QUELLE EST LA PLACE DE L'ÉCRITURE
Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18
Mardi de la première semaine de Pâques
(26 avril 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Ouvrir l'Écriture …
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rères et sœurs, l’homme est ainsi fait que depuis un bon moment, la Bible a à peu près le même statut qu’un mode d’emploi qui se trouve dans la boîte de l’appareil que vous achetez chez le marchand. Il y a des questions, et il faut y répondre. Il y a un engin qui ne demande qu’à fonctionner, et vous lisez au préalable le mode d’emploi pour comprendre comment il fonctionne. Ce qui est premier, c’est le mode d’emploi qui de toute éternité vous explique comment l’engin fonctionne et comment vous allez vivre avec.
Pour beaucoup de nos contemporains, la Bible, c’est la même chose, elle nous dit déjà par avance ce qui va se passer. Vous verrez bien sûr les limites de ce genre de lecture, car cela voudrait dire tout simplement que tout est déjà écrit par avance, qu’il y a le mode d’emploi et après, nous, les hommes, ou le monde, n’a qu’à obéir à ce mode d’emploi sans pouvoir aller ni à droite ni à gauche.
Or, ce que je trouve intéressant à la lumière de Pâques, et à la lumière des deux textes que nous avons entendu, c’est toutes les questions qui émaillent ces deux textes. Et ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui posent les questions. Je vais utiliser les textes dans l’ordre dit chronologique, dans l’apparition à Marie, c’est Jésus qui pose une question. On peut être un peu désarçonné, car généralement, c’est plutôt nous qui questionnons Dieu, d’où l’idée que la Bible pourra nous donner des réponses. C’est Jésus qui questionne Marie. Dans la première lecture tirée des Actes des apôtres, cette fois, ce sont des hommes qui entendant le discours de Pierre vont le questionner, là encore, c’est une question basique et actuelle pour nous : que devons-nous faire ? Combien de nos contemporains et combien d’autres avant nous, n’ont jamais ouvert la Bible en se disant : que dois-je faire pour telle situation, en mettant le doigt par hasard en pensant qu’on va trouver le passage, le mode d’emploi qui va solutionner le problème.
Ce qui est intéressant dans la lumière pascale et dans ces événements,, c’est exactement l’inverse qui se passe. Il y a certes, le corpus canonique qui nous est donné, mais il est comme en latence. Il y a des choses qui sont dites, il y a des choses qui se sont déjà passées, cela miroite un peu comme le soleil sur un lac, mais cela ne va pas plus loin. Et puis, il y a l’événement. D’ailleurs, dans l’évangile qui précède celui que nous avons entendu, les apôtres rentrent dans le tombeau et ne comprennent pas ce qui se passe. Ils n’ont pas encore fait le lien entre l’événement et cette parole biblique qu’ils ont l’habitude de lire en tant que juifs, dans la tradition juive. Ce qui fait la jointure entre la parole de Dieu et le comportement c’est l’exégèse du psaume. Tout n’est pas écrit par avance, nous sommes d’abord choqués par des événements que nous vivons dans notre vie personnelle, et c’est à partir de ces événements que la parole de Dieu prend une tournure qu’elle n’avait pas avant et ce n’est pas l’inverse.
Dans ce que nous sommes en train de fêter avec la fête de Pâques, il y a bien sûr la résurrection du Christ en tant que Christ, et aussi cette annonce de notre propre résurrection parce que nous serons bénéficiaires de la résurrection du Christ, mais il y a aussi les Écritures qui ressuscitent. Elles vont prendre une tournure qu’elles n’avaient pas jusque-là parce qu’il fallait bien qu’un jour elles prennent un autre sens par l’événement de la résurrection du Christ.
Je crois que c’est cela aussi notre vie. Il y a des événements, des choses, des histoires qui sont comme en latence dans notre vie, que nous n’arrivons pas encore tout à fait à comprendre, et c’est normal, parce qu’elles auront leur propre luminosité grâce à un événement qui n’est pas encore arrivé. L’Écriture n’est pas là pour nous guider par rapport à ce qui va se passer, elle est là pour nous éclairer sur ce que nous venons de vivre. Et c’est cela qui est très beau parce que cela permet d’affirmer d’une manière catégorique la pleine et entière liberté de l’homme, et en même temps de découvrir que cette Écriture elle est là d’une manière très simple, comme Dieu, pour nous aider à éclairer l’instant présent.
Frères et sœurs, que cette octave de Pâques qui s‘ouvre devant nous nous invite à réfléchir au statut de l’Écriture dans notre vie. Est-ce que la Bible est simplement un mode d’emploi dans lequel nous voulons nous réfugier, en mettant de côté notre liberté, car c’est difficile d’être libre. C’est plus commode de mettre le doigt n’importe où dans la Bible, pour découvrir ce que je dois faire. Au contraire, découvrons au cœur même de la résurrection du Christ, notre propre résurrection, la résurrection de la parole de Dieu et la résurrection de notre propre histoire.
AMEN