ET L'ON DISAIT DE LUI
Pv 10, 6-10 ; Mc 6, 14-29
(2 février 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
A |
défaut d'un contenu extrêmement spirituel, parce qu'il faut bien avouer que ce passage de l'évangile a plutôt inspiré Richard Strauss dans son fameux opéra Hérodiade, nous essaierons de trouver quelques indications sur la manière dont Jésus était vu par ses contemporains.
En effet, vous avez remarqué un passage bizarre. Saint Marc nous rapporte les opinions qu'on avait sur Jésus. Il ne s'agit pas d'opinions autorisées, il ne s'agit pas de confession de foi, il s'agit d'une sorte de recensement de ce qui se disait sur Jésus au moment où on le voyait commencer son ministère en Galilée. Or, toutes les références que l'on donne, qui sont des opinions populaires, ont plus ou moins à voir avec Jean le Baptiste ou avec un prophète ou avec Élie qui revient ou qui ressuscite.
Ceci est extrêmement intéressant car, à l'époque de Jésus, il y avait des croyances très enracinées au sujet de la manière dont devait arriver la fin des temps. Nous, nous pensons toujours que la fin des temps, c'est la venue du Messie, un point c'est tout. En réalité, dans les traditions juives de l'époque, la venue de la fin des temps était extrêmement complexe. Plutôt qu'un messie, le personnage central de la fin des temps était un prophète. Un prophète qui avait précisément pour but de retourner le cœur de tous vers la venue du Royaume. Et ce prophète devait avoir deux épisodes de prédication : un premier épisode qui généralement devait se terminer mal, et ensuite un second épisode qui serait une prédication, une prophétie glorieuse et pleine de vengeance vis-à-vis de ceux qui lui auraient fait du mal.
C'est ainsi qu'a dû courir et s'accréditer le bruit qu'il y avait une continuité entre Jean-Baptiste et Jésus. Non pas la continuité réelle que l'Église reconnaîtra en ce sens que Jean-Baptiste était le précurseur et Jésus le messager, le porteur du Royaume, mais les foules imaginaient une continuité plus bizarre, celle qu'exprime Hérode en disant : "Jean-Baptiste est venu. Il a essayé de convertir le peuple. Maintenant, ce Jean-Baptiste que j'ai fait décapiter, voici qu'il est ressuscité." C'est-à-dire que Jésus serait le même prophète, mais ressuscité, qui apporterait le jugement de la vengeance de Dieu. C'est exactement, semble-t-il, le sens de cet évangile qui une signification très importante.
En effet, d'une part il nous montre la continuité qui était reconnue entre le message de Jean et le message de Jésus. Dès le début, pour les contemporains, les deux personnages étaient envisagés ensemble. Cette continuité était même exagérée puisqu'on pensait dans un premier temps que Jésus était Jean Baptiste ressuscité, mais elle existait. D'autre part, on était conscient du rôle extrêmement décisif de ces deux hommes pour la prédication du Royaume. Dans un cas, Jean-Baptiste était le prophète de la pénitence, de la conversion. Ensuite, Jésus, ce Jean-Baptiste qu'on croyait ressuscité, devait être le prophète qui annonce par des prodiges le jugement divin et par conséquent la vengeance du feu du ciel sur ceux qui ne s'étaient pas convertis au premier appel du prophète.
Ceci est important car cela nous montre comment Jésus a dû, à tout moment, annoncer le Royaume. Non pas seulement comme la résurrection d'un prophète qui annonce le châtiment, mais le rassemblement de tous ceux qui écoutaient la Parole de Dieu et qui voulaient bien se laisser saisir par la puissance de l'Esprit Saint. A travers cette présentation, à travers ces réflexions, nous voyons à quel point la prédication de Jésus a dû être originale, profonde, marquante, pour arriver à sortir les contemporains et plus particulièrement les proches et les disciples qui suivaient Jésus pour arriver à les sortir des schémas tout faits qu'ils pouvaient avoir, de la manière toute faite dont ils comprenaient le travail du Messie ou le travail du prophète, pour essayer, précisément, de leur manifester que sa mission était différente.
C'est pourquoi sans doute Jésus a dû beaucoup insister sur la notion de service, sur la notion de donner sa vie pour le peuple, sur la notion du serviteur souffrant pour montrer qu'Il ne venait pas parmi les hommes pour assurer je ne sais quelle vengeance de Dieu, comme un certain nombre d'hommes l'attendaient, mais au contraire pour être vraiment le témoin rayonnant du pardon et de la tendresse de Dieu adressée à tout homme.
AMEN