TOUT POUVOIR M'A ÉTÉ DONNÉ

Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20

Samedi de la semaine pascale – C

(5 avril 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

T

out pouvoir m'a été donné au Ciel et sur la terre !" Le texte que nous venons d'entendre et qui, dans Matthieu, nous rapporte les dernières paroles de Jésus à ses disciples, est un texte d'une rigueur tout à fait remarquable.

En effet, Jésus commence par décrire ce qu'est la Résurrection : "Tout pouvoir m'a été donné au Ciel et sur la terre !" Dans l'évangile, ce mot de pouvoir ne signifie pas d'abord une sorte de possibi­lité d'exercer la tyrannie sur des êtres ou des choses ou des royaumes. Le mot pouvoir signifie davantage le fait qu'une réalité est ordonnée, est construite pour quelqu'un qui a le pouvoir sur elle. "Tout pouvoir m'a été donné au Ciel et sur la terre cela veut dire tout simplement de la part de Jésus : Désormais, tout ce qui existe au ciel et sur la terre est en relation avec Moi, et ne peut comprendre ni son existence, ni son destin, autrement que dans cette relation que le Père a établie entre lui ou elle et Moi. Par conséquent, la Résurrection, c'est d'abord cela. C'est le fait que le Christ devient pour ainsi dire le point central vers lequel convergent tous les rayons de la circonférence, et ces rayons ce serait l'ensemble de l'univers et de la création.

Donc, tout se comprend vers le Christ, pour le Christ "en Lui et par Lui" comme nous le disons à la fin de chaque prière eucharistique. Et ce pouvoir est précisément un pouvoir au sens où tout n'est pas en­core accompli. Nous sommes déjà pour le Christ, mais nous ne lui appartenons pas encore totalement. De son côté, tout est achevé, mais de notre côté tout n'est pas encore joué. Il faut que cette relation que le Christ a instaurée en nous et Lui trouve petit à petit son déploiement et son accomplissement. C'est pour­quoi, à partir du moment où le Christ est ressuscité, on entre dans une autre période de l'histoire, dans laquelle, petit à petit chaque chose, chaque créature trouve son accomplissement, sa véritable relation avec Celui à qui "tout pouvoir a été donné."

Et comment va se structurer cette relation, ce pouvoir, cette ordination de chaque chose au Christ ? Par trois choses. La première c'est la mission. Puisque tout est au Christ, il faut que tous le sachent. Par conséquent, le Christ Ressuscité ne peut pas faire autre chose que d'envoyer ses disciples par toute la terre pour révéler à chaque créature, à chaque homme qu'il est "pour le Christ". Et c'est pour cela qu'il faut faire des disciples. Le disciple c'est celui qui est tota­lement ordonné pour son maître, pour recevoir son enseignement, pour comprendre le mystère de l'exis­tence à partir de ce que le maître lui révèle. Et par conséquent tout le mystère de la mission est là. Les apôtres font des disciples, mais des disciples non pas d'eux-mêmes mais du Christ, c'est-à-dire des êtres, nous-mêmes les croyants, à qui ils révèlent ce qu'ils sont vraiment, des êtres pour le Christ Ressuscité.

Ensuite le Christ explique qu'il faut les "bap­tiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit". C'est tout le sens de l'existence liturgique de l'Église qui est en cause. Nous ne pouvons pas être ordonnés au Seigneur Ressuscité en dehors de cette apparte­nance, par les sacrements, le baptême fondement de tous les sacrements et l'eucharistie couronnement de tous les sacrements, qui manifestent chaque jour, et qui scellent en nous cette appartenance au Christ.

Enfin," apprendre à observer tout ce que Je vous ai prescrit", c'est-à-dire que l'homme qui a reçu l'annonce de l'évangile, qui est entré dans cette ordi­nation fondamentale au Christ par les sacrements, doit ensuite le vivre par tous les actes de sa vie. A ce mo­ment-là, tout l'exercice de la vie morale, spirituelle, de la vie humaine tout court est inscrit dans cette appar­tenance radicale au Christ. Ce n'est pas simplement un point d'application. Elle est surtout le fait qu'à ce moment-là, nous sommes saisis par le Christ et se manifeste ainsi notre appartenance à Lui.

C'est pourquoi le Seigneur peut conclure en disant : "Et Moi, Je suis avec vous tous les jours jus­qu'à la fin du monde " car cela ne pourrait pas s'ac­complir si le Christ n'était pas déjà véritablement pré­sent et à l'œuvre dans le cœur même de ceux qui en­tendent la mission, dans la vie même de ceux qui sont baptisés et dans la vie de ceux qui apprennent à ob­server tout ce que le Christ a dit et demandé.

En cette fin de semaine pascale, que nous re­découvrions, à travers toute notre vie, la triple exi­gence de la mission, de la célébration sacramentelle du mystère du Christ Ressuscité et de l'accomplisse­ment, au jour le jour, de tout ce qu'Il nous a prescrit, afin qu'un jour, nous soyons trouvés totalement au pouvoir de Celui qui est avec nous, déjà, jusqu'à la fin du monde et pour l'éternité.

 

AMEN