TITANIC ...

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Lc 24, 1-12
Vigile pascale - année C (12 avril 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Saint Jean de Malte : Fontaine du baptême

 

Les enfants, j'ai une devinette : qu'est-ce qui fait plus de 270 m de long, qui est haut à peu près comme un immeuble de vingt étages, qui a été lancé sur les eaux il y a exactement 86 ans, jour pour jour ? : "Le Titanic". Voilà le Titanic, vous en avez entendu parler, vous avez été le voir ? : "oui". Comme vous avez bien répondu à ma question et comme c'est l'homélie et que c'est toujours un peu ennuyeux, vous pouvez vous rendormir. Je vais poser une devinette aux plus grands.

Maintenant qu'est-ce qui fait 39 mètres de long, près de 9 mètres de large, 17 mètres de haut et qui a dix fois plus d'existence, 750 ans à peu près, et qui n'a pas encore sombré ? Les adultes ne savent pas? alors dites-moi ? Ah ! voilà, l'église Saint Jean de Malte. L'église Saint-Jean de Malte, toutes les égli­ses d'ailleurs, n'est que l'image de l'Église, on dit sou­vent que l'Eglise c'est un bateau. Ne parle-t-on pas en voyant ces voûtes admirables d'une nef. On sait que c'est un autre nom de bateau, et encore on parle du vaisseau de l'Église. On aime dire que l'Eglise est une barque et qu'elle s'en va, avec le vent de l'Esprit saint dans les voiles, naviguer au loin. Alors nous espérons, même si c'est assez glorieux pour en faire un film, que l'église Saint Jean de Malte, mais c'est l'Église tout court, fait un petit peu mieux que le Titanic. Bien sûr vous allez dire que je suis tombé dans la titanicmania, pas forcément, mais enfin bon, il faut assumer ses défauts. Toujours est-il qu'on pourrait faire des com­paraisons entre le Titanic et l'Église : le Titanic ras­semblait toutes les classes sociales, vous me direz qu'il y a en a qui s'en sont mieux sortis que d'autres, et dans cette église on peut espérer et j'en suis sûr, il y a à peu près toutes les classes sociales. Le Titanic va sur la mer comme l'Église, qui s'y connaît bien au niveau aquatique, elle va aussi sur les eaux de la mer humanité. On a entendu des lectures, certains d'entre vous, je sais, n'ont rien compris et se sont demandés où ils étaient tombés. Ce n'est pas grave, l'homélie est là aussi pour expliquer un peu la Création, il y a les eaux maternelles, et puis après il y a la traversée de la mer rouge à pied secs, les Hébreux s'en sont mieux sortis que certains passagers du Titanic, ils sont arrivés sains et saufs de l'autre côté, sur la Terre Promise. Et puis il y a l'eau du Jourdain, et puis il y a eu l'eau de notre Baptême, etc...

Voilà. L'Église vit depuis 2000 ans sur cette source, sur cette eau qui jaillit pour elle et qui a jailli pour vous ce soir, les 14 néophytes, maintenant, puis­que vous êtes baptisés, on ne vous appelle plus des catéchumènes mais des néophytes, sont donc embar­qués avec l'Église. Je crois que ce qu'il est important peut-être de retenir ce soir c'est que, comme quand on prend un bateau, la foi, c'est une aventure, et c'est une aventure que l'Église vit avec son Seigneur qui, je dirais, a mis trois jours pour la façonner. Il a mis d'ailleurs autant que le Titanic pour vivre son aven­ture entre le 12 et le 14 avril, et Léonardo pour faire revivre son amour, trois jours pour faire quelque chose, mais là Il a fait un monde nouveau, Il a fait une Epouse belle, parée, c'est l'Eglise, Il a fait un peuple de rois, de prêtre, un peuple d'enfants de lumière. Et aujourd'hui les 14 catéchumènes qui ont été baptisés nous ont rappelé cela. Ils nous ont rappelé que nous sommes dans ce vaisseau, dans cette nef, nous som­mes embarqués avec le Christ. Et le Christ nous pro­pose réellement de vivre une aventure. Quand on em­barque, je dirais, il faut avoir comme un acte de foi, et la foi, c'est ce que vous avez proclamé, c'est ce que nous vous avons donné et que nous avons redit parce que cela signifie qu'on fait confiance, le mot "foi" veut dire : on fait confiance. Et c'est vrai, quelque part quand on part à l'aventure, il faut avoir un certain cran, il faut, je dirais, même si les tripes se serrent un petit peu, il faut quand même un jour mettre le pied sur le pont, il faut s'embarquer.

En somme l'aventure de la foi en Jésus-Christ, c'est cela. Il faut, à un moment donné, faire un pas décisif, il faut y aller, même si on n'est pas sûr de tout, même si on n'a pas forcément tout emmagasiné, tout compris, même si on a oublié sa brosse à dents pour le voyage, ce n'est pas grave, on ne peut pas avoir toutes les assurance, il faut y aller. Et je crois que c'est ce qui est important dans l'acte de foi, aujourd'hui on a un monde qui veut nous rassurer, où tout est "clean", tout est politiquement correct, et donc on a besoin d'assurances, on a besoin que rien ne bouge, eh bien la foi est le contraire de l'assurance, nous ne sommes pas assurés, sauf qu'il y a un voyage et une aventure. Donc Jésus nous propose d'embarquer, c'est un acte de foi. Mais le problème avec le Christ, comme les catéchumènes on fait, on ne leur a pas trop dit, sinon peut-être qu'ils ne seraient pas venus se faire baptiser, c'est qu'on ne sait pas toujours où l'on va. D'habitude on vous dit : voyage de noces, de Mar­seille à Marrakech, tout compris, on sait dans quel hôtel on va, etc ... là, la seule chose que l'on sait, c'est que l'on va vers la Vie, on va vers le littoral de la Vie, mais c'est très vaste. Et cela doit susciter en nous une chose qu'on a très rarement aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle l'espérance. Il faut que l'on fasse non seulement confiance, mais que cette confiance s'ap­puie sur une promesse, en se disant : je suis sûr que Celui qui me promet va me mener quelque part, et j'espère qu'II va me donner ce qu'Il me promet. Christ me promet simplement ce soir, aujourd'hui, aux caté­chumènes, aux nouveaux baptisés, comme à chacun d'entre nous, Il nous promet le Vie. "Je suis la Résur­rection et la Vie. Je suis la Lumière. Je suis le Pain de Vie".

Et l'on a commencé par la lumière de la Ré­surrection, puis par l'eau de l'enfantement, et l'on va avoir le Pain de Vie. Voilà ce qu'II nous promet. Et donc nous savons que nous nous dirigeons vers cela. C'est une espérance pour nous, un horizon plus vaste et prometteur que celui que les passagers du Titanic pouvaient espérer. Dans notre société, on n'a pas cessé de dire qu'on était dans un monde désenchanté, dans un monde qui ne sait plus chanter d'ailleurs, c'est bien ce que cela veut dire. Nous avons, nous peut-être hommes de foi, le cœur assez léger pour, ayant pris le parti de s'embarquer, chanter avec Dieu notre espé­rance, espérance en un monde plein de la Vie de Dieu, malgré sa mort, en un monde plein de la grâce de l'Amour de Dieu malgré le péché et malgré le déses­poir. Le Seigneur nous ouvre à cette espérance, car nous croyons qu'Il peut faire un monde, Lui, réelle­ment nouveau. Et puis comme sur tout grand transa­tlantique qui traverse les océans, il y a pendant quel­ques jours une traversée, et pendant cette traversée il devrait y avoir une belle histoire.

Le Seigneur Jésus nous propose de vivre avec Lui une belle histoire sur le vaisseau "Église". Alors c'est vrai que souvent l'Église, comme on me le rabâ­che : "mon Père je suis chrétien, non je suis croyant, chrétien c'est déjà trop peaufiné, je suis croyant mais pas pratiquant, vous savez, moi, l'Eglise, je n'en peux plus" - "Bon d'accord vous avez eu des misères par l'Église, elle n'a pas correspondu toujours à ce que vous attendiez d'elle". Eh oui ! Mais l'Église, comme c'est nous, elle est composée de nos grandeurs et de nos misères. Tout projet humain est fait d'un Titanic insubmersible et en même temps tellement fragile. Mais ce que l'on oublie pour l'Église, c'est que le Seigneur nous propose les uns avec les autres, tous embarqués dans l'Église, dans le vaisseau, la nef de cette Église, Il nous propose de vivre ensemble une histoire d'Amour, et une histoire d'Amour qui sera tissée de chacune de nos histoires, à nous. Et je crois que c'est important parce que, tout à l'heure, en regar­dant les catéchumènes qui étaient baptisés, surtout pour certains que j'ai préparés, enfin j'ai eu cette chance j'étais très ému. J'étais très ému parce que, derrière vos visages, il y a toute une histoire, derrière vos visages il y a toute une humanité, il y a toutes les difficultés que vous avez eues, il y a tout le chemin chaotique parfois par lequel vous êtes passés, et il y a aussi parfois toutes les ténèbres de votre cœur, en revanche il y a toute cette flamme qui vous a portés afin de vous diriger vers le Christ. Il y a ces instants les uns après les autres où vous avez rencontré des chrétiens, où vous avez partagé avec eux, où vous avez essayé de comprendre la foi, où ils vous ont parlé de cette aventure avec le Christ. Il y a derrière vos visages ce que vous portez en vous, ceux que vous aimez, ceux qui parfois vous ont blessés. J'étais tellement heureux que le Christ prenne toutes vos histoires personnelles et particulières pour remplir votre vie, votre histoire de son Amour, de vous proposer cette aventure. Mais il faut faire un pas, il faut aller parfois un peu loin, même si on ne sait pas toujours. Et maintenant que vous êtes dans l'Église, nous allons voguer ensemble, alors parfois la traver­sée est un peu "plonplon", on s'endort et puis il ne se passe rien. Et parois il y a des tempêtes qui secouent le vaisseau, il a parfois tendance à prendre un peu l'eau, on a peur qu'il sombre. Et puis finalement il finit par être le signe, le révélateur que dans un monde qui bouge, dans un monde en mutation, dans un monde qui ne cesse de croître, il y a comme mouve­ment, comme cœur à ce monde, l'Amour du Christ pour nous.

Et c'est cela que nous avons essayé de fêter ce soir, on a tout simplement essayé de dire que Jésus vous aime et que Jésus nous aime, et que nous som­mes heureux de vous embarquer avec nous dans cette histoire d'Amour faite de foi et d'espérance. La Résur­rection, ce n'est rien d'autre que de dire que là où tout semble s'arrêter, la mort, les ténèbres, le tombeau, le péché, la souffrance, nos icebergs à nous, que là où tout semble limité, par le seul acte d'un homme que l'on appelle Jésus, notre vie qu'on croyait morte surgit à la vraie vie parce qu'II nous aime. Alors notre vie personnelle accepte d'être ouverte à sa rencontre. Sai­sis par cet amour nous affirmons que dans toutes ces limites l'éternité a jailli, la Vie dans la mort, la lu­mière dans la ténèbre, la grâce dans le péché, l'Amour dans la solitude.

Autant dire que c'est certainement, même si ça ne fait pas la une des écrans du cinéma, même s'il y avait TF1 ce soir, je vous rassure, je n'ai rien contre les images, ni le cinéma, ni la télévision, même si cela ne passe pas sur les écrans, c'est pourtant ce qui est le plus important, c'est la plus belle histoire, c'est la plus belle aventure parce que c'est celle que Dieu Lui-même a accepté de vivre pour nous, et Il nous tend tout simplement la main pour qu'on Le rejoigne avec confiance, qu'avec Lui on embarque, on mette le cap vers l'espérance afin de vivre ensemble la plus belle histoire d'amour.

 

 

AMEN