SE DÉTOURNER POUR DÉCOUVRIR LA VIE
Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18
Mardi de Pâques – C
(17 avril 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'humanité, telle Marie-Madeleine a les yeux tournés vers le tombeau, vers la mort. Elle n'est pas dans le tombeau, mais elle a les yeux tournés vers la mort. De cette mort, il ne reste rien qu'une place vide, dessinée par les deux anges qui se tiennent l'un à la tête, l'autre aux pieds où était posé le corps de Jésus. La mort est vide. Et l'humanité, telle Marie-Madeleine voit d'abord que cette mort est vidée de l'intérieur, qu'au bord de cette mort se tiennent les anges, le début de monde invisible, l'amorce d'un autre monde que celui de la mort. Et ce monde invisible interroge l'humanité : "Pourquoi te lamentes-tu ? Pourquoi pleures-tu ?" Il interroge notre cœur, notre âme, tout tourné vers le tragique et les blessures que notre vie, que la vie nous a infligé ou nous afflige, et cette interrogation est pleine d'une forte intention : non pas nous détourner du mal, de la blessure, mais nous inviter à pressentir une autre présence qui n'est pas de notre côté, qui est de l'autre côté, juste derrière. "Elle se retourne et voit Jésus ". La vie n'est pas du côté de la mort.
Le mouvement de la Résurrection qui a pris feu dans la nuit pascale a commencé sans témoins. Ce salut qui a commencé dans le cœur de Dieu, a commencé même avant la création du monde. C'est un mouvement qui renverse, qui transforme qui modifie et il a commencé sans qu'aucun cœur humain ne le pressente. Nous ne pouvons saisir le salut que dans son trajet, dans son parcours. De même que le soleil levant, image du Christ, nous n'en saisissons qu'un moment de son parcours, et le mouvement de la Résurrection qui a commencé dans la nuit pascale, dans la nuit des temps, dans la nuit du monde, et qui parcourt et traverse le monde a commencé avant nous, avant qu'un oeil ne puisse le voir, et qu'aucun cœur humain ne puisse le sentir. Il nous a précédé parce que c'est toute l'humanité qu'Il devait emmener. Paradoxalement, nous ne reconnaîtrons pas tout de suite à quoi ressemble la Vie. Pourquoi ? Parce que nous pensons que la vie est le négatif de la mort, mais le négatif de la mort, c'est la place vide dessinée par les deux anges. La Résurrection ne consiste pas seulement en l'absence du corps. Certes, la première réaction c'est de constater que le corps n'y est plus. Cette mort s'est vidée de cette place qu'elle avait prise dans le monde, et nous, nous pensons que la vie c'est le contraire de la mort. Mais la vie, c'est comme un jardinier, quelqu'un qui a l'air d'être ailleurs. Je n sais pas si vous avez vu le tableau, vous le verrez en sortant, il a un fameux galurin sur la tête le jardinier. Il y a une sorte d'étrangeté familière qui n'a pas l'air si vigoureuse que cela, qui n'a pas l'air d'être la vie et qui est cette vie. Et cette vie parle, elle interpelle et parle au cœur, elle dit le nom de cette femme, elle dit le nom de l'humanité. Et tout à coup l'humanité là, se sent et se sait reconnue.
Ce texte très étonnant de l'apparition à Marie-Madeleine est le texte du surgissement de la Résurrection dans la vie et le cœur de l'humanité. C'est la façon dont cette résurrection vient modifier notre vie, pas comme nous le pensons, pas comme nous l'attendons, non pas comme un négatif, mais avec ce décalage que nous retrouvons dans tous les textes des apparitions : ils ne le reconnaissent pas vraiment, tout en étant sûrs et certains que c'est Lui.
C'est ainsi que Dieu vient toujours de manière improvisée, décalée, surprenante, pas comme nous l'aurions dessinée, car nous l'aurions situé dans la place vide dessinée par les deux anges dans le tombeau, mais c'est en nous retournant, en nous détournant de cette tombe que nous découvrirons, et que nous découvrons la Vie. Alors, nous irons trouver nos frères pour leur dire cette surprenante expérience de la vie. Nous verrons le mouvement qui a démarré dans cette nuit pascale, qui avait pris feu dans cette broussaille de la nuit pour aller et traverser le monde, sans s'arrêter dans ce monde et pour monter au plus haut du ciel dans le cœur du Père.
AMEN