A L'HEURE OÙ NAÎT UN JOUR NOUVEAU

Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile pascale - année B (31 mars 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A l'heure où naît un jour nouveau, Marie de Magdala, Marie Salomé et Jacobé s'en vont au tombeau, un tombeau neuf où le Christ avait été déposé. Au petit matin, dans la nouveauté de ce jour, elles découvrent une bonne nouvelle, une nouvelle qu'elles doivent annoncer à tous : le Christ est ressuscité. Il y a en ce jour une nouveauté, le Christ est ressuscité.

A l'heure où naît un jour nouveau, les israéli­tes, au petit matin, en allant prier au Temple, avaient dans leur cœur un chant plein d'espoir, celui de pou­voir enfin entonner un chant nouveau. En effet cela fait longtemps que le peuple hébreu attend que Dieu fasse quelque chose de nouveau.

A l'heure où naît un jour nouveau, au moment de l'Exode, il se passe ce phénomène remarquable : Dieu sauve son peuple. Mais les israélites, après l'Exil, attendaient un nouvel Exode, que Dieu refasse encore des merveilles, qu'Il aille plus loin que cet Exode, qu'Il fasse mieux qu'au temps où "au point du jour, la mer rentra dans son lit" (Exode 14,27). Plus loin que ce passage, qu'Il aille jusqu'au bout d'une Pâque, qu'il y ait une radicalité à cette vie, à cet Exode vécu dans les temps anciens.

A l'heure où naît un jour nouveau, émergeait aussi la création. La première lecture que nous avons entendue signifiait cela : "Au commencement, Dieu créa et il y eut un matin et un soir, ce fut le premier jour". Dieu avait ainsi séparé la lumière des ténèbres. C'était l'aurore de la vie, le matin de la création. Mais dans le cœur de chaque israélite, au jour du sabbat, au jour du repos de Dieu, dans le cœur de chacun, il y avait cet espoir que la Création aille jusqu'au bout d'elle-même, qu'elle aille bien plus loin, qu'elle ne vieillisse pas, qu'elle ait toujours la nouveauté du premier jour.

A l'heure où naît un jour nouveau, dans le cœur de chacun des hommes qui croyaient en Dieu Sauveur, il y avait l'espoir que tout ce que l'on voyait, tout ce qui nous environnait, jamais ne périrait mais qu'au contraire chaque chose trouverait l'éclat d'une nouvelle vie, la réalisation d'une nouvelle alliance. On espérait non seulement une nouvelle création, mais un nouveau Temple, une nouvelle terre promise, un nou­veau David, un nouveau libérateur, afin que l'on puisse en effet entonner un chant nouveau à Dieu, que l'on puisse vivre dans la nouvelle Jérusalem, sur une nouvelle terre promise, afin qu'à jamais l'homme vive neuf dans la vie de Dieu, dans cette alliance nouvelle et éternelle. Qu'y a-t-il eu de neuf depuis tous ces espoirs ?

A l'heure où naît un jour nouveau notre civili­sation, notre monde se présente trop souvent, bien souvent comme un monde crépusculaire. Malgré tout, regardez autour de vous, le monde ne vous propose que de la nouveauté, on voit les publicités, elles van­tent des produits, ils sont neufs, c'est toujours marqué "nouveau" sur le baril. Hélas le contenu change bien peu. C'est surtout l'extérieur. Mais ils se succèdent les uns aux autres, ils ont à peine le temps d'être neufs qu'ils sont déjà vieux et périmés. Notre monde ne nous propose que des nouvelles, ah ! les informations de vingt heures, on n'a que des nouvelles, alors ces nouvelles on va les chercher partout, on les invente, on traque la nouvelle, on traque le sensationnel, il faut qu'il y ait du neuf, il faut que ça tape aux oreilles des gens, il faut en effet qu'on ait l'impression que notre monde a quelque chose de neuf à dire. Notre société vivant dans l'utopie du progrès se doit de toujours innover, il faut que ce monde avance. Et c'est ainsi que les nouveautés succèdent aux autres nouveautés, aux nouvelles qui ne sont pas toujours bonnes, mais en tout cas qui sont récentes, mais qui sont vite effa­cées. Une guerre efface l'autre, un scandale en bous­cule un autre. Ah ! voilà quelques nouveautés du monde. Oh ! mais ce n'est pas tout, il y a des nou­veautés pour l'homme lui-même et quelles nouveautés ? C'est fantastique, quand on se balade dans les rues, qu'on regarde un peu les publicités ou les magazines, il n'y a que des produits pour rester jeunes, paraître frais et neuf. Alors il y a bien sûr des désincrustants pour que nous ne puissions pas vieillir, il y a des rayons qui vont nous donner un teint de jeunesse, il y a des laits de toutes sortes qui nous empêchent d'avoir quelques rides, on les a tous plus ou moins essayés, hélas ! ça ne marche pas toujours. Mais en tout cas on vous le promet. C'est neuf, ça va réussir, vous serez toujours jeunes, vous serez comme aux premiers jours de vos vingt ans. Et puis quand on voit que ça ne marche pas beaucoup, il y a une autre nouveauté que le monde nous présente. Ah ! celle-là, elle est plus difficile à décrypter, il naît chaque jour des religions nouvelles. Oh ! on ne reconnaît pas le mot, ça s'ap­pelle New-Age ou autre chose comme ça. Mais c'est nouveau. Alors là on réconcilie tout, on réconcilie l'âme, on réconcilie le corps, on utilise les produits, les gélules qui vous empêchent de vieillir, le zen qui vous permet d'être détendus, la spiritualité qui vous permet de vous élever : un zeste de christianisme, de religion orientale, de science et d'astrologie, et nous avons ainsi les clefs de la réussite, nous sommes en­traînés vers un état de parfaite jeunesse, d'intempora­lité et de nouveauté radicale pour être "prêt à créer un monde nouveau" (Cf. Global coopération for a better world). Quoi de neuf sous le soleil ? certains ont ré­pondu : rien. Pourtant ...

A l'heure où naît un jour nouveau, naît un monde nouveau. Ce monde nouveau, il est ici. Tout ce qu'ont espéré les hébreux et tout ce qu'espèrent les gens dans notre monde, aujourd'hui, cette nuit, la nouveauté radicale se réalise. Vous avez vu, on a uti­lisé mieux que du désincrustant, de l'eau lustrale c'est magnifique. Mais ça, c'est l'eau de la nouveauté, c'est l'eau de la régénération, c'est l'eau qui purifie, c'est l'eau qui fait vivre.

Tout à l'heure, il y aura ce corps et ce sang li­vré, c'est la Nouvelle Alliance, cette Nouvelle Al­liance attendue par tous les hommes, Alliance scellée dans la mort et la Résurrection du Christ, scellée dans notre propre chair pour que cette vie du Christ de­vienne notre vie la plus intime, celle qui nous fera toujours être jeunes auprès de Dieu, être neufs pour Lui. Les sacrements aujourd'hui sont meilleurs que tous les produits que l'on vous propose, c'est la nou­veauté de Dieu, c'est ce qui donne la vie, c'est ce qui régénère, c'est ce qui fait que vous ne vieillissez pas, car on est toujours neuf dans la foi. Il y a l'homme nouveau, pas l'homme demandé par la société, cet homme nouveau, c'est le nouvel Adam, c'est le Christ. Et, comme le dit si bien saint Irénée : "le Christ a apporté toute nouveauté en s'apportant". Ainsi donc en venant, le Christ inaugure Lui-même en sa per­sonne la nouveauté du monde. Lui, le Créateur de toutes choses, en s'incarnant, redonne à notre création d'être nouvelle et d'être comme au premier jour, et à nous-mêmes d'être des hommes nouveaux. Et puis il y a nous.

A l'heure où naît un jour nouveau, nous som­mes, nous, aujourd'hui, à cette heure, nous sommes devant le Christ, nous sommes dans son Église, nou­velle Jérusalem. Nous sommes ceux qui sont appelés à l'union la plus parfaite, parce que nous n'allons pas vers notre fin, nous ne vieillissons pas, mais au contraire nous ne cessons de rajeunir. Nous allons vers notre naissance, vers notre éternelle naissance, par les sacrements, dans l'Église, en nous viennent les principes de la vie, viennent en nous la nouveauté radicale du Christ, sa vie qui n'aura pas de fin, sa Ré­surrection éternelle.

A l'heure où naît un jour nouveau naît aussi un monde nouveau. L'Église n'a pas besoin de lifting, elle a besoin de vous qui êtes régénérés dans l'eau du baptême. Vous êtes les principes de la nouveauté de Dieu en ce monde. Le chrétien n'annonce pas un mes­sage périmé, il annonce à ce monde vieillissant, cré­pusculaire, la nouveauté de la résurrection.

A l'heure où naît un jour nouveau, dans ce matin où toute chose prend un autre visage, nos visa­ges s'éclairent à la lumière du Ressuscité. Tout à l'heure en passant, je vous ai regardés à la lumière de vos bougies. Vous pourrez faire de même, regardez-vous, vos yeux ont un regard neuf, vos visages ont rajeuni car ce soir vous vivez le premier jour de la création, la nouveauté de Dieu, le jour de sa Résur­rection. Allez, comme Marie-Madeleine, annoncer cette bonne nouvelle. Peut-être que les informations ne l'ont pas encore eue.

Christ est ressuscité. Voilà quelque chose de neuf. Christ est ressuscité, Allez annoncer à ce monde vieillissant la nouveauté de ce message. Christ est ressuscité.

 

 

ALLELUIA