UNE PRÉSENCE QUI RÉVEILLE !

2 S 18, 1-8 ; Mc 10, 13-16

(1er février 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

et évangile qui vient juste après le commen­taire que Jésus fait de la parabole du grain, la parabole du semeur, et qui est suivi par la rencontre de Lui-même et du démoniaque gérasénien, cette légion de démons qui habitent cet homme de l'autre côté du lac. Cette rencontre avec le démonia­que va être inaugurée par cette phrase : "Que me veux-tu, Jésus fils de David, fils du très-haut ?"

Jésus, avant d'être reconnu par les hommes est reconnu par la nature, puis par le monde invisible. La présence de Dieu dans ce monde endormi, éloigné de son Créateur, se trouve comme affleuré par la pré­sence de Dieu qui vient le réveiller. Le monde dor­mait, assoupi à la fois dans la distance de Dieu, dans une sorte d'engourdissement, comme dans l'hiver. Le monde avait oublié Dieu, son origine, son histoire. Le monde avait oublié d'où il venait, et où il allait. Cette présence de Dieu cachée dans l'homme Jésus, pro­gressivement, comme un printemps, vient réveiller ce monde. Et le monde se trouve comme surpris d'être visité alors qu'il ne l'attendait pas, par Celui qui l'a créé. D'abord le monde se déchaîne, se réveille comme très brutalement, le vent, le lac, les vagues, se trouvent comme violemment jetés hors d'eux-mêmes, et Jésus reprend le dialogue interrompu avec ce monde en demandant au vent et à la mer, de se cal­mer. Il est là, comme dormant, à la poupe de cette barque, avec ses disciples derrière et les premiers qui vont le reconnaître, c'est le vent et la mer avant que les démons eux-mêmes de l'autre côté du lac le recon­naissent et l'interpellent comme "Jésus, Fils du très-haut". Le monde avait senti à l'avance cette présence cachée de Dieu dans cet homme.

Les hommes voient d'abord le monde se ré­veiller, puis les démons se mettent à l'interpeller, et les hommes voient Jésus et sa façon de reprendre l'histoire du monde, ne le laissant pas s'engourdir dans l'hiver de son péché, mais le ramenant à cette consi­gne : "réveille-toi, éveille-toi, je viens t'apporter le salut". Les disciples assistent ainsi au réveil du monde qui les entourent, ils vont se laisser envahir par cette vague plus puissante que celle du lac, qui est la vague de la présence de Dieu, qui bien que cachée, qui bien qu'apparemment, Dieu puisse dormir, Dieu est présent là au cœur de nos bourrasques, de nos tempêtes, traversant tout avec nous.

Cette présence cachée, un peu difficile à exa­miner et même parfois révoltante, parce que les apô­tres disent bien : "Tu ne te soucies pas que nous al­lons périr", prouve la manière dont Dieu vient comme une graine, et c'est Lui la graine, vient se planter dans la mort pour en faire de la vie. Cette graine, c'est la croix plantée au cœur du monde, plantée au cœur des vies. Et sa vie a l'air à la fois si faible et impuissante, et elle est en fait le signe définitif de la victoire de Dieu sur la mort.

Que cette présence cachée, apparemment dormante de Dieu, ne nous trompe pas sur la manière dont Dieu, avec nous, traverse nos vies et les trans­forme et les amène à la vie éternelle.

 

AMEN