ALLEZ ENSEIGNER
1 P 2, 1-10 ; Mt 28, 16-20
Samedi de Pâques – A
(25 avril 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN
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A |
ux femmes témoins de sa résurrection, Jésus avait confié : "Allez dire à mes disciples qu'ils aillent en Galilée, c'est là qu'ils me verront." Et ce dernier passage de l'évangile de Mathieu nous rapporte cette ultime apparition du Christ en Galilée, sur la montagne où Il leur avait donné rendez-vous. Cette montagne, où le Christ ressuscité apparaît à ses disciples c'est la montagne où Il est déjà apparu quelque temps avant, comme transfiguré. Dans sa transfiguration, le Christ avait laissé quelques instants, apparaître toute la gloire de Dieu à travers sa chair humaine si bien que les disciples en étaient tombés à la renverse. Ils avaient été projetés au sol.
Dans cette apparition, sur le mont de la Transfiguration, c'est maintenant la gloire de Dieu qui envahit cette chair du Christ dans la résurrection. Mais les disciples, eux-mêmes, se prosternent. Comme si, déjà, ils étaient quelque peu accoutumés au mystère du ressuscité. Comme si déjà, par la Pâque à laquelle ils avaient, oh bien mal participé, cependant, ils étaient là, ils avaient déjà été admis dans l'intimité du mystère de Dieu, Dieu de gloire mais d'une gloire qui porte en elle, encore, les traces brûlées de notre souffrance, de notre péché et de notre mort.
Prosternés devant le Christ ressuscité, sur la montagne de la Transfiguration, les disciples écoutent sa dernière parole. Ce ne sera pas une parole pour eux-mêmes. Ce ne sera pas une parole pour leur propre conduite personnelle. Ce ne sera pas une parole pour leur propre foi, pour leur espérance, pour leur charité. Ce ne sera pas un conseil qu'Il leur donne comme Il l'a fait si souvent auparavant. C'est une parole qu'Il leur confie, mais cette parole est un geste à faire pour les autres, pour le monde. "Allez dans toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit." Le Christ ressuscité confie à ses disciples de prolonger, d'achever le mystère de sa Pâque et de sa Résurrection, dans le cœur des hommes.
Et si saint Paul a pu écrire : "J'achève en ma chair, ce qui manque à la Passion du Christ", nous pourrions aussi dire que nous avons aujourd'hui à achever, dans notre chair, ce qui manque à la résurrection du Christ. Non pas qu'il manque quelque chose dans la réalité historique de la mort et de la résurrection du Christ, non pas qu'il manque quelque chose dans la plénitude du mystère de la résurrection du Christ. Mais ce qui manque, c'est que cette Pâque du Christ, cette souffrance glorifiée, cette mort ressuscitée s'achève, s'imprègne, se réalise dans notre propre vie, dans notre propre chair, dans notre propre souffrance et un jour, dans notre propre mort. Le Christ a confié à ses disciples la constitution de l'Église, dans le mystère de la Trinité, Père, Fils et Esprit, cette pierre de l'amour de Dieu qui nous a été révélée et sur laquelle désormais se construit toute l'Église.
Frères et sœurs, en ces derniers jours de la semaine pascale, de l'octave de Pâques, où nous allons prendre le rythme du Christ ressuscité, mais qui, petit à petit, va nous laisser, j'allais dire à nous-mêmes, au fur et à mesure que ses apparitions vont se distancer et puis, le jour de l'Ascension, s'arrêter, il nous faut, désormais, être prosternés devant ce Christ ressuscité, mais aussi, annoncer ce baptême dans la foi, annoncer cette vie du Ressuscité qui doit s'imprégner qui doit s'infiltrer en nous. Nous ne devons pas laisser achever le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, nous ne devons pas porter atteinte à la constitution du corps du Christ qui doit petit à petit remplir le cœur des hommes et l'univers tout entier.
En célébrant cette eucharistie, en recevant le corps et le sang du Christ ressuscité, demandons au Seigneur, qu'Il nous garde sur la montagne de la Transfiguration prosternés devant Lui, l'adorant dans sa gloire, mais aussi qu'Il nous aide à construire cette résurrection en nous et dans le cœur de nos frères, selon la Parole qu'Il a dite à ses disciples dont nous sommes aussi, aujourd'hui, les successeurs.
AMEN