MARIE... RABBOUNI !

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de la première semaine de Pâques B

(5 avril 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous avons plutôt l'habitude de considérer la Résurrection du Christ comme un événement qui s'adresse à l'Église tout entière rassem­blée la nuit de Pâques et les apparitions du Christ, la plupart du temps se déroulent dans un contexte com­munautaire collectif, apparitions aux douze à Jérusa­lem, apparition aux saintes femmes venues au tom­beau, apparitions aux disciples en Galilée. Le récit que nous venons d'entendre attire notre attention sur un autre aspect. L'apparition à Marie-Madeleine dans le jardin est un événement d'intimité entre le Christ Ressuscité et une seule personne.

La Résurrection du Christ certes, est la fon­dation de notre foi, est l'acte de naissance de l'Église, elle a une dimension cosmique, elle est l'ouverture du monde nouveau, le rassemblement de tout l'univers, mais elle se passe aussi au plus intime de notre être et de notre cœur. Marie, seule, près du tombeau, san­glotait parce que son Seigneur, son Bien-Aimé n'était plus là et elle ne savait pas où on l'avait mis. Elle cherchait son corps et voici que Jésus vient vers elle, seul avec elle seule. Et Il va se faire reconnaître d'elle en lui disant son nom, Marie. Il l'appelle par son nom, Il éveille en elle, à une profondeur que Lui seul peut toucher, Il éveille en elle la vie, la vie nouvelle. Alors transpercée par cette voix familière, atteinte par l'in­timité de cette tendresse du Christ, Marie le reconnaît : "Rabbouni!" Maître !"

L'événement de la Résurrection n'est pas sim­plement un fait qui s'adresse à la communauté chré­tienne mais qui s'adresse, aussi et d'abord, à chacun d'entre nous au plus profond de nous-mêmes Le Christ Ressuscité ressuscite en quelque sorte, au tré­fonds de notre être. Le Christ vient faire surgir une vie nouvelle, sa vie nouvelle, au plus profond de nous-mêmes. Il vient nous réveiller, nous éveiller. C'est cela le mot résurrection. Ressusciter, c'est se mettre debout, c'est se relever, c'est d'abord se réveil­ler. Se réveiller du sommeil de la mort, du sommeil de l'indifférence, du sommeil du péché, du sommeil d'une vie trop uniquement humaine, trop superficiel­lement humaine, se réveiller à une vie autre, à une vie plus vraie, à une vie plus profonde, à une vie neuve. Le Christ, nous appelant par notre nom, vient ressus­citer au fond de nous-mêmes, vient nous ressusciter, nous réveiller, ouvrir les yeux de notre être profond à un autre niveau, à une communion nouvelle avec Lui.

La Résurrection c'est ce commencement in­time, en nous, d'une présence radicalement neuve de Jésus.

Le Christ, chaque année à Pâques, chaque semaine le dimanche, chaque jour dans l'eucharistie, le Christ vient ressusciter au fond de nous-mêmes, et par là-même, nous ressusciter. Notre présence ici n'a pas d'autre sens. La communion eucharistique a cette signification : nous vivons, nous commençons à vivre, nous nous éveillons à la vie du Christ ressuscité, à la vie du monde nouveau, à la vie de notre nature nou­velle, à la vie de notre être le plus profond et le plus vrai. Chaque jour, à cause de la Résurrection du Christ, nous sommes des êtres nouveaux. C'est pour­quoi un psaume dit d'une manière merveilleuse : "Aujourd'hui, je commence !" Chaque aujourd'hui est pour nous un commencement, une nouveauté, une nouveauté radicale parce que chacun de nos jours, chaque aujourd'hui, pour nous, c'est l'aujourd'hui du Christ Ressuscité.

"Marie !" Jésus nous appelle par notre nom, Il nous touche dans notre personne, dans ce qu'elle a de plus unique, de plus intime, que Lui seul connaît, que Lui seul sait "nommer". Laissons-nous "nommer" par le Christ, laissons-nous éveiller par le Christ. La Ré­surrection du Christ est une création nouvelle, c'est une re-création de chacun d'entre nous.

 

 

AMEN