IL EST POSSÉDÉ DU DÉMON

Gn 35, 1+6-7+9-15 ; Mc 3, 20-35

(4 février 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Boixhe : les démons

A

 

près l'institution des douze, voici le retour des pharisiens. Ces pharisiens qui, dans les épisodes précédents, avaient porté contre Jésus toutes sortes de reproches : "Il mange avec les pécheurs. Il ne jeûne pas et ses disciples non plus. Il ne respecte pas le sabbat". Il laisse faire à ses disciples quelques actions qui sont contraires à la Loi ou aux prescriptions que développe la Loi. Mais, en définitive, ces reproches portent sur l'extérieur, sur un discours du Christ, sur des paroles, sur des actes qu'Il fait, même quand il s'agit de guérir ou de rendre la vue aux aveugles le jour du sabbat.

L'accusation qui est portée aujourd'hui par les pharisiens, est beaucoup plus grave, pour deux raisons. D'abord parce que c'est une calomnie : "Il est possédé d'un esprit impur. Il est possédé du diable." Les autres accusations portaient sur des faits réels. C'est vrai que Jésus guérissait le jour du sabbat. C'est vrai que ses disciples ne jeûnaient pas. Aujourd'hui c'est sur quelque chose de faux que porte l'accusation des pharisiens. Et en plus, non pas sur quelque chose d'extérieur, sur une parole ou un acte ou quelque chose de visible, mais sur la personne même du Christ et, de façon plus profonde, plus intime, sur sa liberté personnelle. "Il est possédé du démon !" Ce qu'Il fait, c'est moins Lui qui le fait que le démon qui se sert de Lui, qui le domine, qui le possède et qui agit par Lui. Cette tactique est bien connue. On l'appelle dans le langage ordinaire par l'expression : "Qui veut tuer son chien, l'accuse de la rage."

Ce que veulent faire les pharisiens c'est perdre le Christ et, pour le perdre, ils vont l'accuser de leur propre péché, nous le verrons tout à l'heure. Ils veulent discréditer, ils veulent disqualifier la personne même du Christ et pas seulement son action, sa Parole, ses paraboles, son enseignement. Ils veulent disqualifier la personne même du Christ aux yeux du peuple qui, de plus en plus le suit et comprend son message de salut, son message de guérison. Ils appellent mal le bien que fait le Christ et ils accusent le Christ d'être complice de ce mal et de laisser agir, par sa propre liberté, Satan lui-même.

Mais on sait aussi que l'homme qui est démasqué, l'homme qui se sent débusqué, transfère sur quelqu'un d'autre le mal qu'il porte en lui-même par l'accusation que ce mal habite et contraint l'autre. C'est une façon de se cacher ce mal qui est dans son propre cœur. L'accusation que les pharisiens portent contre le Christ va, en définitive se retourner contre eux-mêmes, car le Christ va les accuser d'être, eux, les complices du mal, les complices de Satan. Les pharisiens accusent Jésus, Jésus va refaire porter l'accusation sur les pharisiens en leur disant : "Si vous m'accusez, c'est parce que c'est vous qui êtes dominés par l'Accusateur." Or l'Accusateur, celui qui accuse, celui qui dénonce, celui qui veut détourner du salut, de la Parole de Dieu, de la lumière, de la présence de Jésus comme Fils de Dieu qui vient sauver, l'Accusateur c'est le diable.

C'est à la lumière de cette parole de Jésus, de cette parabole, que les pharisiens qui se croyaient des hommes forts, qui se croyaient des hommes justes, vont se reconnaître non seulement fragilisés, mais divisés en eux-mêmes, vont se reconnaître aux prises avec le mal. Et le Christ se manifeste, comme Il le dit Lui-même, comme un homme plus fort encore, qui vient piller la maison. Cette maison est aux prises d'un homme fort. Le cœur des hommes et des pharisiens est sous l'emprise du démon, mais le Christ vient, plus fort, plus puissant, comme le disait Jean-Baptiste : "Vient après moi quelqu'un de plus puissant que moi", ce plus puissant c'est le Christ. C'est Lui qui vient diviser, c'est Lui qui vient piller, c'est Lui qui vient ruiner l'œuvre du mal dans le cœur des hommes, l'œuvre de Satan dans le cœur de ces pharisiens qui l'accusent de façon fallacieuse.

C'est ainsi que, dès le début de l'évangile de saint Marc, Jésus manifeste que la puissance du démon est finie, comme Il le dit Lui-même : "Si Satan s'est dressé contre lui-même, et en accusant Jésus les Pharisiens s'accusent eux-mêmes, il est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini." Mais il y a encore cette parole très curieuse et très importante de Jésus : "Tous les péchés des hommes seront pardonnés, tous. Tous les blasphèmes proférés contre Dieu seront pardonnés, sauf le péché contre l'Esprit". Or le péché contre l'Esprit c'est justement de prétendre que Jésus n'est pas le Christ et de l'accuser de faire une autre œuvre que celle de Dieu. "Celui qui pèche contre l'Esprit n'aura jamais de pardon, il est coupable d'une faute éternelle." Jésus vise ainsi ceux qui disaient : "Il est possédé d'un esprit impur." Et traiter Jésus d'esprit impur, c'est refuser tout simplement d'être purifié.

C'est le refus du pardon qui est l'échec du pardon de Dieu. Que cette eucharistie, que cet évangile qui nous remet devant cette personne du Christ Sauveur qui vient ouvrir notre cœur pour le délivrer du pillage permanent de Satan et du mal, que cet évangile, que cette eucharistie ouvrent tout notre être à cette nécessité du pardon. Que rien en nous, et spécialement dans notre liberté, soit refus de ce pardon de Dieu, de cette présence de Jésus qui vient guérir.

 

AMEN