LE CHRIST DIT LE PÈRE ET L'ÉGLISE

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de Pâques – C

(2 avril 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Christ jardinier - Palluau

C

'est sans doute, frères et sœurs, une des plus belles apparitions du Christ ressuscité, celle qui nous touche de la façon la plus profonde. En effet, nous aimons beaucoup les disciples d'Emmaüs, également la pêche miraculeuse sur les bords du lac de Galilée. Mais il y a dans la rencontre avec Marie-Madeleine une telle poésie, une telle humanité, une telle tendresse que là nous sommes absolument séduits.

Cette apparition à Marie-Madeleine a effectivement une très grande portée pour nous. La manière dont l'évangéliste nous décrit le suspens du récit, c'est que Marie-Madeleine ne sort pas de la perspective de Jésus mort. Tous ses gestes, toutes ses réactions, c'est toujours : il n'est plus là, le tombeau est vide, le corps n'est plus là, et même quand les anges lui apparaissent, elle continue à pleurer. Quand Jésus l'interpelle elle ne veut pas y croire, elle le prend pour le jardinier. Vous avez peut-être remarqué dans la chapelle de la pénitencerie, le tableau qui représente cette rencontre et qui montre Jésus ressuscité vêtu d'un chapeau de jardinier, et tenant une bêche. Elle ne veut pas croire, elle pense que c'est quelqu'un qui fréquente le jardin et qui l'entretient.

Il y a encore une chose, et tout le monde n'est pas d'accord sur cette adaptation, mais quand Jésus lui dit : "Ne me retiens pas", en fait, Marie-Madeleine refait le geste qu'elle avait fait lorsqu'elle avait saisi les pieds du Christ pour les oindre avec du parfum et les essuyer avec ses cheveux. C'est comme une nouvelle onction. Elle ne vit qu'avec quelqu'un dont elle est persuadée qu'il a disparu et que ce n'est pas possible qu'il revienne.

Ce qui change la donne, c'est quand le mort se met à parler ! Pour elle Jésus est mort, visuellement, il ne peut pas apparaître dans son champ d'expérience, mais ce qui brise l'illusion, ou l'hallucination de la possibilité qu'il soit là, ce qui brise cette continuité, c'est la voix. C'est ce qui est assez étonnant dans ce récit, car cette voix, elle la reconnaît. Elle ne reconnaît pas le visage, mais elle reconnaît la voix. C'est une autre reconnaissance que celle des disciples d'Emmaüs, eux l'avaient reconnu au geste. Jusque-là, Marie-Madeleine, de tout ce qu'elle a vu, rien ne lui laisse croire que la situation a changé. C'est la voix, c'est le caractère vivant de la voix qui lui change son attitude et sa manière de se situer par rapport à Jésus. Quand elle a entendu "Marie", elle le reconnaît et elle s'écrie : "Rabboni". Ce qui fait la reconnaissance, c'est la voix, celle qui profère une parole.

C'est un des aspects les plus étonnants de la résurrection de Jésus et de son apparition à Marie-Madeleine, elle le reconnaît en tant que le Christ parole. Ce récit de l'apparition à Marie-Madeleine est le pendant du Prologue de saint Jean : "Au commencement était le Verbe". Alors que le Verbe au commencement disait éternellement le Père, ici le Verbe dit un nom, il dit le nom de Madeleine. Le verbe à ce moment-là ne nomme plus simplement l'amour du Père répandu pour tous les hommes, cet amour du Père le Christ l'a véritablement accompli, mais il nomme Marie-Madeleine et à travers elle, je crois, il nomme l'Église. Ce sont les deux noms qui encadrent l'évangile de Jean, le Fils éternel qui prononce le nom du Père, et le même Fils éternel ressuscité qui retourne auprès du Père et qui prononce le nom de Marie, c'est-à-dire le nom même de l'Église.

A travers ce récit, et c'est pour cela qu'il nous touche tellement, c'est le nom de chacun d'entre nous qui est prononcé. C'est notre baptême : "Je te baptise au nom du Père … " et nous recevons notre nom pour Dieu. C'est cela le mystère de la résurrection, c'est le moment où le Christ nous appelle par notre nom, comme on l'a entendu l'autre soir dans la nuit de Pâques, appeler les catéchumènes à être baptisé. C'est Dieu désormais qui dit leur nom.

Frères et sœurs, que cette fête de Pâques nous ramène à l'essentiel. Le Christ nous a dit deux choses : il nous a dit l'amour du Père, il est celui qui peut dire : "Abba, Père", et en même temps, il est celui qui peut prononcer le nom de chacun d'entre nous et qui prononce le nom de tout le peuple rassemblé, ce peuple dont nous sommes les membres, l'Église.

 

AMEN