LE SOURIRE DE DIEU
Gn 1, 1 – 2, 2 ; Ex 14, 15 – 15, 1 ; Ez 37, 1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mt 28, 1-10
Vigile pascale – année A (8 avril 2023)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS
« Je sais bien qui vous cherchez, Jésus de Nazareth le Crucifié, Il n'est pas ici. »
Frères et sœurs, hier soir nous méditions sur cet immense dialogue entre Dieu et sa création. Cet immense dialogue dans lequel Dieu Lui-même, pour ainsi dire, errait dans ce paradis tout neuf qu'Il avait fait et où Il ne trouvait pas sa créature préférée, Adam. Et Il posait cette question : « Adam, où es-tu ? » Donc nous avons vu que Dieu cherchait Adam. Il voulait le rencontrer. Il l'avait créé mais, d'une certaine façon, Il percevait déjà qu'il n'y avait plus de possibilité de rencontre.
Puis nous avons médité la parole qui ouvre l'évangile de la Passion selon saint Jean. Et là, c'est Jésus Lui-même qui dit : « Mais qui cherchez-vous ? » Il s'adresse à des brigands, à ceux qui sont venus l’arrêter sur ordre des autorités. Et eux répondent : « Jésus de Nazareth. » Ils visent celui qui devait être leur victime. Et ce soir, ce sont les anges, curieux intervenants, la plupart du temps assez surprenants mais tout à fait extraordinaires, dont saint Pierre nous dit qu'ils se penchent avec convoitise sur l'histoire des hommes parce qu’ils n'ont pas encore eu cette chance de voir apparaître Jésus ressuscité. Ces anges, qui connaissent le Fils de Dieu depuis tout temps, depuis leur création, se demandent comment Il va arriver là-haut ? Et en même temps, à ces quelques femmes qui veulent achever les rites funéraires de la mise au tombeau, de la mort, qui viennent pour accomplir et mettre en ordre la mort telle que les hommes la conçoivent, les anges leur disent : « Je sais qui vous cherchez. » Mais d'un air de dire avec une sorte d'humour : « Oui, je sais bien que vous Le chercherez mais vous n’allez pas Le trouver ! » C'est un peu comme on le fait pour les enfants quand on leur cache les œufs de Pâques dans le jardin : « Je sais bien ce que vous cherchez, mais est-ce que vous allez le trouver ? »
Donc les anges, avec une sorte d’humour et de finesse, disent aux hommes : « C'est bien de continuer à chercher mais c'est difficile de Le trouver. Nous-mêmes, les anges, sommes très exercés mais il arrive à certains moments que Dieu nous déconcerte. Nous savons bien qui vous cherchez, vous cherchez Jésus le Crucifié. » Voilà que d'une certaine manière la boucle est bouclée. Ceux qui gardaient l'entrée du paradis, l'ange au glaive de feu comme dit la liturgie, voilà qu'ils sont venus là, dans un jardin comme au premier paradis, et ils ont dit à ces femmes qui voulaient absolument savoir ce qui était arrivé à Jésus : « Je sais maintenant pourquoi vous cherchez, je sais qui vous cherchez. On ne L'a pas encore vu depuis cet éclair de feu qui a ouvert le tombeau. Vous ne l’avez pas vu, vous ne l’avez pas retrouvé. » C'est cette question que les anges posent : « Vous, les humains qui L’avez connu dans la chair, comment allez-vous Le reconnaître ? » Là, on entre dans la théologie fiction parce que nous n'avons aucun témoignage sur la manière dont ils L’ont reconnu. Vous verrez, quand on lira les récits d’apparitions de Jésus après Pâques, la plupart du temps ils sont un peu comme des benêts qui ne comprennent rien et qui ne Le reconnaissent même pas.
Mais je voudrais aller plus loin que les premiers témoins. Permettez-moi un peu de folie ce soir. À quoi les hommes et les femmes qui vont au tombeau et ceux qui ont reçu l'apparition du Seigneur ressuscité devaient-ils finalement Le reconnaître ? Je crois que pour le comprendre, il faut avoir un petit peu d’imagination. Imaginez ce qui s'est passé sur le visage du Christ lorsqu'Il est revenu à la plénitude de la vie éternelle et qu'Il a commencé à la faire rayonner dans sa chair humaine si fragilisée, si malmenée. À quoi pouvait-t-on Le reconnaître ? Aucun des peintres, à ma connaissance, n'a vraiment essayé d'imaginer ce moment-là. Car ce qui fait qu’on pouvait reconnaître le Christ quand on L'avait connu auparavant, c'était une chose très simple. C'était un geste humain, très humain, auquel on ne pense pas tout le temps, pourtant si indispensable et qui