au vin, œuvres de la création, appelée à manifester et à faire naître des enfants de Dieu, à nourrir ces enfants de Dieu. Libérons-la avec cette ardeur que le Christ nous donne dans la foi, cette création. Faisons-la chanter du chant de la Résurrection, de l'Exultet de la joie de la vie qui est en elle. Libérée notre création, car elle est appelée à vivre au rythme de la vie même de Dieu. Notre monde n'est pas un monde simplement économique, seulement matériel à utiliser, mais notre monde est un monde à réenchanter.

Libérer le peuple de Dieu. Libérer l'Église, nouveau peuple de Dieu. Libérons notre Église catholique, notre communauté chrétienne. Nous en faisons partie, chacun pour ce qu'il est. Nous n'avons pas besoin d'une Église autoritaire, ou d'une Église qui se prend elle-même tellement au sérieux qu'elle en passe souvent à côté de la simple existence des hommes. Libérons une Église qui est faite pour avancer sans chaînes, pour avancer vers la terre où coule le lait et le miel. Une Église qui appelle à vivre profondément ce qu'elle est par elle-même, c'est-à-dire simplement signe et moyen par lequel Dieu passe pour donner sa vie aux hommes et pour libérer l'homme de toute oppression, surtout religieuse.

Libérons l'homme. Libérons tous les hommes. Vivons en enfants de liberté. Il n'y a rien certainement de pire aujourd'hui, que de contraindre encore des enfants à travailler. Il n'y a rien encore de pire que de considérer qu'il y a des races supérieures à d'autres. Il n'y a rien encore de pire que de considérer qu'il y a une soumission de la femme à l'homme. Il n'y a rien de pire que de considérer qu'il y a des gens qui ne valent rien alors que d'autres auraient plus de prix. Libérer les hommes des esclavages qu'ils ont eux-mêmes inventés.

Frères et sœurs, la liberté n'est pas un mot nouveau. C'est un mot très ancien, c'est le premier mot de la création, c'est le mot de Dieu qu'Il donne au monde, à son peuple qui est l’Église et à tous les hommes. Il s'agit d'un mot ancien, mais qui n'a pas encore pris toute son ampleur. Il s'agit d'un mot premier, originaire, mais qui n'a pas encore connu sa réalisation et son achèvement en tous.

Frères et sœurs, nous venons d'engager dans la vie chrétienne, dans notre communauté, dans notre Église, des néophytes, c'est-à-dire ceux qui viennent d'être baptisés, des plus jeunes, Chloé et Élisa, au plus âgé, Stéphane. Nous leur avons donné ce que nous avons de meilleur. Nous ne les engageons pas dans la religion parce qu'il faudrait leur donner des valeurs. Nous ne les engageons pas dans la foi parce qu'il faudrait un peu de spirituel dans la vie, parce qu'on pourrait penser que cela ne gâche rien. On ne les a pas engagés dans la vie chrétienne pour s'enfermer dans des principes. Mais ce qu'on leur a donné, c'est la liberté des enfants de Dieu. Or, comment vivre cette liberté quand on est chrétien et comme tous les autres hommes oppressés de multiples façons ? Vous aurez chacun pour votre part, vous qui avez été baptisés, à nous rappeler une chose essentielle : c'est que notre foi et votre foi que désormais nous partageons, nous engagent sur le chemin de la vie et sur la route hommes. Nous avons une mission qui s'adresse au monde, qui s'adresse à toute religion, et à tous les hommes, c'est de dire combien le monde est aimé pour ce qu'il est, c'est d’annoncer combien tout homme croyant qui a une foi est aimé pour ce qu'il est mais doit vivre libre, que tous les hommes, même incroyants, du plus petits jusqu'au plus grand, sont aimés pour ce qu'ils sont et appelés à répondre librement à cet amour.

Ainsi, nous vous avons fait le cadeau, le don de ce que nous avions de plus précieux : notre foi en l'amour de Jésus-Christ qui nous a aimé et s'est livré pour nous. Et parce qu'Il a été jusque dans la mort, c'est son amour qui a libéré tout homme de la mort. Nous sortons du chaos, nous sortons de l'esclavage, nous sortons de la mort parce que nous sommes libérés par l'amour de Dieu. L'amour n'est pas une contrainte, l'amour, c'est ce qui donne du sens à la liberté, c'est ce qui permet à ceux qui croient au Christ ressuscité, de dire que malgré tous les 11 septembre, que malgré tous les 11 mars, il y a un 11 avril où nous fêtons un homme, Fils de Dieu qui ressuscite et donc libère les hommes de toute oppression et de tout esclavage. Oui, si Christ est ressuscité, si nous sommes engagés dans cette Résurrection, c'est pour en toute liberté, le dire et le proclamer, et surtout le vivre et le faire vivre.

 

 

AMEN