DANS LE CŒUR DE L'ÉGLISE JÉSUS EST RESSUSCITÉ
Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile pascale - année B (15 avril 1979)
Homélie du Frère Michel MORIN
D'un regard intérieur, il me semble voir une petite fille qui, dans cette nuit, traverse le monde en courant et je crois distinguer sur son visage les traces d'une souffrance qui fut aiguë, je crois distinguer dans ses yeux les marques d'un chagrin qui fut aussi profond qu'une plaie et je crois discerner encore dans ses gestes comme les restes de cette lenteur caractéristique de notre attente. Une petite fille dont le cœur, un moment douloureux, est devenu tout d'un coup aussi merveilleux qu'un feu. Et je la vois, revêtue de ses habits de fête, d'une robe blanche, esquissant un pas de danse au rythme d'une musique jamais encore entendue, dans le flot des chants, des lumières et des fleurs. Et j'écoute son refrain : "Il est ressuscité ! Il est revenu comme Il l'avait promis ! Il est ressuscité, n'ayez plus peur ! Il est ressuscité, Il vous précède sur toutes les routes de toutes les Galilée."
Et le nom de la petite fille est "Église". Et depuis des jours et des nuits de ce temps, et parmi tant de pays et sur tant de routes de ce monde, la voilà qui continue, sans arrêt de courir, porteuse d'un message qui lui est venu du fond du cœur, lorsqu'elle a eu ce coup de foudre en plein cœur, au petit matin d'un premier jour d'une semaine nouvelle. Et depuis ce temps, depuis ces deux millénaires, son regard s'embrase comme au commencement, quand elle a vu son Seigneur, un moment perdu, qui est revenu, jaillissant devant elle, embrasant son regard comme le soleil embrase notre monde. Et très tôt, bien avant chaque lever de soleil, elle reprend sa course folle, légère, joyeuse messagère au milieu de notre vieux monde, de cette grandiose nouveauté : "Jésus est ressuscité !"
"Jésus est ressuscité !" acclame et proclame l'Église qui en vit. Vous avez vu tout à l'heure ce grand feu dont le crépitement était comme un cri au milieu de la nuit, dont la beauté, dont la chaleur, dont la grandeur ont illuminé la nuit de notre tombeau comme le corps glorieux de Jésus a envahi, de façon étonnante et débordante, la place laissée vide par son corps de chair, lorsque le tombeau s'est ouvert. Ce feu, symbole de la force de Dieu, signe de l'Esprit de Résurrection que Dieu donne pour accomplir toute chose et toute mission.
Et vous avez vu l'eau jaillir du seuil de ce sanctuaire et se répandre aux quatre coins du monde, vous l'avez vu couler sur le front de Frédéric, enfant de la chair de notre humanité, devenu enfant de Dieu dans l'Esprit éternel. Et cette eau vous l'avez senti mouiller votre front comme une pluie pour féconder votre mort : mystère de cette eau baptismale où se rejoignent et la nature de notre terre, où elle prend sa source, et le mystère de Dieu, source de vie, signe de l'eau, signe de la Vie.
Et regardez maintenant : la table est dressée, prête pour le banquet, la nappe est posée, les dons vont être apportés, le pain va être partagé. Ne retenez plus votre faim ! Le vin nouveau va couler, sang versé de Jésus-Christ, Alliance nouvelle pour la rémission des péchés. Ne retenez plus votre soif ! signe du sang, signe du pardon.
Nous avons vu ensemble, nous avons été témoins ensemble, ce soir, du signe de l'Esprit du signe de l'eau et du signe du sang. Et tous les trois sont là, en harmonie, en accord pour témoigner, au nom du Dieu vivant, que Jésus est ressuscité dans l'Église d'aujourd'hui pour le monde de ce temps. Ces signes sont là de façon visible pour que nous les voyions et qu'en les voyant nous puissions croire que le Fils éternel de Dieu, un moment pris par la mort, nous a été redonné ; qu'en Lui, la vie nous est donnée en abondance. Que notre terre de mort devient terre des vivants parce que désormais habitée par le Vivant ressuscité Nos souffrances sont gravées dans les paumes de Jésus et Jésus est ressuscité. Notre mort est enfouie dans la mort de Jésus et Jésus est ressuscité. En cette nuit pascale, par la Résurrection de son Fils, Dieu nous dit : "Non ! Tu ne mourras pas ! Tu ne mourras jamais !" Et cela ne peut être dit que dans un dialogue d'amour. Etre aimé de Dieu d'est accepter qu'en la Résurrection de son Fils, nous entendions aujourd'hui, pour chacun de nous et pour l'humanité tout entière : "Non, tu ne mourras pas !" Car la puissance de l'Esprit, la force de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts, est la même force avec laquelle, aujourd'hui encore, Dieu donne la vie à chacun de nous. Aujourd'hui encore, Il nous aime ; aujourd'hui encore Il fait exister l'Église avec laquelle, demain, Il nous ressuscitera.
C'est cela le trésor inouï qui fait danser et courir cette petite fille, elle qui porte dans son cœur fragile comme un trésor débordant pour la joie du monde entier. L'Église, petite fille vivant au milieu de ce monde comme en un éternel Présent, est née de la mort et de la résurrection de Jésus, plongée dans le mystère de Dieu. Et elle voyage encore sur notre terre marquée par la souffrance et la mort de notre humanité, cette humanité présente en chacun de nos visages, chacun de nos visages rassemblés, ce soir, pour former l'unique visage de l'Église aimée de Jésus, illuminée par la face transfigurée du premier-né d'entre les morts.
Ce qui est chrétien en nous, c'est Jésus-Christ ressuscité ! Ce qui est chrétien dans l'Église, c'est Jésus-Christ ressuscité ! Ce qui est chrétien dans le monde, c'est Jésus-Christ qui veut ressusciter.
Ensemble nous venons de vivre la Passion du Seigneur, ensemble nous célébrons sa Résurrection pour qu'à partir de cœur de notre Église, le monde entier entre dans la danse de cette grande fête des enfants de Dieu. Frères et sœurs, devenons des passionnés du Ressuscité.
AMEN