LE CORPS DU RESSUSCITÉ EST L'ÉGLISE

1 P 2, 1-10 ; Mt 28, 16-20

Samedi de Pâques – C

(12 avril 1980)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

a résurrection nous apparaît toujours comme quelque chose d'extrêmement véhément, bruyant, un peu tendu, avec les saintes femmes qui s'en vont au tombeau et qui reviennent en courant prises de peur, avec les disciples d'Emmaüs qui cheminent désespérés et qui tout à coup retrouvent une énergie insoupçonnée et courent auprès des disciples pour annoncer la bonne nouvelle de la résurrection.

Les premiers jours de la résurrection, c'est cette aurore, cette lumière qui se lève et qui pour ainsi dire réveille le monde de la torpeur qui l'avait engourdi, au moment de la mort de Dieu. Et puis, au bout d'une semaine nous craindrions presque que cette torpeur ne retombe à nouveau et que tout soit à nouveau comme avant, comme si cet épisode de la résurrection avait salué de loin, croisé de loin le vaisseau de notre histoire, puis s'était retiré silencieusement sur l'horizon des mers, que maintenant tout retomberait dans la monotonie et la routine quotidienne.

Pourtant il n'en est rien. Et je crois que c'est pour cela que nous terminons cette semaine pascale par l'évangile de saint Matthieu, cette conclusion dans laquelle le Seigneur, tout d'abord convoque ses disciples en Galilée, puis leur dit: "Maintenant je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles". Vous pouvez aller partout dans le monde.

Ce qu'il s'agit de bien comprendre lorsque nous célébrons la résurrection du Christ, c'est que nous célébrons d'abord la résurrection du Christ ressuscité, que Lui qui avait été rejeté, méprisé par le peuple, est devenu, comme le dit Saint Pierre, la tête d'angle, la pierre angulaire sur laquelle est construit tout l'édifice nouveau. Cela c'est bien le cœur de notre foi. Mais ce n'est pas tout.

Car si le Christ convoque ses disciples en Galilée et non plus simplement à Jérusalem, c'est pour leur montrer que désormais, le corps du Christ n'est plus limité à un seul endroit. Que désormais le corps du Christ non seulement va ressusciter du tombeau dans le jardin, en dehors des remparts de la ville, mais que tout à coup il va apparaître à Emmaüs, précisément là où les disciples sont en chemin. Et qu'ailleurs encore, en Galilée le corps du Christ va se manifester. Et plus encore, sur les bords du lac, le corps du Christ va être présent et se donner aux disciples qui ont faim et qui ont peiné toute la nuit pour ramasser du poisson.

Le corps du Christ va pour ainsi dire envahir toute cette terre de Galilée dans laquelle il a vécu et de Judée, dans laquelle il est mort. Et le Christ dit, plus encore maintenant : "Allez enseigner toutes les nations, voici que je suis avec vous". Et ce avec vous est à comprendre de la manière la plus littérale, la plus concrète possible. Lorsque Paul ira à Corinthe, ce qu'il édifiera l'Église, c'est le corps du Christ ressuscité. Lorsqu'il prêchera à Athènes et que quelques croyants adhéreront à la foi en la résurrection, c'est le corps du Christ qui ressuscitera à Athènes. Lorsque Pierre ira à Rome, c'est le corps du Christ qui ressuscitera à Rome dans la confession de foi des apôtres. Ainsi, de ville en ville, de prédication en prédication, de communauté chrétienne en communauté chrétienne c'est le temple nouveau qui se bâtit, c'est le corps du Christ qui ressuscite. Et aujourd'hui, si nous pouvons célébrer l'eucharistie, ce n'est pas d'abord parce que nous-mêmes aurions décidé de nous rassembler et de fêter la résurrection. Mais c'est parce que le corps du Christ est ressuscité au milieu de son corps qui est l'Église et que nous sommes rassemblés, convoqués pour recevoir la grâce de la résurrection, pour voir le Seigneur ressuscité qui est avec nous jusqu'à la fin des siècles.

Le mystère de la résurrection du Christ et le mystère de l'Église c'est tout un. C'est inséparable. Là où deux ou trois sont rassemblés pour célébrer la résurrection du Christ, je suis au milieu d'eux. C'est la présence même du Seigneur ressuscité qui est là.

Et ce que nous sommes aujourd'hui n'est rien d'autre que le Christ ressuscité dans notre pauvre chair mortelle, ressuscité parce qu'il veut nous appeler à ressusciter nous aussi, par lui, en lui..

Et maintenant, nous sommes le temple nouveau, nous sommes les pierres vivantes, non pas d'une vie que nous aurions trouvée par nous-mêmes mais de la vie même que le Christ édifie en nous et construit en nous au jour le jour. Chaque fois qu'est proclamée la résurrection du Seigneur, c'est non pas nous-mêmes qui proclamons, mais c'est le Christ qui atteste en nous, en notre existence, dans les réalités humaines que nous vivons, dans la célébration du corps et du sang que nous allons célébrer maintenant et partager tous ensemble, c'est le Christ qui atteste en nous, dans tout ce que nous vivons le mystère et la réalité immédiate de sa propre résurrection.

Ressuscités, nous le sommes non pas par nous-mêmes mais dans le Christ. Au moment où nous rassemblés autour de cet autel, souvenons-nous que ce n'est pas par nos propres forces que nous allons ressusciter, mais c'est par la puissance de Dieu présent au milieu de nous qui fait de nous le peuple des vivants, le peuple de la résurrection. Aujourd'hui, avec nous pour les siècles sans fins. Alleluia.

 

AMEN