QU'EST-CE QUE LA RÉSURRECTION ?

Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20

Samedi de la première semaine de Pâques – A

(29 mars 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et soeurs, ce bref passage de l'évangile qui constitue les derniers versets de l'évangile de saint Matthieu, a quelque chose d'un peu étrange, d'un peu abrupt. Les disciples ont reçu comme consigne des femmes au moment de la résurrection de Jésus à Jérusalem, qu'ils devaient précéder le Christ en Galilée, donc ils se retrouvent en Galilée et le Seigneur leur apparaît une dernière fois avant d'être exalté dans la gloire.

C'est donc ce qu'on appelle une apparition en Galilée, à la différence des apparitions à Jérusalem puisque la tradition des récits des apparitions de résurrection se situent dans les deux endroits, ce qui n'est pas toujours très simple et facile à comprendre. Toujours est-il cette apparition de Jésus en Galilée a quelque chose de spécial, parce que elle est une sorte de synthèse de ce qui va se produire par la suite.

Apparemment, c'est Jésus qui passe avant son départ et qui laisse ses dernières consignes mais encore faut-il bien entendre la manière dont Il les donne. La première phrase que Jésus dit c'est : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre". En fait, c'est le plus important. D'aucuns pourraient croire que la mission de l'Église, l'annonce de l'évangile, c'est simplement la continuation de ce que Jésus a fait. Jésus est venu sur terre, Il a commencé à annoncer le Royaume, Il a fait un certain nombre de signes, de miracles, Il a donné sa vie pour nous, et après les disciples continuent. Un peu comme dans le fondateur d'une école philosophique ou d'une école de pensée politique, on essaie de faire ce qu'a fait l'initiateur, de continuer simplement le travail. Beaucoup de gens imaginent que l'Église, c'est simplement ce qui continue l'œuvre du Christ. Or, c'est un peu l'inverse, car le Christ va leur donner des consignes, mais sur la base de cette phrase : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre", c'est-à-dire qu'Il leur explique la résurrection. Qu'est-ce que la résurrection ? C'est le fait que le Christ, le Fils de Dieu, venu dans la chair, Jésus de Nazareth, mort, condamné par les hommes, est exalté par Dieu et non seulement exalté au sens de justifié pour sa bonne conduite, mais tout pouvoir lui est donné au ciel et sur la terre. A partir de ce moment-là, Il a la souveraineté absolue sur le monde. Donc, la mission des disciples n'est pas la continuation de ce qu'Il a fait, mais en réalité, le monde est déjà sous la souveraineté et le pouvoir du Christ. La mission n'est possible que parce que le monde est déjà sous le pouvoir du Seigneur ressuscité. La mission n'est pas ce qui fait germer la présence du Christ ressuscité dans le cœur des hommes, cette présence, elle y est déjà : "tout pouvoir m'a été donné", c'est-à-dire que toute la création maintenant est sous la direction et sous la présence du Christ ressuscité. Ce que fait la mission, c'est simplement de le révéler et de la faire apparaître. La meilleure image de la mission, ce n'est pas la conquête du nouveau monde, ce n'est pas d'implanter une culture là où elle n'était pas, ce n'est pas de planter un drapeau là où il n'y avait pas encore de drapeau. La mission, c'est de révéler et de mettre en évidence que tout pouvoir est donné à Jésus. Donc, quand nous annonçons la Parole de Dieu, nous n'implantons pas la Parole, elle est déjà là, nous ne faisons que la révéler et la faire naître.

Je vous rappelle que chaque fois que Jésus a parlé à ses disciples, et que chaque fois qu'Il les a envoyés pour annoncer la Parole de Dieu, il leur a toujours parlé de la moisson. Il n'y a que lui qui s'est comparé au semeur, Il a déjà semé par avance nous, nous ne venons qu'à la moisson. Nous venons quand l'œuvre de salut de Dieu est accomplie pour tout l'univers. C'est dans la mesure où le blé a été semé partout, et où tout homme maintenant est mystérieusement sans le savoir, dépositaire du salut que Dieu veut pour chacun, qu'à ce moment-là nous avons le devoir de répondre par la mission.

C'est très important à comprendre, il paraît que nous sommes en mission pendant deux ou trois ans, sur Aix, il ne faudrait pas se tromper d'adresse ou d'objectif. La mission n'est pas une initiative, ce n'est pas de dire que la cité moderne étant sécularisée, il faut remettre un petit peu de religieux pour essayer de rendre Jésus vivant, etc … La mission est une réponse, le salut est déjà là : "tout pouvoir m'a été donné". A ce moment-là seulement s'inscrit dans cette présence et ce salut en train de naître, s'inscrit la mission et la parole des disciples : "Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les et proclamez le salut à tous les peuples".

En fait, la mission est fondamentalement non pas instauratrice, elle est révélatrice. Le sens même de la mission de l'Église et de chacun d'entre nous par rapport aux différents actes missionnaires que nous pouvons poser, c'est toujours le souci de révéler comme lorsque Jacob était couché sur sa pierre à Béthel : en vérité, Dieu était déjà là, et je ne le savais pas. C'est cela que le Christ explique à ses disciples au moment de les envoyer. Pour eux, c'est un réconfort incroyable,c'est la conclusion : "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde". Je suis présent dans le monde à titre de grain qui ne demande qu'à lever, s'épanouir et à porter du fruit, la moisson, et je suis présent en vous à titre de ceux qu'on envoie pour moissonner, pour annoncer et révéler le processus de vie et de salut qu'il y a déjà dans le monde. Le Christ est vraiment l'Alpha et l'Omega, Il est la source même et c'est parce qu'il y a cela déjà que les disciples peuvent annoncer et après, quand eux-mêmes annoncent, ils annoncent sous la mouvance du Christ parce qu'il est avec eux jusqu'à la fin du monde.

Frères et sœurs, que cette dernière méditation de la "journée de Pâques" nous enracine et nous aide à découvrir un peu mieux ce qu'est le sens de la mission chrétienne, de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, de ne pas mettre notre pouvoir à nous avant le pouvoir du Christ, mais au contraire, de savoir d'abord reconnaître les signes de sa présence pour ensuite les faire lever comme une véritable moisson.

 

 

AMEN