LE ROYAUME POUSSE TOUT SEUL
1 S 14, 36-45 ; Mc 4, 26-34
Samedi de la quatrième semaine de l'Épiphanie – B
(4 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Il a poussé tout seul !
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rères et sœurs, nous avons entendu de la part de l'évangéliste saint Marc deux paraboles du Christ et une conclusion sur les paraboles. En substance ce qui est dit dans cette conclusion c'est que la parole de Dieu ne s'annonce que par les paraboles et dans la mesure où les gens sont capables de l'entendre, et qu'en particulier, Jésus expliquait tout à ses disciples.
En entendant cela, on pourrait se dire qu'il aurait été préférable d'être du côté des disciples puisqu'il expliquait les paraboles aux disciples ce qu'il ne faisait pas pour les foules qui venaient l'écouter. Au risque de vous surprendre, il est beaucoup plus intéressant et respectueux que Jésus ne m'explique par les paraboles. Le problème de l'explication c'est qu'elle nous conforte, certes, et Dieu sait que nous avons besoin d'être confortés, rassurés, de tout comprendre pour avoir le sentiment que nous contrôlons les choses, de savoir d'où nous venons, où nous allons. Or, au moment même où nous nous sentons rassurés parce que nous avons une explication, la croissance est stoppée. L'explication est un cadre dans lequel on vient buter sans pouvoir en sortir.
Le grand avantage de la parabole, c'est que la parabole consiste à jeter à côté. A travers ce geste est dite toute la première parabole : le royaume de Dieu n'a pas besoin de nous pour grandir. Mais il grandit tout seul mais il a quand même besoin de quelqu'un pour que la graine soit jetée et mise en terre. C'est la personne qui l'aura mise en terre qui pourra même récupérer la moisson. A la charge du croyant, du prédicateur, c'est-à-dire de tous les chrétiens, est donné non pas de faire grandir le royaume de Dieu, mais de jeter dans le cœur du frère un petit quelque chose qui lui donnera envie d'aller plus loin. J'aime beaucoup comparer la prédication au film du cinéma; un bon film, c'est un film avec lequel on va vivre pendant plusieurs jours. On n'a pas tout compris, il y a des zones d'ombre, et c'est justement parce que tout n'a pas été expliqué et que le film est une bonne parabole et l'on peut dire la même chose pour un texte poétique ou même un roman, on va vivre avec ! il y a quelque chose qui nous a été jeté, que l'on prend, et qui ensuite grandit en nous.
Frères et sœurs, c'est cela la parabole, et c'est cela le royaume de Dieu. C'est cela aussi la mission du chrétien : être capable non pas de vouloir tout expliquer pour réconforter le cœur de nos contemporains, car on risque de tomber dans l'idéologie et de tout fermer, mais savoir laisser juste une ouverture pour que la personne soit surprise, interloquée, intéressée, et que repartant avec cette image ou cette phrase que nous aurons partagé avec elle, elle n'ait de cesse que de vouloir y revenir pour s'en nourrir jour après jour.
La suite ne nous regarde plus, c'est alors un dialogue entre cette personne et le Seigneur Dieu lui-même.
AMEN