J'AI CHERCHÉ CELUI QUE MON CŒUR AIME

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de Pâques – B

(2 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

a tradition des Pères de l'Église a rapproché cette apparition de Jésus à Marie-Madeleine du texte du Cantique des cantiques. Hier, aux Vigiles, nous lisions une homélie de saint Cyrille de Jérusalem qui développait ce parallèle. Au moment où le Bien-Aimé dit à sa fiancée : "Viens, ma bien-aimée, toi qui te tiens dans les cavernes des rochers !" il faisait allusion à la caverne qui, comme dans tous les tombeaux juifs, servait de vestibule au tombeau. Il montre aussi comment l'époque de la Résurrection du Christ, le printemps, est manifesté dans le Cantique où il est dit : "C'en est fini des pluies. L'hiver est passé. Sur notre terre, les fleurs se montrent et voici la saison des refrains de la tourterelle et de son rou­coulement !" Et de même, la bien-aimée, sur sa cou­che, cherchait "Celui qui son cœur aime. Je L'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé. J'ai parcouru la ville et rencontré les gardes" comme Marie-Made­leine rencontre les anges et leur dit en parlant de Jésus : "Je ne sais pas où on l'a mis !" Et le Cantique pour­suit : "A peine les avais-je dépassé, j'ai trouvé Celui que mon cœur aime, je L'ai saisi et ne le lâcherai plus !" C'est ce qui se passe quand Madeleine prend Jésus pour le jardinier, puis se jette à ses pieds. Mais Jésus lui dit : Ne Me retiens pas !"

Ce parallèle nous invite à voir dans la ren­contre de Jésus et Marie-Madeleine l'accomplisse­ment de cette recherche, de ce désir d'amour qui ha­bitait le cœur de Marie-Madeleine. Elle est le proto­type de tous les disciples du Christ dans leur désir véhément de rencontrer le Seigneur. L'évangile nous dit à son sujet que "Jésus avait chassé sept démons." Marie-Madeleine était une pécheresse que Jésus a pardonnée et qui, dans son cœur a conçu un si grand amour pour son Sauveur qu'elle ne cherchait qu'à le suivre et l'étreindre plus profondément encore.

Je crois que cet évangile nous invite à être en quête du Christ, à ne jamais cesser de désirer cette rencontre avec le Christ. Les apparitions du Christ Ressuscité sont pour nous aussi une promesse, un avant-goût de cette rencontre éternelle quand, au der­nier jour de notre vie, et au dernier jour du monde, le visage du Seigneur, la face du Christ nous apparaîtra dans toute sa beauté, dans toute son intimité. Ce Jésus qui, dans l'Apocalypse nous dit : "Voici que Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui et lui près de Moi !" C'est cela qui est l'accomplisse­ment de la Résurrection du Christ, de notre propre résurrection avec Lui, l'accomplissement de notre vie chrétienne, l'accomplissement du désir de notre cœur. Nous sommes faits pour cette rencontre intime avec le Christ. Nous sommes faits pour ce cœur à cœur avec Dieu, car Dieu n'est pas un être lointain. Il est, Il veut être le Bien-Aimé de notre cœur. Il veut nous ren­contrer au plus intime de nous-même. Il veut pénétrer à l'intérieur de notre vie pour nous remplir de sa pré­sence, de sa vie, de sa joie.

Alors que ce temps pascal soit pour nous l'apprentissage de cette rencontre. Que cette eucharis­tie soit le commencement de cette rencontre. Que nous préparions notre cœur afin que le désir qui nous habite fasse grandir la proximité, l'intensité de la ve­nue de Dieu. L'Apocalypse ne cesse de dire que "Dieu vient !" Il est "Celui qui vient. Voici, je suis proche ! Voici que ma venue est imminente !" Et l'Église que l'Apocalypse appelle "l'Epouse", remplie de l'Esprit Saint, s'écrie : "Viens, Seigneur Jésus !" Il faut que ce désir de la venue du Christ habite notre cœur comme celui de Marie-Madeleine, comme celui de l'épouse du Cantique, comme celui du voyant de l'Apocalypse. Il faut que nous soyons des êtres tendus vers cette rencontre. Ne nous contentons pas de vivre à la sur­face de nos journées, à la surface de nous-même, à la surface de cette existence terrestre. Comprenons que le sens profond de ces journées qui nous sont don­nées, que le sens profond de cette vie c'est de nous préparer à une vie plus profonde, à la vie d'intimité avec Dieu qui nous remplira pour toute éternité.

 

 

AMEN