LA NOUVELLE PRÉSENCE

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de la première semaine de Pâques – C

(6 avril 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Issoire : Les anges au tombeau vide

 

F

rères et sœurs, Il y a un petit détail dans cet évangile de l'apparition de Jésus à Madeleine qui peut paraître purement anecdotique, mais dont je crois qu'il a une signification très importante. C'est le fait qu'au moment où Marie se penche sur le tombeau vide, elle voit la couchette sur laquelle reposait le corps de Jésus, et cette couchette est vide. Plus tard, on nous dira qu'il y a les bandelettes, et deux anges, un à la tête et l'autre aux pieds.

Comment en lisant ce détail ne pas penser à l'Arche d'Alliance qui était à quelques centaines de mètres de là, qui était le lieu éminent de la présence de Dieu au milieu de son peuple. En effet, vous le savez, l'Arche d'Alliance, en tout cas dans les textes qui nous décrivent tous les détails, était aussi une sorte de boîte, vide d'ailleurs, puisqu'on avait perdu semble-t-il le vieux souvenir des pierres qui portaient les dix paroles. Cette arche était comme protégée, entourée de la présence de deux chérubins, des anges de feu qui veillaient en présence de Dieu. Ici, on a la nouvelle Arche d'Alliance, ce tombeau vide, et les deux anges. La première vision de Marie-Madeleine c'est la vision que le grand-prêtre avait une fois par an lorsqu'il pénétrait dans le Saint des Saints. Il voyait l'Arche avec les deux anges aux les deux extrémités de l'Arche d'Alliance.

La mise en scène dans le texte de Jean est un peu différente, car évidemment le sommet aurait été qu'on ait les deux anges et Jésus au milieu. Seulement voilà, ce n'est plus tout à fait la même Arche qu'avant. Précisément les deux anges veillent sur une absence. Ils veillent sur le tombeau, mais le tombeau est vide. C'est pour cela que toute la construction du récit, de la manière dont s'organise ce récit, c'est que d'une part, Marie-Madeleine voit ce qui est une sorte de figuration actualisée de l'Arche, et en même temps, derrière elle, la présence de Dieu. Elle se situe entre le symbole de ce qui s'est passé, le Christ mort, déposé au tombeau, et ce qui est en train de s'accomplir : Jésus qui l'a devancé. Dans le moment même où Jésus la devance, il montre bien qu'il la devance encore plus qu'elle ne pourrait le croire, puisqu'il lui dit : "Ne me touche pas, je monte vers mon père et votre Père. Va le dire à mes disciples".

La nouvelle Arche d'Alliance c'est ce lieu là où était déposé le corps de Jésus mort, et le point de départ d'un mouvement par lequel le Christ apparaît déjà en-dehors du tombeau, en-dehors du lieu de la mort, et en même temps dans le début du mouvement de la montée vers son Père. Là où l'Arche d'Alliance était statique, Jérusalem était le marchepied, le lieu de résidence de la présence de Dieu, une sorte de meuble immobile, ici au contraire, l'Arche qui est le souvenir de Jésus mort et déposé dans le tombeau, est en même temps le point de départ d'une nouvelle présence, d'un nouveau mode de présence de Jésus que Marie-Madeleine pressent derrière elle sans encore l'identifier d'ailleurs puisqu'elle le prend pour le jardinier. Mais sitôt que Jésus se sera identifié il lui montrera que cette présence est en réalité une présence qui nous tire et qui nous emporte en avant de l'histoire, en avant de nous-même, qui nous tire vers le royaume des cieux.

C'est la manière dont s'accomplit l'Ancienne Alliance. A partir du moment où le Christ est ressuscité, l'Ancienne Alliance est un lieu à partir duquel on ne peut que faire mémoire de la mort de celui qui a donné sa vie pour nous, mais cette Ancienne Alliance reste quand même l'enracinement charnel, l'enracinement de mémoire de ce que Dieu a fait pour nous à condition bien sûr de nous retourner et de partir avec le Christ de l'avant vers le mystère du royaume et vers le mystère du Père.

 

 

AMEN