QUI CHERCHES-TU ?

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

(14 avril 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Saint Maximin : Ne me touche pas !  

D

eux anges se tenaient de part et d'autre du tombeau, l'un à la tête, l'autre aux pieds, un peu comme ces représentations de l'Arche d'Alliance, où les deux anges enveloppent l'Arche avec leur grandes ailes. Ces anges sont des messagers, et voici que ces messagers dont la fonction est d'annoncer et d'informer, n'informent pas mais posent une question à Marie-Madeleine : "Femme, pourquoi pleures-tu ?" C'est, en forçant le trait, la première annonce des anges de la résurrection de Jésus à Marie-Madeleine. Ce n'est pas : il est ressuscité, il est vivant, non, c'est : "Femme, pourquoi pleures-tu ?"

       Juste après, un homme (le rédacteur nous dit que c'est Jésus, nous avons une course d'avance par rapport à Marie-Madeleine), et Jésus annonce sa résurrection sous forme de deux questions : "Femme pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?" Alors qu'on pourrait imaginer que le premier élan aurait été de la consoler, en lui disant : c'est moi, tu me reconnais, etc …  non ! Deux questions : "Femme pourquoi pleures-tu ?" qui est exactement la question des messagers, et la deuxième question : "Qui cherches-tu ?" comme si en définitive, l'ouïe, entendre le message de la résurrection d'une part et puis voir, ne suffisaient pas à la conversion et à la reconnaissance de la résurrection. 

       Bien sûr, nous pouvons en tirer quelques conséquences pour la pastorale, en rappelant qu'il ne suffit pas d'annoncer dans la rue la résurrection pour que les gens se convertissent, même si nous le savons, les gens nous le disent, il ne suffit pas de voir Jésus ressuscité pour croire en la résurrection. 

       Il y a une dernière étape qui va être décisive, c'est tout ce jeu scénique, presque comme un ballet de danse dans lequel est pris Marie-Madeleine, qui d'une part regarde les anges, ensuite regarde cet homme qu'elle prend pour le  jardinier, qui s'adresse à elle mais qu'elle ne reconnaît pas, elle se retourne, vers qui, vers quoi, nous n'en savons rien. peut-être qu'elle se retournait parce que ne reconnaissant pas Jésus sous les traits du jardinier elle était prête à le quitter pour aller ailleurs. Dans un dernier élan Jésus lui dit : "Marie" et elle se retourne comme si bien sûr la conversion n'est pas affaire d'entendre, la conversion n'est pas non plus l'affaire de voir, la conversion n'est pas uniquement affaire de bonne moralité. Nous savons très bien comme nous le répètent les non croyants que des gens non croyants sont plus "moraux" que nous. Cette conversion est véritablement liée à cette relation qui va s'instaurer entre le Christ ressuscité et Marie-Madeleine. Rien ne se fait jusqu'au moment où Jésus prononce le prénom de Marie. Autrement dit, dans ce prénom retentit à la fois tout ce que Dieu peut dire quand il prononce le prénom de chacun d'entre nous, de ce qu'il nous connaît depuis l'origine, même si bien sûr nous restons libres de notre avenir, mais de ce désir que Dieu avait de vivre avec nous avant même que nous existions. En même temps, nous de notre côté, entendant Dieu prononcer notre prénom il y a comme une réconciliation entre toute notre histoire et l'histoire du ressuscité. Marie-Madeleine dans ce prénom contemple tout ce qu'elle a pu vivre avec Jésus sur les routes de Galilée et d'ailleurs, et qui est repris et transformé par la lumière de la résurrection. C'est que son histoire prend effectivement une autre forme. C'est cela qui est à la source de la véritable transformation et de la véritable conversion. 

       Bien sûr, continuez à vous convertir pendant le temps du carême, mais j'ai envie de dire : c'est maintenant qu'il faut se convertir. La véritable conversion, elle vient de la résurrection du Christ ressuscité qui nous dit à chacun d'entre nous notre prénom et donc notre vie et ce que nous sommes. 

       Je voudrais finir sur ces deux questions qui sont mystérieusement comme une annonce de la résurrection et de la Bonne Nouvelle : "Femme pourquoi pleures-tu ?" C'est Pâques, le soleil est revenu, il fait beau, on retrouve les terrasses des cafés, et pourtant peut-être encore que certains d'entre nous ont le cœur triste. Pourquoi pleurons-nous ? On peut redire cette question à travers une autre question que le Christ utilise pour un jeune homme : "Que nous manque-t-il ?" C'est très bien comme cela qu'il nous manque de pouvoir saisir le Christ, car enfin la résurrection n'est pas une plénitude comme si nous pouvions saisir le Christ et nous dire que c'est fini, que nous l'avons avec nous et que c'est la fin de l'histoire. Au contraire, ce n'est que le début de l'histoire. Pourquoi pleurons-nous ? C'est-à-dire, que nous manque-t-il ? 

       Et la deuxième question que pose le Christ : "Qui cherches-tu ?" Hier aux vigiles, nous entendions cette très belle homélie de Cyrille de Jérusalem, qui nous donne les témoignages de la mise en place de la basilique et du rocher du tombeau à l'époque, mais qui surtout fait ce très beau parallèle entre le Cantique des cantiques et cette scène de la résurrection et du dialogue entre Marie-Madeleine et Jésus. "Qui cherches-tu ?" C'est maintenant que nous avons à nous mettre en marche, à nous convertir. Pourquoi ? pour découvrir la chose la plus précieuse, Jésus le dit à la fin de cet évangile : c'est que nous sommes promis à la vie éternelle et pas n'importe laquelle, nous sommes promis à la vie Trinitaire : "Je monte vers mon Père qui est aussi votre Père". La résurrection du Christ ne concerne pas uniquement le Christ, mais elle concerne aussi chacun d'entre nous. 

       Frères et sœurs, que cet évangile et ce temps de Pâques soient pour nous l'occasion de nous retourner au sens vraiment fort du terme, presque dans cette danse qu'effectue Marie-Madeleine de part et d'autre entre les anges, entre Jésus, le jardinier qui est Jésus. Que ce temps de Pâques soit une véritable conversion c'est-à-dire de découvrir ce que nous avons à chercher, c'est ce que Dieu nous promet à notre origine : entrer en plénitude dans la vie Trinitaire, avec le Père, le Fils et le Saint Esprit. 

       AMEN