MARIE-MADELEINE LA BIEN-AIMÉE

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de la semaine de Pâques – C

(13 avril 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, la Tradition de l'Église a établi un parallèle entre cette scène où Marie-Made­leine cherche et trouve Jésus ressuscité, et le poème du Cantique des cantiques, où la Bien-Aimée est à la recherche de celui qu'elle aime.

Dans le Cantique : "Sur ma couche, la nuit, j'ai cherché celui que mon cœur aime", et dans l'évangile : "Marie se tenait près du tombeau, elle se penche en pleurant, à l'intérieur du tombeau". Dans le Cantique : "Je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé", et dans l'évangile : "On a enlevé mon Sei­gneur et je ne sais pas où on l'a mis". Dans le Canti­que : "Les gardes m'ont rencontré, ceux qui font la ronde dans la ville : avez-vous vu celui que mon cœur aime ?" Et dans l'évangile : "elle voit deux anges, l'un à la tête et l'autre aux pieds, là où l'on avait mis le corps du Jésus". Dans le Cantique : "A peine avais-je dépassé ces gardes, j'ai trouvé celui que mon cœur aime", et dans l'évangile : "Aussitôt, Marie se re­tourna et elle vit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c'était Lui". Dans le Cantique : "Je l'ai saisi, je ne lâcherai point que je ne l'ai fait entrer dans la maison de ma mère, la chambre de celle qui m'a conçu", et dans l'évangile, Jésus dit à Marie : "Ne me retiens pas, car Je ne suis pas encore monté vers le Père".

Ce parallèle que les Pères de l'Église ont dé­veloppé fréquemment et avec abondance, ce parallèle nous montre dans Marie-Madeleine, celle à qui Jésus accorde la première apparition après sa Résurrection, Marie-Madeleine est la bien-aimée, et elle est à la recherche de celui qui son cœur aime. Et si Marie-Madeleine reconnaît Jésus, qui au premier abord sem­ble étranger, car Il n'est plus de ce monde mais déjà en Lui, naît le monde nouveau, si Marie reconnaît cependant Jésus, c'est parce qu'Il l'appelle par son nom : "Marie". Elle est la bien-aimée, elle est celle dont le cœur aime Jésus, et elle reconnaît le son de sa voix, elle reconnaît la manière dont Il l'appelle par son nom.

Marie-Madeleine, la bien-aimée, a donc béné­ficié de la première apparition de Jésus. Et elle saisit Jésus en plein cœur de son mystère pascal, car saint Jean nous dit : "Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu". C'est comme si Marie-Madeleine rencontrait Jésus sur le chemin qui le conduit de la terre au ciel de ce monde à son Père, chemin de la Résurrection, chemin de l'Ascension, et pour saint Jean, le mystère de l'Ascension est insépa­rable de celui de la Résurrection, se produit en quel­que sorte, au moment même où Marie-Madeleine est à la recherche de Jésus : "Je monte vers mon Père et votre Père". Mon Père, car je suis son Fils unique, car moi seul, vis dans l'intimité absolue du Père. Mon Père qui est aussi votre Père, car par ma Pâque et ma Résurrection, je fais de vous les enfants de mon Père, et vous devenez ainsi mes frères, vous devenez ainsi les fils adoptifs du Père, vous entrez dans ce mystère immense et infini de filiation par lequel j'ai jailli du cœur du Père et je me suis élancé pour parcourir l'univers. Oui, le Christ qui est né du sein du Père, est venu sur la terre prendre une chair d'homme, prendre une nature humaine, pour se faire notre frère, et ainsi nous entraîner avec Lui jusqu'au sein du Père, pour nous entraîner avec Lui dans cet amour infini qui jaillissant du cœur du Père, lui a donné naissance et qui le renouvelle par une naissance nouvelle.

C'est cela le mystère de Pâques c'est cela le mystère du baptême. Par le baptême, s'est accomplie notre Pâque, c'est-à-dire qu'avec le Christ, nous som­mes descendus dans la mort et remontés vers la vie, non pas une vie de la terre, mais la vie même de Dieu, le partage de cette relation infinie et intime entre le Père et le Fils. Par le baptême, nous devenons enfant de Dieu, enfant du Père. Par le baptême, nous sommes remplis de l'Esprit de Dieu, l'Esprit du Père qui est aussi l'Esprit du Fils. Par le baptême, nous devenons frères de Jésus, nous sommes fils, avec le Fils unique, nous entrons dans cet infini mystère de l'amour de Dieu, puisque Dieu et Amour.

Frères et sœurs, que nous ayons reçu le bap­tême à cette nuit de Pâques, ou que nous l'ayons reçu il y a de nombreuses années, il faut que nous allions jusqu'au bout de cette grâce du baptême qui est d'en­trer dans l'intimité de Dieu, d'entrer dans le secret du Père et du Fils. C'est comme Marie-Madeleine, de devenir la bien-aimée, de devenir ceux que Jésus aime, et ceux dont le cœur est épris de Jésus. Que cet amour nous remplisse, nous transforme, et même si notre baptême est loin dans l'histoire de notre vie, il faut qu'il soit réactualisé chaque jour, et en particulier, à chaque Pâques, pour que nous retrouvions cette profondeur de la relation dans laquelle le Père nous reçoit à côté de son Fils, comme des fils avec le Fils.

 

AMEN