JE SUIS AVEC VOUS
Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20
Samedi de Pâques –C
(1er avril 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e suis avec vous, chaque jour, jusqu'à la fin du monde !" La vie en présence du Christ nous semble souvent être une montagne. Jésus ne fait que nous donner rendez-vous sur la montagne, comme Il l'avait fait plusieurs fois avec ses disciples, pour prier. L'évangile s'était ouvert par cette parole de l'ange à la Vierge : "Le Seigneur est avec Toi !" L'évangile s'achève, ou plutôt s'ouvre, sur cette parole de Jésus : "Je suis avec vous, chaque jour !"
Au début de cette eucharistie, c'est dans cette confession de la présence du Christ que nous avons commencé. "Le Seigneur soit avec vous !". La fête de Pâques nous a rappelé, au plus profond de notre cœur d'homme et de chrétien, cette présence insondable de Dieu au milieu de nous, avec nous et pour nous. Cette présence de Dieu qui a comme deux aspects.
Le premier c'est son immensité. Nous sommes toujours sous le coup de l'immensité de Dieu. C'est d'ailleurs pour cela que nous existons, que le monde existe, que nous sommes tout simplement, et que nous allons. Cette présence immense de Dieu, nous l'appelons un mystère, non pas parce qu'elle serait d'abord incompréhensible à notre intelligence, si brillante soit-elle ou à notre raison, mais c'est un mystère parce que c'est par elle qu'existe toute chose en ce monde et dans tous les mondes. Le mystère de la présence de Dieu, c'est ce qui permet aux choses et aux êtres d'exister et de vivre. C'est pour cela que, quoi que nous pensions, quoi que nous fassions, quel que soit ce que les hommes pensent ou font, nous sommes toujours à l'intérieur de cette immensité de la présence de Dieu sans laquelle rien n'existerait, rien ne vivrait, rien n'irait vers son achèvement.
Un autre aspect, celui qui nous a été révélé par le mystère de Pâques, c'est que cette présence nous sauve. Cette présence nous empêche de connaître, comme le dit l'apôtre Paul, "la corruption", car Dieu qui est seul saint veut que ceux qui sont comme Lui, saints marqués du sceau de sa sainteté, de son amour, vivent sans connaître la corruption. Cette immensité de la présence de Dieu nous est révélée dans la Pâque du Christ comme ce qui nous sauve, nous sauve du péché, nous sauve de la mort, nous sauve de toute porte du mal, qui, parfois, se ferme et nous enferme sur nous-mêmes, en claquant la porte. Comme nous le chantions Il est "un Dieu de délivrance" qui vient ouvrir toute porte du mal, du péché et de la corruption.
Je pense que, dans notre vie d'hommes et de chrétiens, nous manquons souvent à la perspicacité, à la recherche, à cette conscience paisible de la présence de Dieu pour nous. Trop souvent nous traitons Dieu comme une sorte d'étranger. Nous nous référons à Lui comme à quelqu'un de plus ou moins lointain, d'extérieur, ou bien nous l'appelons comme s'Il n'était pas là, ou nous crions vers Lui comme s'Il était autre part. Non, nous sommes dans la présence de Dieu. La présence de Dieu est en nous. Le Christ nous habite et nous habitons en Lui.
Si, soit dans les grandes orientations de notre vie, soit dans chaque situation, et même dans chacun des actes intérieurs ou extérieurs de notre vie, nous nous mettions davantage dans cette immensité si proche, si tendre de la présence de Dieu, je suis persuadé que nous traverserions mieux cette vie. Non pas que nous aurions moins à souffrir, ou moins à peiner, ou moins à mourir. Non, il ne s'agit pas de cela. Mais nous le ferions dans cette énergie pascale, dans cette mélodie pascale d'un Dieu qui ne cesse de nous sauver par sa présence, là-même où nous ne cessons de nous perdre lorsque nous nous fermons à sa présence.
Que cette parole très simple, bien connue, peut-être pas assez vécue, que cette parole de Jésus : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde, tous les jours !" soit vraiment une conviction profonde de notre foi. Il est vrai, il n'est pas nécessaire de sentir ou de pressentir la présence de Dieu. Elle est ... mais il est nécessaire d'y consentir, d'y adhérer chaque jour, quelle que soit la situation, quelles que soient les difficultés, quelles que soient les exigences.
Que cette eucharistie nous renouvelle dans ce consentement nuptial que le Christ est venu renouveler en sa Pâque, pour que nous puissions vraiment le confesser comme un Dieu de délivrance, c'est-à-dire vivre cette pâque, le laisser vivre sa Pâque en nous, pour que nous, qui sommes ses saints, nous ne connaissions pas la corruption, ni la corruption définitive bien sur, ni non plus celle de tous les jours.
AMEN