PARTAGER LA JOIE DU JOUR NOUVEAU
Gn 1, 1 – 2, 2 ; Ex 14, 15 – 15, l ; Ez 37, 1-14 ; Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-8
Vigile Pascale – année B (3 avril 2021)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Chère Manon, cher Théo, vous venez d’entendre l’évangile pour cette fête qui est votre fête. Vous avez remarqué l’étrangeté de cette histoire : Jésus est mort dans des conditions affreuses, Il a été crucifié, il fallait complètement improviser la mise au tombeau, on ne savait pas où Le mettre ; heureusement il y avait là quelqu’un qui avait un tombeau tout prêt et qui l’a proposé pour y déposer le corps de Jésus. Mais ils avaient réalisé la mise au tombeau avec les rites – c’était beaucoup plus compliqué que ce qu’on fait chez nous aujourd’hui – sans pouvoir l’achever pour autant. Notamment, ils n’ont pas pu faire une chose très belle, et ils en avaient été très frustrés, c’était de prendre le corps du défunt, en l’occurrence celui de Jésus, et de lui mettre du parfum. C’est une belle coutume. Je ne sais si ça se fait encore dans certaines traditions. Ça signifiait que la personne rayonnait encore de son amour et de sa présence.
Donc les deux personnes, Marie et son amie, décident qu’on ne peut pas Le priver de ça. Elles partent donc, plutôt tranquillement, vers le tombeau. Chemin faisant, vous savez, parfois on ne voit pas les problèmes arriver, elles se sont déjà procuré les aromates – les parfums –, elles finissent par se demander : « Comment allons-nous faire ? » La porte du tombeau est en effet complètement obturée par une pierre. Je ne sais pas si on vous a expliqué, vous savez un peu comment c’était : c’était une pierre que l’on roulait devant l’entrée, avec évidemment une cale pour que la pierre ne bouge plus. Les pauvres dames ! Si elles avaient dû pousser la pierre de peut-être trois cents kilos ! Elles n’y seraient sans doute pas arrivées. Au fur et à mesure de leur chemin, elles se rendent compte que ce qu’elles voudraient faire pour le Christ est impossible. D’une certaine façon, elles sont réalistes parce que quand quelqu’un est enfermé là-dedans, comment voulez-vous le sortir sans une force herculéenne, ou des leviers ou tout le matériel pour ouvrir ? Elles se demandent donc qui va leur rouler la pierre.
La résurrection commence par une interrogation : « S’Il est mort, comment Le rejoindre ? » Comment y arriver ? Il est ailleurs. Il est parti ailleurs. On L’a bouclé, on L’a enfermé, il n’y a plus rien ! Quand elles arrivent, elles voient que la porte est ouverte, que la pierre a été roulée ! Elles sont déjà un peu étonnées : « Comment ça se fait ? Qui est venu ? Qui est intervenu ? Est-ce qu’on a voulu voler le corps ? » Toutes les hypothèses sont possibles. Et puis elles s’aperçoivent que non, elles voient que la porte est ouverte, et puis subitement, le Christ vient à elles. Ça, ça a dû leur faire un choc ! Elles s’attendaient à tout, sauf à ça ! C’était fini, l’affaire était classée, Jésus était mort, enterré, elles venaient faire quelques petits gestes complémentaires, mais pas davantage. Et là, elles s’aperçoivent que Dieu vient à leur rencontre. Ce n’était pas prévu, elles n’avaient pas imaginé un tel scénario, elles voulaient simplement faire ce qu’elles avaient à faire, et alors… Il est là ! Pourquoi est-Il là ? La première question était « comment pouvoir le rejoindre ? », et maintenant « pourquoi est-Il là ? » Qu’est ce qu’Il fait là ?
On pourrait imaginer que Jésus leur dit : « Je suis tellement heureux de vous revoir, de vous retrouver » et elles auraient répondu : « Nous aussi. Laissons les parfums et retrouvons-nous pour un petit déjeuner, puisqu’il est tôt, etc. » Mais pas du tout. Jésus leur dit une chose très étrange : « Vous avez vu, Je suis là, vivant, mais vous ne Me garderez pas pour vous toutes seules. Vous ne pouvez pas profiter du fait que vous êtes les premières à avoir bénéficié de ma présence de Ressuscité. Vous ne pouvez pas le garder comme un privilège pour vous toutes seules. Vous partez, vous allez voir les disciples » (qui étaient sans doute encore morts de peur, craignant d’y passer comme Jésus Lui-même) « et vous leur dites : "Moi, Je les retrouverai là où Je les ai rencontrés pour la première fois, en Galilée, au bord du lac de Galilée" ».
Très disciplinées, elles acceptent. On ne nous raconte pas comment elles y vont, mais c’est quand même assez intéressant : elles y vont en courant. Là, quand elles allaient, elles traînaient plutôt un peu les pieds, et tout à coup, quand elles ont découvert qu’Il est là, et qu’on les envoie pour annoncer cette nouvelle-là, elles ont une pêche extraordinaire, je ne dirai pas une pêche d’enfer, mais une pêche de résurrection ! Elles se disent : « Ce n’est pas possible, nous venions pour un constat de décès, et là, chose extraordinaire : Il est là, Il est vivant et Il nous dit simplement de ne pas garder notre joie pour nous seules ».
Je ne sais pas si vous vous reconnaissez là-dedans, mais il y a un peu quelque chose pour vous. Quand vous avez commencé votre chemin vers le baptême, vous deviez vous demander : « Qui nous fera comprendre toutes ces choses de la religion ? C’est tellement compliqué, on n’y comprend rien, qui va s’occuper de nous ? Qui va nous dire ce qu’on doit croire ? » C’est difficile, c’est comme la première fois où on va à l’école, on se demande ce qui va se passer. Et puis on avance, et on n’arrête pas, on continue. C’est ce que vous avez fait quand on vous a accompagnés pour recevoir le baptême. Seulement aujourd’hui, d’une certaine manière, votre baptême, c’est comme le moment où les femmes, au tombeau, ont reçu la belle annonce de la Résurrection.
Aujourd’hui, si vous êtes baptisés, c’est parce que l’Eglise, c'est-à-dire tous ceux qui sont ici et tous les chrétiens dans le monde ont envie de vous dire : « Manon, Théo, le Christ est ressuscité. Mais attention, ne gardez pas ça pour vous ». C’est sûr que c’est un grand bonheur et je pense que la famille doit être heureuse de fêter ça avec vous aujourd’hui, mais attention, il n’y a pas de terminus. Il faut repartir, il faut repartir sans arrêt. Et là, la vie est ce qu’elle est, il y a des hauts et des bas, ça marche, parfois ça marche moins bien, mais ça n’empêche que, à partir du moment où le Christ a dit : « Je t’ai assuré(e) dans la foi de mon amour pour toi, pour tous ceux que tu aimes, pour tous ceux de ta famille, pour tous ceux qui cherchent Dieu, et pour tous ceux qui ne Le cherchent pas d’ailleurs », à partir de ce moment-là, on ne peut pas garder ça comme une sorte de privilège. La foi, la vie de chrétien, n’est pas un privilège, c’est le moment où Dieu nous dit : « Allez, prenez la vie à bras le corps, annoncez-Le, partagez-Le, vivez ensemble cette joie du salut de Dieu, et accueillez le bonheur qui vous est offert ».
Aujourd’hui, c’est ça qu’on veut pour vous. Si on est là autour de vous, si on vient de fêter votre baptême, si tout à l’heure on va partager avec vous le pain qui est le Corps du Christ, c’est pour vous dire que ça ne fait que commencer, c’est le début, vous verrez, il y a des surprises, il y a même des déceptions, il y a des moments où on se dit qu’on a de la peine à y croire. Ça pourra être parfois difficile, mais il y a une chose qui est sûre, c’est qu’on peut toujours repartir, que ce que vous avez reçu ce jour est tellement beau et tellement grand que ça ne peut pas se détruire au fond de vous. Et demain matin, quand à l’aurore, nous recevrons la lumière, ce sera beau, comme chaque fois au lever du soleil. Vous avez déjà assisté à des levers de soleil, vous êtes déjà allés avec vos parents ou vos familles dans des balades, pour voir un lever de soleil. C’est à mon avis plus beau qu’un coucher de soleil. Le coucher de soleil : tout est calme, la journée est finie, il n’y a plus de problème, on sait qu’après, on ira se coucher quand on rentrera à la maison. Mais le lever de soleil, demain matin, comment sera-t il ? Que va être ce jour ? Je ne sais si vous vous êtes déjà posé la question, quand on est devant un lever de soleil, on appelle ça un jour nouveau parce que ce ne sera pas un jour comme les autres, ce sera un jour unique, non pas seulement métro-boulot-dodo-école et tout ce que vous voudrez, tout ne sera pas programmé, ce ne sera pas tout fait, mais Dieu nous réserve chaque jour la possibilité de Le rencontrer, de L’accueillir dans notre cœur et de partager la joie de Dieu, la joie de son salut, et la joie de son amour.
C’est ce qu’on vous souhaite aujourd’hui. Tout le monde ici, nous sommes d’une façon ou d’une autre, à des degrés divers, différents les uns des autres, très croyants, pas très croyants, mal-croyants, parfois un peu révoltés, tout est possible, et chaque fois c’est Dieu qui nous dit : « Ce que Je veux pour toi, c’est que chaque jour soit un jour nouveau ». Alors nous vous souhaitons cette bonne journée, une bonne journée de jour en jour, qu’elle dure le plus longtemps possible, que chaque matin, au réveil, vous pensiez à cet épisode que nous venons d’accueillir et de méditer en marche vers un tombeau – on croit souvent qu’on marche vers un tombeau mais on marche vers le Seigneur qui est vivant. Allez-y, ayez de l’audace, ayez du courage, et recevez cette joie du Seigneur qui vient. Amen.