IL EST VIVANT !
Gn 1, 1-2,2 ; Ex 14, 15-15, 1 ; Ez 37,1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile pascale - année B (12 avril 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Basilique de saint Denis : Résurrection
Pourtant, il y a quelque chose d'insatisfaisant dans cet évangile. Je ne sais pas si tu l'as remarqué, rien dans cet évangile de saint Marc que Christophe nous a chanté n'évoque en quoi que ce soit la relation personnelle qu'on peut avoir avec le Christ. C'est quand même étonnant, il est mort, évidemment, et ces pauvres femmes qui vont au tombeau ne pensent pas à avoir une relation personnelle avec Jésus puisque tout est fini. Mais quand même, elles entrent dans le tombeau. Le tombeau est vide, les anges leur parlent, puis elles s'en vont, elles rencontrent ce personnage mystérieux, et elles partent, tout effrayées, et ne disent rien à personne.
Il y a un contraste étonnant, mais on y est tellement habitué qu'on ne lit plus cet évangile comme on devrait le lire. Il y a un contraste étonnant entre le fait qu'aujourd'hui quand on dit qu'on croit en Jésus ressuscité, nous sommes persuadés que la base, c'est notre relation personnelle avec ce Jésus ressuscité, et puis, dans les évangiles, c'est une espèce d'objectivité, presque d'indifférence.
Si tu regardes dans les autres récits, à certains moments, un homme crie : "Il est vivant, Il est ressuscité". Mais on n'a jamais un récit dans lequel un disciple ou une femme qui est allée au tombeau peut entreprendre une relation un peu précise avec Jésus. Le seul cas, c'est peut-être Marie-Madeleine. Elle le reconnaît à la voix, il lui dit : "Marie", et elle l'appelle "Rabbouni". C'est mince quand même, c'est très peu de chose. Mais pourquoi les récits qui nous racontent la résurrection de Jésus ne nous racontent pas les choses de façon aussi chaleureuse, aussi humaine, aussi simple, aussi tangible que quand on le voit discuter avec l'aveugle-né, quand on le voit parler avec ses disciples, quand on l'entend expliquer des paraboles . Pourquoi? Au moment de la résurrection, tout se tient dans une proclamation, on ne lui parle même plus à lui, on dit simplement : "Il est vivant, il est ressuscité".
Cela peut paraître étonnant frères et sœurs. C'est peut-être quelque chose à quoi nous ne sommes plus sensibles, et pourtant, la première proclamation de la résurrection n'a pas été une discussion entre Jésus et ses disciples. La première proclamation de la résurrection est presque brutale : Il est vivant, il est ressuscité. C'est tout, on n'en dit pas plus. Dieu l'a ressuscité, Dieu la réveillé d'entre les morts, c'est tout. Mais pourquoi cette espèce de sécheresse ? Pourquoi cette espèce de rigueur dans l'annonce ? on ne lui parle pas, mais on parle de lui. "Il" est ressuscité, "Il" est vivant. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Frères et sœurs, pour comprendre cela, et c'est peut-être la raison pour laquelle nous sommes ici ce soir pour accueillir Virginie, il faut se remettre dans la tête et dans le cœur des disciples. Pour eux, ils ont connu Jésus, et comme ils le disent à plusieurs reprises dans l'évangile, ils pensent vraiment que c'est lui qui vient sauver, qui vient restaurer Israël, qui vient lui redonner sa plénitude. Par conséquent quand ils le voient d'abord appréhendé par les autorités juives, puis romaines, jugé, condamné, et mis à mort, pour eux, c'est normalement une déception dont on ne revient pas. Il n'y a aucune raison, le soir du vendredi saint, pour personne dans l'entourage de Jésus, d'imaginer un quelconque happy end de l'affaire. C'est bouclé. Les disciples d'Emmaüs retournent à Emmaüs. Simon-Pierre et ses compagnons retourneront à la pêche sur les bords du lac de Galilée. Normalement, c'est terminé. Et pourtant, il y a une sorte de tension entre ce qu'ils attendaient de lui qui sauverait Israël, et d'autre part leur immense déception. Quand ils ont vécu les premières expériences, nous ne pouvons pas nous mettre à leur place, nous ne savons pas comment c'était. Mais quand ils ont fait les premières expériences, que ce soient les femmes au tombeau, que ce soient les disciples dans le Cénacle, que ce soient les disciples sur le chemin d'Emmaüs, peu importe, quand ils ont fait cette expérience que Jésus était vivant, alors, ce qu'ils ont compris d'abord ce sont pas des affaires religieuses personnelles, c'est le fait que par Jésus mort et ressuscité, l'histoire du monde, l'histoire de toute l'humanité avait changé.
Ce qui les a intéressés, ce n'était pas la question d'une survie personnelle. Ils n'ont pas dit : tu es ressuscité, alors tu nous prépares une petite place là-haut et puis on ira te revoir plus tard, mais le plus tard possible parce qu'on est quand même pas mal ici-bas ! non, ils ont reconnu en lui, le signe par excellence, la réalité du Royaume de Dieu qui était là. Pour eux, le Royaume de Dieu ce n'était pas leurs petites préoccupations à eux, c'était toute l'humanité qui désormais était comme branchée sur cet homme en qui ils avaient mis toute leur espérance et toute leur confiance.
La première proclamation de la foi en la résurrection ce n'est pas d'abord notre désir de survie, c'est d'abord le fait que Jésus, celui dans lequel on avait mis la plus grande espérance et au sujet duquel aussi on avait eu le plus grand désespoir, tout d'un coup, devenait le centre de l'histoire de l'humanité. Par la résurrection, Dieu l'avait justifié dans son chemin, dans ce qu'il avait voulu dire, dans ce qu'il avait partagé avec ses disciples. Tout à coup, la résurrection était le sceau, le signe absolu de la vérité de la mission que Jésus était venu réaliser sur la terre. Désormais, il n'y avait plus de marche arrière possible dans l'histoire du monde. Le monde avait basculé. Si on a lu ce soir le récit de la création, c'est parce que pour nous aussi, les disciples d'abord, pour toutes les générations de chrétiens, et pour nous en 2009, c'est toujours la même réalité qui est en cause. Au moment où Jésus a été relevé d'entre les morts, le monde a basculé, l'espérance du monde a changé, le pouvoir dans le monde a changé. Même si une certaine usure du monde fait qu'apparemment, c'est toujours un certain mal, une certaine violence, une certaine puissance qui semblent l'emporter, en réalité, désormais, celui qui est mort et ressuscité, a changé l'histoire du monde qui n'est plus basée sur ces valeurs-là. Elle est basée maintenant sur la puissance de ce que Dieu a donné à son Fils Jésus.
C'est pourquoi Virginie, ce soir tu as reçu le baptême, tu ne l'as pas reçu personnellement. Ce n'est pas simplement toi qui a décidé tout d'un coup : oui je veux avoir la vie éternelle. C'est très bien, continue, mais le vrai problème est ailleurs. Tu as voulu entrer dans cette communauté que nous sommes, la communauté de tous les chrétiens dans le monde, nous sommes tous des pécheurs autant que les autres hommes, il n'y a pas d'erreur possible, nous sommes tous faibles et marqués par le péché. Mais il y a une chose qui est sûre c'est que désormais, tu sais que tu es dans cette humanité qui a été appelée, qui a été changée, qui a été bouleversée par la vie, la mort et la résurrection de Jésus.
Ce soir, l'Église elle-même, et l'Église à travers nous te confie ce signe extraordinaire de la vie et de l'espérance chrétienne. Elle te confie que désormais pour toi aussi ta vie peut prendre cette nouvelle extraordinaire dimension par laquelle le Christ mort et ressuscité te donne de partager avec tous ceux que tu aimes, avec ta famille, tous ceux qui te sont proches dans ton coeur, de partager cette espérance et cette joie de la vie même que Dieu donne à chacun de ceux qui la reçoivent par le baptême.
AMEN