UN SI PETIT GRAIN !

1 S ou 2 S 12, 16-25??? ; Mc 4, 26-34

(3 février 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

i Jésus parle en paraboles c'est parce que ce qu'il veut nous faire comprendre est de l'ordre du mystère, c'est-à-dire de l'ordre d'une chose qui ne correspond pas à nos habitudes, que nous ne pouvons pas discerner expérimentalement de façon directe, alors, Jésus utilise des comparaisons, Il utilise ce que nous appelons aujourd'hui des symboles. C'est ainsi, nous venons de l'entendre, qu'Il compare le Royaume de Dieu à une semence à peine perceptible, quelque chose qui dans notre expérience serait comptée pour rien, qui semblerait tout à fait se­condaire et sans importance, et qui pourtant va se révéler fécond, quelque chose qui va grandir, s'appro­fondir, transformer notre vie, un peu comme cette minuscule graine qui donne un arbre, et cet arbre croît au point que tous les oiseaux du ciel, dit-il, peuvent venir s'abriter dans ses branches. Un peu avant, Il avait comparé le Royaume de Dieu à une graine, on la jette en terre et sans que l'homme ait à intervenir, cette graine va pousser, se déployer. Jésus dit : "Que l'homme dorme ou qu'il veille, l'épi pousse, et dans l'épi, plein de grains de blé". Là encore le Royaume de Dieu ne dépend pas de nos efforts, de notre vo­lonté, c'est quelque chose qui, mystérieusement s'ac­croît et grandit dans notre cœur et dans notre vie, sans que cela dépende d'abord de nos efforts ou de nos vertus et de nos qualités.

Le symbole, c'est donc une réalité de notre monde, qui comme en transparence nous révèle quel­que chose du mystère de Dieu, nous permet, de façon évidemment encore très imparfaite, de nous faire une idée de ce mystère, de comprendre que la grâce de Dieu à la différence de nos actions concrètes, profa­nes, ne dépend pas d'abord de nous, mais de ce don gratuit que Dieu nous fait. C'est comprendre aussi que le mystère de la grâce en nous est celui de quelque chose à quoi nous ne prêtons pas d'abord attention, parce que c'est imperceptible, apparemment peu de chose, et pourtant, c'est ce qui va transfigurer notre existence.

Jésus a employé donc des images, des compa­raisons, des symboles tirés de la vie courante pour essayer de nous faire entrevoir quelque chose du mystère, et l'Église n'agit pas autrement que Jésus quand elle prend un peu d'eau, réalité banale et cou­rante pour la verser sur la tête d'une enfant ou le plon­ger dedans, ou un adulte, et que cette image de l'eau nous révèle un mystère invisible, celui d'une source cachée qui est la source de la présence et de l'Esprit de Dieu en nous, qui va transfigurer notre vie. Quand l'Église nous propose un morceau de pain, chose la plus banale, la plus courante, un peu de vin, une bois­son sont nous avons l'habitude, pour nous introduire dans le mystère de la présence vivante du Corps et du Sang du Christ. Elle utilise encore des images et des symboles, des réalités pauvres et humbles pour nous dire quelque chose de ce mystère qui nous dépasse, de cette vie de Dieu qui va entrer en nous comme l'eau dans laquelle nous sommes plongés, et qui va trans­former notre vie de cette présence de Dieu qui va venir au plus intime de notre cœur et de notre corps, comme ce pain que nous mangeons et ce vin que nous buvons, pour que ce ne soit pas seulement en nous un aliment terrestre, mais l'aliment de notre vie éternelle, de notre vie la plus profonde et la plus mystérieuse.

Toute la liturgie, tous les sacrements, tout l'enseignement de l'Église, toute la Bible, toutes les paroles de Jésus sont remplies de ces symboles, c'est-à-dire de ces images évidemment inadéquates et qui cependant nous permettent de pressentir quelque chose de ce mystère que nous ne pouvons pas étrein­dre ni comprendre au sens propre du terme, (com­prendre, c'est saisir, prendre dans ses mains), ce mys­tère qui est le plus important de notre vie et qui pour­rait passer inaperçu par rapport à tous les soucis, tou­tes les activités qui occupent le devant de la scène.

Soyons attentifs à ces signes que Dieu nous donne. Sachons à la fois les recevoir avec humilité et respect et nous laisser imprégner par eux, pour que quelque chose de ce mystère de Dieu petit à petit, ensemence notre cœur et nous conduise à la vérité tout entière comme Jésus nous l'a promis.

 

AMEN