CE QUE J'AI, JE TE LE DONNE
Ac 3, 1-10 ; Lc 24, 13-35
(21 avril 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Jérusalem : Montée au temple
|
A |
u long des mois, qu'Il avait passés avec eux, à marcher sur les routes de Palestine, Le Seigneur Jésus, souvent, leur avait dit : "Je n'ai ni or ni argent à vous donner, je n'ai pas de biens matériels à vous promettre, je ne viens pas restaurer un royaume, fusse-t-il le royaume d'Israël. Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je vous le donne, c'est-à-dire, je me donne moi-même à vous ".
Et pour concrétiser cela, Il avait demandé et exigé de ses disciples qu'ils se dépouillent : "Partez, leur dit-Il, sans prendre ni argent, ni besace, sans prendre de vêtement. Ne saluez même pas les gens en chemin. Ne vous attardez pas aux mondanités habituelles ". Et Lui-même n'avait pas de pierre où reposer sa tête, si ce n'est celle du tombeau où son corps mort a reposé.
C'est ce qu'Il avait voulu, une fois encore, au lendemain de sa Résurrection, faire comprendre à ces deux disciples déçus qui rentraient chez eux. "Je n'ai ni or ni argent. Ce que j'ai, je vous le donne". Et, assis à la table, Il avait livré son corps glorieux pour que ses disciples puissent retourner à Jérusalem et annoncer cette nouvelle du don que Dieu venait de leur faire.
Frères et sœurs, comme les disciples d'Emmaüs, comme Pierre et Jean, montant au Temple, nous avons reçu, dans cette Pâque, ce don du Christ mort et ressuscité. Ce don du Christ qui vient nous donner sa vie. Et nous avons, comme les disciples d'Emmaüs, comme les apôtres, à devenir mendiants de ce don que Dieu nous a fait. Nous avons à cultiver en nous, cet unique désir de connaître Dieu, de reconnaître Dieu lorsqu'Il se manifeste. Et pour cela d'accepter de laisser, d'abandonner tout ce qui est or, tout ce qui est argent et qui nous encombre. Nous avons à devenir mendiants du don de Dieu.
Or, nous faisons partie d'un monde qui est aussi mendiant. A l'image de cet impotent de la Belle Porte, le monde dans lequel nous vivons, est prostré dans sa paralysie. Il se laisse porter par d'autres, chaque jour pour recevoir quelque chose de ceux qui montent à la prière. Ce monde dans lequel nous vivons est mendiant, paralysé, abruti au pied du Temple de Dieu. Et nous, qui sommes mendiant du don de Dieu, nous avons à comprendre que le monde dont nous faisons partie, est mendiant de ce que nous avons reçu. Nous avons à redire comme Jésus aux disciples, comme les apôtres au boiteux de la Belle Porte nous avons à redire au monde de ce temps, nous l'Église de Dieu :"Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne. Lève-toi et marche !"
Et si nous trouvons le monde trop triste, trop morne, c'est parce qu'il n'est pas encore entré avec nous, dans le Temple, le temple de la foi dans le temple de la lumière de Dieu où il pourra tressaillir d'allégresse, gambader et chanter. Les apôtres, au lendemain de la Résurrection, ont donné au boiteux de la Belle Porte le don qu'ils avaient reçu. Au lendemain de cette Pâque, allons-nous, nous aussi, comme Pierre et Jean, dire à ceux que nous rencontrons, à nos amis, à nos frères, à nos épouses à nos époux, à nos voisins : Moi, chrétien, témoin de la résurrection du Christ, mendiant de l'amour de Dieu qui m'a comblé, je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai, je te le donne.
AMEN