JE VOUS PRÉCÈDE EN GALILÉE
Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20
Samedi de la première semaine de Pâques – A
(28 avril 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Route de la Galilée
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'évangéliste saint Matthieu est le moins bavard quant à la Résurrection de Jésus et aux apparitions du Ressuscité. Il n'en rapporte que deux et de façon extrêmement brève. La première c'est celle où Marie-Madeleine et cette autre femme que Matthieu ne nomme pas sont venues au tombeau de grand matin et à qui l'ange a dit : "Il est ressuscité des morts. Et voilà qu'Il vous précède en Galilée. Allez l'annoncer à ses disciples, à ses frères." Et elles quittent le tombeau, et dans leur marche rapide vers les disciples le Christ les rejoint, les salue puis leur dit la même chose que ce qu'elles viennent d'entendre de la part de l'ange : "Je vous précède en Galilée. C'est là que mes disciples, mes frères me verront. Qu'ils y aillent !" Et la deuxième apparition, c'est justement celle qui accomplit cette promesse dont nous venons de lire le texte dans l'évangile de ce jour.
C'est étonnant que l'évangéliste Matthieu rapporte de façon si brève, si courte, si peu développée, la Résurrection du Christ. C'est lui pourtant qui est l'évangéliste le plus enraciné dans la tradition juive et c'est lui qui, de façon très remarquable, oriente la Résurrection du Christ non pas vers le Ressuscité Lui-même, vers sa personne vers ses plaies, mais vers le monde, vers l'évangélisation, vers l'annonce de la Résurrection à tous les peuples. Saint Matthieu termine son évangile sur la dimension universelle que doit atteindre la proclamation du message et de ce dont les apôtres ont été les témoins.
C'est pour cela d'ailleurs que cette seule apparition parle de la Galilée. D'abord pour annoncer que c'est là qu'Il apparaîtrait aux disciples, puis c'est de Galilée qu'Il les envoie par toute la terre avec le ministère exprès de baptiser et d'enseigne C'est en Galilée qu'avait commencé le mystère du Christ, selon l'accomplissement de cette prophétie d'Isaïe : "Terre de Zabulon et terre de Nephtali, route de la mer, pays de Transjordane, Galilée des Nations !" En apparaissant uniquement dans l'évangile de Matthieu, en Galilée pour les disciples, le Christ manifeste que sa Résurrection c'est pour les nations. Et c'est d'ailleurs ce que saint Paul va manifester lorsqu'il quittera la terre de Palestine pour partir dans les Nations annoncer cette Résurrection du Christ, comme il l'a fait dans le discours que nous avons lu et qui a été prononcé dans la synagogue d'Antioche de Pisidie, dans le centre de l'Asie Mineure. C'est la première fois, dans le livre des Actes des apôtres, que nous est retransmis le discours d'un apôtre, de Paul, au-delà des frontières de la Palestine, au-delà des frontières de cette Galilée, dans le sens même, dans le sens géographique, spirituel de la Galilée qui est cette terre de passage par laquelle on approche et l'on voyage dans toutes les nations.
Si c'est encore à des juifs que Paul s'adresse dans la synagogue d'Antioche de Pisidie, aussitôt après, dans le texte des Actes des apôtres, il s'adressera aux païens et il accomplira ainsi, dans cette prédication, cette promesse, ce souhait, cet envoi que le Christ a fait aux disciples en leur remettant le pouvoir qu'Il avait Lui-même reçu.
Nous-mêmes, tout au long de cette semaine, nous avons fêté cette Résurrection du Christ en lisant tous ces textes admirables où Il se manifeste aux femmes, à Marie-Madeleine, aux apôtres. Nous avons vécu intérieurement, dans notre cœur, le bouleversement de cette foi, de cette rencontre avec le Ressuscité. Mais cela ne peut pas rester une affaire personnelle. Si grand que soit ce cœur à cœur, si nécessaire soit-il pour notre propre vie personnelle, pour notre foi, pour notre conversion, pour la nourriture de notre espérance, et encore plus de notre charité quotidienne, il faut désormais que cette lumière que nous avons reçue et dont nous nous sommes ensemble réjouis, soit dispensée à travers nous, vers le monde, à travers nous vers les hommes que nous pouvons, encore aujourd'hui, nommer des païens cette terre, cette Église qui est au milieu qui est construite dans cette Galilée des nations que représente le monde de ce temps autant que lorsque Jésus vivait après sa Résurrection. Et Jésus remet à ses disciples ce pouvoir qu'Il a reçu d'annoncer la Parole de Dieu.
Par le baptême et par le ministère de la Parole, c'est le ministère propre des apôtres et de leurs successeurs que de baptiser et d'enseigner. Mais il ne faudrait pas réduire l'annonce de l'évangile, la mission, l'évangélisation à ces actes ministériels. Car tout homme qui a été baptisé, tout homme qui a été instruit dans la Parole de Dieu par les apôtres et leurs successeurs, participe à cette mission. Tous les baptisés ont une part de pouvoir pour transmettre cet évangile puisqu'ils ont part au corps du Christ dont la structure, dont la colonne vertébrale est le ministère apostolique. Si bien, frères et sœurs, que vous-mêmes parce que vous êtes baptisés, parce que vous êtes confirmés dans l'Esprit, parce que, à travers ces sacrements, vous êtes témoins de la Résurrection du Christ, en tout cas pour vous-même, dans votre propre cœur, parce que, régulièrement, quotidiennement, comme les apôtres, vous êtes enseignés dans la Parole de Jésus, vous avez à transmettre cette Parole, à être témoins de cette Résurrection du Christ, au milieu de vos frères, là où vous vivez, dans les circonstances de votre vie. Votre cœur, c'est le cœur du monde. C'est dans votre cœur que vous avez reçu le baptême. C'est dans votre cœur que vous êtes témoin de la Résurrection. Or ce baptême, c'est l'avenir du monde. Cette Résurrection, c'est l'espérance du monde, du monde d'aujourd'hui, malgré ses difficultés, ou plutôt à l'intérieur même de ses difficultés, de ses guerres, de ses divisions et de ses malheurs. Vous êtes le sel de la terre ! Vous êtes la Lumière du monde ! C'est cela que nous avons célébré au jour de la Pâque. Et aujourd'hui, il faut avoir en permanence ce souci de ne pas garder ce trésor caché dans notre cœur, dans notre vie spirituelle pour nous en réjouir nous seul ou à quelques-uns dans l'Église, mais avoir ce souci pressant, urgent de l'annoncer, parce que le monde en a tellement besoin. Je le rappelais le dimanche de Pâques : c'est la plus grande maladie du monde que de manquer de vie spirituelle, c'est la plus grande souffrance du monde que de manquer de l'espérance chrétienne, c'est la plus grande mort du monde que de ne pas connaître la vie du Ressuscité.
Alors, frères et sœurs, qui que nous soyons, prenons notre part de la dimension universelle de la Résurrection. Prenons notre part de la tâche d'annonce de l'évangile à tous les hommes d'aujourd'hui. Et, d'une façon ou d'une autre, si vraiment nous vivons dans notre cœur, cette Résurrection du Christ, en vérité, en profondeur, en conversion permanente, alors vraiment elle rayonnera et nous serons, nous aussi, apôtres dans la lumière de cette Résurrection.
AMEN