LES ACTES DES APOTRES
Ac 13, 16+26-37
(25 avril 1987)
Homélie du Frère Michel MORIN

Tu es Pierre !
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n ces jours qui suivent la célébration de la Résurrection du Christ, la liturgie de l'Église nous fait lire les Actes des apôtres. Nous avons d'abord entendu la prédication de Pierre, celle qu'il a fait au cœur même de Jérusalem, lui qui est témoin de la Résurrection. Nous écoutons actuellement quelques passages de la prédication de l'apôtre Paul qui n'a pas été un témoin direct de la résurrection du Christ comme les douze, mais auquel le Christ est apparu dans la gloire sur le chemin de Jérusalem à Damas, sur le chemin qui justement mène vers las nations, vers les peuples païens. Le texte d'aujourd'hui est tiré de la prédication de Paul dans la synagogue d'Antioche de Pisidie.
Ce qui est très important à noter, c'est que l'événement du Christ, immédiatement s'est prolongé, a dépassé les murs de Jérusalem et s'est propagé comme une lumière dans la nuit, à travers les chemins des hommes, vers les limites du monde. Et lorsque nous lisons les Actes des apôtres, il faut y adhérer, y donner notre foi autant qu'aux textes qui nous rapportent la Résurrection de Jésus car l'œuvre des apôtres, par leur prédication, par leur ministère, par l'exercice de ce pouvoir que le Christ leur avait confié au jour de son Ascension, cette œuvre fait partie intégrante du mystère de la Pâque du Christ, c'est-à-dire de la réalisation des promesses que Dieu avait faites aux Pères : "Le Christ est ressuscité", le salut est annoncé, et la résurrection du Christ vient s'immiscer, vient s'imprégner, vient entrer dans le cœur des hommes. Et lorsque les juifs d'abord, puis les païens se convertissent, c'est encore la Pâque du Christ, c'est encore la Résurrection du Christ, dans toute sa gloire, même si c'est dans un voile d'humilité.
Il est difficile pour nous de vivre dans la foi aujourd'hui. Nous sommes continuellement harcelés par l'évidence de ce qui est contraire à la foi, nous sommes continuellement bousculés par le mal, la souffrance, la mort, la destruction, par le doute, par l'angoisse, par l'indifférence, par cette paresse qui nous entraîne à nous installer. Je crois que lire le livre des Actes des apôtres doit être pour nous un affermissement dans la foi, dans la foi de l'Église d'aujourd'hui. Jésus l'avait dit à Pierre : "Quand tu seras revenu, affermis tes frères dans la foi !" Re-parcourir de nouveau la foi des apôtres dans leur expression, dans leur prédication, dans la fécondité de leurs gestes, c'est nous affermir aujourd'hui dans la foi, dans cette foi des apôtres qui est la même puisque nous sommes l'Église apostolique, c'est-à-dire l'Église des apôtres.
C'est vrai, cette vie de la foi est douloureuse, elle nous demande beaucoup de sortie de nous-même, elle nous demande beaucoup d'efforts, elle nous demande, comme Jésus le dira à Thomas, de croire sans voir. Et cela est vraiment contraire au désir de l'homme qui veut toujours voir pour croire. "Montre-le moi et je croirai !" Mais cette foi, c'est justement sa grandeur, sa spécificité et sa valeur profonde, de nous mener tout droit vers le Christ ressuscité sans le voir. Comme le dira aussi saint Pierre : "Sans le voir, nous L'aimons ! Et déjà nous tressaillons d'allégresse". Que la lecture des Actes des apôtres, cette extension de la Pâque du Christ dans l'œuvre des hommes, dans leur vie, puisse aujourd'hui nous conforter dans les difficultés de notre propre foi. Ce que les apôtres ont fait à quelques-uns, dans un monde qui était très contraire à l'annonce de la foi, l'Église aussi le vit aujourd'hui. Il ne s'agit pas de nous appuyer sur des réussites humaines, mais simplement de contempler que la Parole du Christ, de la Résurrection du Christ est vraiment un évènement qui vient s'intégrer, qui vient bouleverser, qui vient encore aujourd'hui transfigurer la vie des hommes autant, de façon aussi merveilleuse, de façon aussi profonde, de façon aussi vraie qu'aux jours où Pierre ou Paul prêchaient dans les synagogues, guérissaient les malades et fondaient les premières communautés chrétiennes.
Que cette eucharistie, celle-là même qu'ils ont célébrée et dans laquelle ils ont fondé l'Église, soit pour nous cette "terre des vivants" sur laquelle nous marchons, forts, heureux, parce que la promesse est accomplie. Nous en vivons déjà et c'est cette promesse qui nous conduit, imperceptiblement mais réellement, vers la réalisation finale et totale, dans le Royaume de Dieu.
AMEN