LE TÉMOIGNAGE DES APÔTRES
Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18
Mardi de la première semaine de Pâques – A
(25 mars 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, à propos de ce texte qui a déjà été souvent été commenté, j'aimerais simplement attirer votre attention sur un petit point qui peut paraître de détail au départ, et qui pourtant, est assez important concernant l'apparition à Marie-Madeleine.
En effet, vous l'avez peut-être remarqué dans les autres évangiles, les premières à être témoins de la résurrection, ce sont les saintes femmes. Que ce soit dans Marc, que ce soit dans Matthieu, que ce soit dans Luc, les femmes vont au tombeau, et là, elles ont l'apparition de l'ange puis de Jésus sur le chemin qui les salue. Dans Matthieu et Luc, Jésus qui les salue les envoie vers les disciples pour leur annoncer la nouvelle et pour ensuite leur donner rendez-vous avec le Seigneur en Galilée.
Vous avez peut-être remarqué si vous êtes des lecteurs attentifs des évangiles que Jean ne prend pas exactement le même procédé d'exposition des apparitions de la résurrection. Il y a une petite variante et elle est d'importance. En effet, Jean commence par dire que les saintes femmes vont au tombeau et qu'elles voient simplement le tombeau vide, et elle s'en vont annoncer non pas la résurrection, mais le tombeau vide. Ensuite seulement, Pierre et Jean sur la base du tombeau vide, c'est-à-dire d'une énigme, s'en vont au tombeau et Jean et Pierre, et Jean raconte que quand il se penche, "il vit et il crut". Pour Jean le vrai problème, c'est que ce soit les apôtres qui sont le fondement même de la foi en la résurrection. Les apôtres ne croient pas sur les dires des femmes, les femmes n'ont dit qu'une chose, c'est que le tombeau était vide, tandis que les apôtres interprètent le tombeau vide. Ils voient et ils croient.
Dans le récit de Jean, quand Madeleine arrive au tombeau et qu'elle le voit vide, elle ne comprend pas ce qui se passe. Elle n'interprète pas, elle dit simplement que le tombeau est vide. Tandis que quand les deux apôtres arrivent devant le même fait, Jean ajoute pour lui-même comme une sorte de témoignage autobiographique : "Il vit et il crut". C'est seulement après cela que se situe l'épisode de Marie-Madeleine. Marie-Madeleine qui revient au tombeau, apparemment, Jean et Pierre n'y sont plus, et là elle voit les anges et l'évangéliste reprend à peu près le même schéma à ceci près, et je trouve ce détail assez intéressant, c'est qu'il situe les deux anges à la tête et au pied de la banquette. Je pense que c'est une allusion aux deux anges qui encadraient l'Arche d'Alliance dans le temple. Autrement dit, le tombeau avec les deux anges, et la présence vide, un peu comme l'Arche d'Alliance qui contenait deux tables de pierres gravées, et manifestait la présence vide de la plénitude de Dieu, ici c'est la même chose : elles se retrouvent devant le saint des saints avec les deux anges tournés vers le mystère du Dieu insaisissable. Après, quand Marie-Madeleine voit Jésus, elle essaie de le saisir, et là elle se rend compte qu'il en est de Jésus comme du mystère de la loi, elle ne peut pas l'attraper, elle ne peut pas l'étreindre parce que la présence du Ressuscité désormais est transcendante, elle est à la fois celle qui remplit le ciel et la terre.
Ce que Jean a voulu nous dire et qui est très important pour nous, c'est que ce qui est le fondement de la foi de l'Église c'est vraiment le témoignage des apôtres. Les apôtres ne croient pas parce qu'on le leur a dit, ils croient parce que ce sont eux qui, par grâce, interprètent le tombeau vide. Dans le récit de saint Jean, Jean et Pierre ne voient pas Jésus. Dans l'évangile de saint Luc, il n'y a pas d'apparition ni à Pierre ni à Jean au début du matin de Pâque. En tout cas pour Jean, ce qui est clair, quand il s'agit de proclamer la résurrection, le vrai fondement ce n'est pas ce que raconte Marie-Madeleine, c'est la foi des apôtres qui interprètent le mystère de ce fait visible du tombeau vide et lui reconnaissent la réalité invisible du mystère de la résurrection.
Pour nous, c'est très important, c'est un peu la même chose, et c'est pour cela que saint Jean écrira et racontera aussi le récit de Thomas, parce que Thomas voit Jésus, mais il croit au Seigneur ressuscité. Un Père de l'Église interprétant la même chose dit : il a vu une chose et en a cru une autre. Le témoignage de la résurrection, ce n'est pas un témoignage photographique ou journalistique de témoins visuels, avant même le témoignage visuel de Marie-Madeleine qui le prend pour le jardinier, il y a le témoignage de foi des apôtres.
On ne peut pas véritablement comprendre le sens même de l'affirmation de la résurrection si on ne revient pas d'abord à la foi du groupe des apôtres qui est la source et la base de notre foi en la résurrection. Nous-mêmes à certains moments, nous avons envie de dire : on croirait plus facilement si nous avions vu le Christ ressuscité. Mais en réalité, même le témoignage de Marie-Madeleine qui voit le Seigneur ressuscité et qui le prend pour le jardinier s'inscrit dans la foi et dans le témoignage de foi des apôtres et pas l'inverse.
Frères et sœurs, que la relecture de ces textes nous aident à purifier notre propre foi en la résurrection. Ce n'est pas simplement la foi en un reportage, c'est la foi fondée sur la foi des premiers témoins : ils virent et ils crurent.
AMEN