LES ÉTAPES DE LA FOI

1 P 2, 1-10; Jn 20, 11-18

Mardi de la première semaine du temps pascal – C

(5 avril 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Emmaüs : La fraction du pain

C

 

et épisode des disciples d'Emmaüs a pour but de nous montrer la genèse de la foi en la Résurrection. En effet, il n'est pas si facile de croire en la Résurrection du Christ. Nous le savons bien nous-mêmes dans notre propre expérience : tous ces doutes qui peuvent traverser notre cœur à propos de la mort d'un être cher, par exemple. Et pourtant, l'évangile nous montre les disciples d'Emmaüs passant de l'incrédulité, d'une sorte de désespoir à la véritable confession de la foi, au cœur de Jérusalem, avec les autres disciples. Et l'on dirait que Saint Luc s'est plu à scander les étapes de cet éveil de la foi en la Résurrection dans le cœur des disciples. En effet, pour croire à la résurrection du Christ que faut-il ?

La première chose, c'est qu'il faut croire aux événements historiques tels qu'ils nous sont contés, tels qu'ils nous sont racontés par les récits évangéliques. Les deux disciples, lorsqu'ils rencontrent Jésus sur la route, savent exactement ce qui s'est passé : "Ce prophète puissant en œuvres et en paroles qui a été comme un signe au milieu du peuple, un signe d'espérance pour la libération d'Israël". Et ils en savent même plus puisqu'ils savent qu'après sa mort, le matin même avant qu'ils ne partent de Jérusalem, ils ont entendu des rumeurs plutôt confuses, des femmes racontaient que des anges leur étaient apparus et le déclarent vivant. Ce qui est très important, c'est de voir que la simple rumeur du récit de la Résurrection, car c'est bien de cela qu'il s'agit, n'a pas suffi vraiment à déclencher dans le cœur des disciples la foi véritable en la résurrection. Les disciples savent que Jésus est mort. Ils savent aussi qu'il court de curieuses rumeurs au matin du troisième jour, parce que des anges sont apparus qui le déclarent vivant, mais cela ne suffit pas à éveiller dans leur cœur la foi en la résurrection. Alors, que faut-il ? La simple relation historique des événements ne suffit pas pour croire en la Résurrection. Il y a beaucoup de gens qui connaissent très bien les évangiles, qui savent très bien ce que racontent historiquement ces récits et qui même seraient prêts à croire que le Christ est ressuscité, à l'admettre, à croire au sens faible du terme, mais cela ne suffit pas pour être véritablement croyant. Comme vous l'avez remarqué, ce sont les étapes ultérieures qui vont décider du jaillissement de la grâce de la foi dans le cœur des disciples.

La première étape, c'est de recevoir le Christ, le témoignage de sa mort et de sa Résurrection dans l'explication des Écritures : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant lorsqu'Il nous expliquait les Ecritures ?" Ces mêmes événements historiques reçus à travers la Tradition d'Israël, reçus à travers les Écritures, reçus à travers l'espérance et la foi d'Israël peuvent permettre de faire un premier pas dans le mystère de la mort de la Résurrection et de la Pâque du Christ. C'est parce que, au fur et à mesure que le Christ explique et commente les prophètes, les psaumes et la Loi de Moïse que petit à petit le témoignage purement historique, la relation purement historique des événements prend une autre dimension dans le cœur des disciples. Le cœur devient brûlant. A ce moment-là, la Résurrection n'apparaît plus simplement comme une sorte d'événement, de fait divers qui pourrait être rapporté dans un journal, mais il prend sa véritable dimension d'intervention salvifique de Dieu dans l'histoire des hommes.

Puis il y a un second élément, un second élément absolument indispensable : c'est celui de la présence même du Ressuscité. Nous croyons que Jésus est ressuscité parce qu'Il est présent au milieu de nous, comme Il était aux côtés des disciples. C'est là toute la pointe du récit, c'est que ce même Jésus qui cheminait aux côtés des disciples d'Emmaüs et leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître, ce même Jésus au moment où Il rompt le pain, dans le geste même eucharistique de la fraction du pain, se fait reconnaître. Et à partir de ce moment-là Il n'a plus besoin d'être visible à leurs yeux car au moment même où le Christ est rendu visible à leurs yeux, reconnu dans la fraction du pain, c'est le pain lui-même qui est la présence du Christ ressuscité. Tout le cœur de ce récit est précisément dans la substitution de la présence du Christ ressuscité, substitution qui en réalité n'en est pas une, car c'est le même dans les deux cas, au corps du Christ ressuscité présent réellement dans le pain qui es partagé. C'est la continuité absolue entre le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ, le vendredi saint et le jour de Pâques et chaque jour de Pâques qui suit depuis ce jour-là et qui est le moment même de la célébration eucharistique de la fraction du pain. Il y a une continuité absolue. C'est pour cela qu'à ce moment-là, les yeux des disciples le reconnaissent car véritablement la Résurrection a fait irruption dans leur cœur, dans leurs yeux et dans toute leur vie.

La Résurrection n'est pas un "on-dit" des femmes qui ont entendu des anges qui le déclarent vivant. La Résurrection c'est l'irruption de la présence du Seigneur ressuscité à travers le pain et le vin, au cœur même de son Église. Irruption qui a commencé dans la nuit même de Pâques et qui ne s'achèvera qu'à la fin des temps lorsque tous, nous serons rassemblés au banquet du Royaume.

C'est pourquoi, au moment même où la Résurrection du Christ a pris définitivement chair et corps dans leur vie, dans leur être, dans leur cœur par la foi, par la communion au corps du Christ, les disciples s'en retournent à Jérusalem, s'en retournent au cœur de l'Église pour proclamer : "Il est vraiment ressuscité !" c'est-à-dire pour confesser avec Pierre et les autres disciples la véritable foi en la Résurrection. A ce moment-là, on ne s'éloigne plus de Jérusalem, en faisant mémoire d'évènements qui semblent sans issue, mais on est saisi par la Résurrection et c'est alors la plénitude de la foi en la Résurrection qui leur est donnée.

 

AMEN