CHRIST EST RESSUSCITÉ, ALLÉLUIA!

Ac 10, 34a + 37-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Jour de Pâques – année A (9 avril 2023)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, pourquoi êtes-vous là ce matin ? Vous vous êtes sans doute posés la question en vous disant qu’on vous avait appris depuis l’enfance qu’il fallait aller à la messe le jour de Pâques – un minimum, Pâques et Noël –, puis ça y est, c’est réglé, on est tranquille. C’est une bonne raison, « il ne faut pas désespérer Billancourt », mais ce n’est pas la vraie raison. La vraie raison, je vais vous la donner et je ne sais pas si vous me croirez, mais je vous jure, au nom de l’Église que depuis vingt siècles, c’est ça que l’on croit.

Que s’est-il passé ? Nous venons d’assister pendant les jours saints, jeudi, vendredi, samedi saints, au fait que Jésus était vraiment mort. Il n’a pas fait semblant d’être mort. Il n’a pas fait semblant de supporter ses souffrances en se disant que ce n’était pas grave, qu’il devait y passer de toute façon. Il est vraiment mort, Il a connu la mort d’une façon plus horrible encore que nous, parce que nous l’appréhendons d’abord comme un fait naturel, nous allons tous y passer, c’est le grand motif de l’égalité fondamentale républicaine : nous sommes tous mortels. Mais Lui, Il a vécu la mort alors que c’était complètement contre nature pour Lui. Il n’est pas fait pour mourir, Il est Dieu. Il est fait pour être vivant, et même plus que ça, Il est fait pour donner la vie. Donc, les disciples sont restés là-dessus, ils se sont dit que c’était incroyable, ils aimaient beaucoup ce maître, ce Rabbi, et voilà que Lui-même est passé comme tout le monde dans la mort.

Ça, c’est le prologue. Après, on est passé au cœur de la manifestation. En fait, Jésus, est vraiment mort, mis au tombeau, enveloppé soigneusement avec des bandelettes, avec une inhumation un peu rapide car on n’avait pas le temps, c’était le jour du sabbat et il fallait se reposer. Mis au tombeau, Il est vraiment demeuré là, abandonné par tous, et dans la nuit de Pâques, dans la nuit que nous venons de fêter avec la vigile pascale, Jésus s’est vraiment relevé du tombeau. Il n’y avait ni photo, ni iPhone pour prendre des clichés, ni rien de tout ça, mais c’est le cœur même de notre foi chrétienne. On aimerait avoir des preuves, des photos, un petit enregistrement ; il n’y a rien, ça ne marche pas.

C’est le secret de Dieu que d’être venu sur terre, pour ressusciter sur terre. C’est ce qu’il ne faut pas oublier. La plupart du temps on se dit que la résurrection, ça se passe là-haut, c’est très approximatif. La résurrection commence dans le tombeau, la preuve est que l’on ne voit que les bandelettes et le suaire, c’est-à-dire qu’Il a eu la délicatesse, si on peut dire, de faire son lit avant de partir. Donc, quand Jésus ressuscite, Il change véritablement de condition, mais c’est ici-bas, sur terre que ça s’est passé. C’est pour cela qu’il y a des évangiles car personne n’y croyait. Pourtant, c’est ce qu’Il a voulu faire et fait réellement.

Alors, quand Il a changé ainsi, Il a changé la condition humaine, Il était vraiment homme comme nous, mortel comme nous, fragile et vulnérable comme nous et Il l’a été plus que tout le monde. Il suffit de lire la Passion pour voir tout ce qu’Il a dû subir. Soudain, Il s’est relevé d’entre les morts. Qu’a-t-Il fait ? Permettez-moi de vous laisser un peu imaginer et délirer sur ce thème…

Il a changé ce qui était une sorte de lamentation sur le fait qu’il n’y avait plus d’espérance dans le monde, puisque les quelques-uns qui croyaient en Lui voyaient que tous leurs espoirs étaient anéantis, et Il l’a changé en un ballet, un chœur d’opéra, une danse. C’est ce qui est extraordinaire dans la manière dont Jésus a opéré sa résurrection : Il a voulu dans ce qui était jusque-là un rite funéraire – Dieu sait que dans la tradition juive les rites funéraires étaient vraiment ceux de l’immobilité, pendant sept jours on ne bougeait plus et on pleurait sur le mort –, qu’on ne pleure pas sur lui comme mort. Il s’est relevé et Il a choisi une partenaire vraiment extraordinaire, une danseuse étoile de la première catégorie, sainte Marie-Madeleine, qui est allée la première au tombeau et là, elle n’en revenait pas, elle a trouvé le tombeau vide. Quand elle a vu le tombeau vide, elle s’est dit que ce n’était pas possible. Vite, elle va le dire à Pierre, et que font Pierre et Jean qui viennent d’apprendre la nouvelle ? Ils partent et courent vers le tombeau en quittant l’endroit où ils s’étaient terrés par peur comme des rats au fond de leur trou, ils courent au tombeau et ils voient le tombeau vide.

Et à partir de ce moment-là, s’engage une sorte d’immense opéra. Oui, c’est un opéra. C’est un opéra avec de la musique, avec des paroles, avec du son, avec de l’orchestre, c’est le monde qui se met en célébration pour chanter la résurrection.

Frères et sœurs, nous sommes tous là, assis chacun sagement à sa place, on ne bouge plus et on écoute le frère Daniel, c’est bien, mais imaginez que vous dansiez tous là, au milieu de cette église. Ce serait presque la traduction la plus authentique de la résurrection. C’est-à-dire ce moment où tout à coup l’univers se met à danser parce qu’il est saisi par la main du Christ, de la source de la vie qui va commencer à faire circuler cette vie dans toute l’humanité à travers quelques témoins qui de jour en jour, de mois en mois, d’année en année, de siècle en siècle, se transmettent ce merveilleux pas de danse qui s’appelle la joie de la résurrection.

Frères et sœurs, c’est pour cela qu’on lit cet évangile-là, c’est le premier souvenir que l’on a du fait que les disciples ont découvert qu’Il n’était plus là. Mais précisément, là où ils pouvaient découvrir que Jésus n’était plus là, ce qui était la vérité, il n’y avait plus que les linges abaissés et le suaire, ils ne sont pas retournés à la maison complètement déconfits et encore plus désespérés qu’avant, ils se sont mis à courir et je dirai à danser. D’ailleurs pour ceux d’entre vous qui aiment l’histoire de l’art ou qui sont allés à Florence, vous vous souvenez de ce merveilleux tableau où l’on voit Jésus qui est là debout devant Marie-Madeleine et qui danse. C’est une des rares fois où on représente Jésus ressuscité en train d’exécuter des entrechats. C’est la première fois que l’on voit le Fils de Dieu qui avec son corps ressuscité commence à célébrer la joie qu’Il a de donner la vie aux hommes.

Et c’est pour ça qu’on est là ; et c’est pour ça que dans cette nuit nous avons baptisé Murielle, Zora et Guilhem ; et c’est pour ça qu’au fil des siècles, au fil des années, au fil des jours nous continuons à être les témoins de cette joie de ressusciter. Il est certain qu’au bout de vingt siècles, l’Église a été un petit peu gagnée par l’arthrose et que l’on fait des lombalgies spirituelles, c’est-à-dire que l’on n’a plus la même souplesse ni le même rythme aérien et léger pour pouvoir danser la danse de la résurrection. Mais ça n’empêche que nous n’avons pas d’autre vocation.

Si nous sommes là ce matin, c’est parce qu’il y a en nous quelque chose, c’est rechercher les choses d’en-haut. Ça veut dire : « Vous êtes bien sur la terre ? C’est sûr, vous êtes des hommes, vous avez un corps, vous avez vos soucis, vous avez la pesanteur de ce que l’on appelle la vie matérielle, d’accord, mais recherchez-les choses d’en haut ». Vous savez ce que c’est que les danseurs et les danseuses : ils ont un corps tellement souple, tellement vivant, que dans leur légèreté ils sont capables d’évoquer quelque chose d’aérien dans leur corps.

Nous n’avons pas seulement quelque chose d’aérien à évoquer dans notre corps, et pas seulement dans notre corps, mais aussi dans notre âme, nous avons quelque chose de merveilleux à témoigner, c’est que désormais nous les chrétiens, on n’a pas à se vanter parce qu’on ne sait pas pourquoi c’est sur nous que c’est tombé et par sur d’autres, mais nous portons en nous la flamme divine de la vie du Christ ressuscité.

Frères et sœurs, je crois que l’Église ne pourra renaître vraiment et sortir de sa torpeur et parfois de ses langueurs et aussi de ses craintes et de ses peurs que si nous arrivons à réaliser que nous ne sommes pas faits pour exister en étant écrasés par la vie, mais que nous sommes faits pour exister ressuscités, comblés par la vie nouvelle.

Christ est ressuscité, Alléluia, Il est vraiment ressuscité !