APPARITION A MARIE MADELEINE
Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18
Mardi de la première semaine de Pâques – B
(9 avril 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Maximin : Ne me touche pas !
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ette rencontre de Marie de Magdala avec le Christ Ressuscité est l'accomplissement, la réalisation d'une prophétie du Cantique des cantiques. Dans ce Cantique des cantiques, la Bien-aimée cherche dans la nuit "Celui que son cœur aime" et elle ne le trouve pas. De même Marie de Magdala est venue, alors qu'il faisait encore sombre, et elle ne trouve pas son Bien-Aimé dans le tombeau, car Il n'est plus là. Dans le Cantique des cantiques, la Bien-aimée rencontre des gardes car elle est errante dans la ville à la recherche de son Bien-Aimé et elle leur dit : "N'avez-vous pas vu Celui que mon cœur aime ?" Et dans l'évangile, Marie de Magdala rencontre les anges qui sont comme les gardiens du tombeau, du tombeau vide et elle leur dit : "Ne savez-vous pas où l'on a mis mon Seigneur ?" Dans le Cantique des cantiques, aussitôt après avoir dépassé les gardes, la Bien-aimée rencontre "Celui que son cœur aime" et elle l'étreint parce qu'elle est transportée de joie d'avoir retrouvé Celui qu'elle croyait avoir perdu. Et dans l'évangile, aussitôt après avoir reçu des anges une réponse, Marie-Madeleine se retourne et voit Celui que son cœur aime et elle se jette à ses pieds pour les étreindre, mais Jésus lui dit : "Ne me retiens pas".
Marie-Madeleine, la Bien-aimée, mérite de rencontrer la première semble-t-il, tout au moins dans l'évangile de saint Jean, "Celui que son cœur aime" et qui est ressuscité. Il y a dans cette rencontre un trait tout à fait touchant et en même temps d'une profonde portée théologique qui nous introduit dans le mystère de la Résurrection, c'est que quand Marie voit Jésus, elle ne le reconnaît pas. Elle le prendra même pour le jardinier et renouvellera auprès de Lui la question qu'elle avait déjà posée aux anges : "N'avez-vous pas vu où ils ont mis le corps de mon Seigneur ? Si c'est toi qui l'as enlevé dis moi où tu l'as mis que j'aille le chercher."
Si Marie-Madeleine ne reconnaît pas Jésus c'est donc que Jésus est "autre". Jésus n'est plus de ce monde. Jésus Ressuscité n'est plus dans la même condition qu'ayant sa Passion et sa mort. Jésus est transformé, transfiguré par sa Résurrection. C'est pourquoi pour reconnaître Jésus, car c'est bien Lui, il faut que les yeux de notre cœur s'ouvrent par la foi, car c'est seulement un regard de foi qui permettra de reconnaître l'identité profonde de Jésus Ressuscité. Et ce regard de foi va s'ouvrir dans le cœur de Marie-Madeleine quand Jésus va toucher son cœur en l'appelant par son nom, quand Il lui dit : "Marie !" Alors, en lui manifestant ainsi la proximité de son propre cœur de Dieu, de Dieu incarné, avec son cœur à elle, en prononçant son nom avec toute la douceur, toute la tendresse dont Jésus est capable, Lui qui connaît chacune de ses brebis et qui les appelle par leur nom, c'est en l"appelant par son nom que Jésus ouvre les yeux du cœur, les yeux de la foi de Marie-Madeleine. Alors, à ce moment-là, tout d'un coup, cela devient évident à ses propres yeux c'est vraiment Lui, Lui qui n'es plus de ce monde, mais qui est venu, encore une fois dans ce monde, pour manifester à sa Bien-Aimée qu'II est vivant, qu'Il est sa vie.
Si Jésus dit à Marie-Madeleine : "Ne me retiens pas, car Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu !" c'est précisément parce que Jésus ne fait plus partie de ce-monde. Marie-Madeleine se trompe encore. Elle n'a pas vraiment compris quel est ce Jésus qui est bien Celui qu'elle aime et qui pourtant est déjà tout autre, et dans un geste spontané d'affection, elle veut l'étreindre, se jeter à ses pieds, le toucher. Elle veut mettre la main sur Lui, elle veut le garder, elle voudrait que cela recommence comme auparavant, qu'elle puisse, de nouveau, jouir de cette présence bien-aimée, mais Jésus lui dit : "Je ne suis plus de ce monde, ne me retiens pas, Je vais vers le Père qui est mon Père et votre Père. Je vais te préparer une place" et tu ne peux pas me garder, maintenant, ici près de toi, car c'est Moi qui doit te prendre près de Moi, c'est Moi qui doit t'attirer, avec Moi, là ou je vais, là ou tu vas, là ou vous allez, tous. Car tu vas le dire, l'annoncer à mes frères pour que, eux aussi, sachent que je vais vers mon Père qui est votre Père à tous. Je vais vous préparer une place pour que là ou je suis, vous soyez vous aussi avec Moi, car vous aussi, si vous êtes encore dans le monde, vous n'êtes plus du monde, car vous aussi vous appartenez à ce monde nouveau, vous aussi, dès maintenant, vous avez en vous le germe de cette vie nouvelle, de cette vie de ressuscité, car ma résurrection est votre résurrection, car ma résurrection est le principe de votre vie nouvelle et votre demeure n'est plus ici sur la terre, mais dans le ciel, dans le regard du Père, dans le visage du Père, elle est avec Moi dans l'amour du Père où vous devez trouver la plénitude de votre vie, la plénitude du sens de ce monde car ce monde dont vous ne faites plus réellement partie, mais dans lequel vous êtes encore, ce monde, lui aussi doit devenir autre, ce monde lui aussi doit ressusciter dans un monde nouveau qui est le regard du Père, qui est ce monde nouveau que Moi-même je construis dans le regard du Père par ma chair ressuscitée, principe de la résurrection de l'univers tout entier.
Voilà pourquoi Marie-Madeleine, qui n'avait pas reconnu le Christ, le reconnaît ensuite. Et ce regard sur le Christ Ressuscité va illuminer toute sa vie. Désormais, Marie-Madeleine vivra déjà avec le Christ, dans le sein du Père, et c'est cela la sainteté de Marie-Madeleine. C'est d'avoir déjà le cœur au plus profond du cœur de Dieu.
Cette apparition du Christ à Marie-Madeleine s'adresse à nous tous. "Va dire à mes frères que je vais vers mon Père qui est leur Père !" Pour nous aussi, ce regard du Christ Ressuscité, cette présence du Christ Ressuscité doit être principe de notre vie nouvelle, de notre vie véritable. Il faut que, déjà, par le plus profond de nous-mêmes, tout en étant encore dans ce monde, nous ne soyons plus du monde, mais nous soyons du Père et que nous habitions là où est notre vraie vie, avec le Christ.
AMEN