POURQUOI LES PARABOLES ?

1 R 8, 22-29 ; Mc 4, 26-34

(30 janvier 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

A

 

insi donc, Jésus parlait habituellement en paraboles, pour enseigner les foules et pour enseigner ses disciples. Et même saint Marc nous dit qu'Il se tenait à ce genre littéraire de la parabole, même si apparemment les gens ne comprenaient pas toujours, puisque, en particulier, les disciples demandaient des explications. Si Jésus s'en tenait à cette forme d'expression de la parabole, ce n'est sans doute pas pour rien. Ce n'est pas comme on le croit parfois trop facilement parce que Il devait s'adresser à ces paysans de Galilée que nous prenons pour des gens culturellement sous-développés, et que par conséquent, il fallait leur tenir un langage simple et à leur portée, en partant de leur vie concrète et quotidienne. Ce n'est pas exactement la raison pour laquelle Jésus parlait en paraboles, puisque précisément, même les disciples qui fréquentaient assidûment l'enseignement de leur Maître, ne comprenaient pas. Si Jésus parlait en paraboles, c'est parce qu'il y avait sans doute une autre raison.

C'est que le genre littéraire de la parabole utilise beaucoup de symboles et beaucoup d'images, est le langage le plus propre, le plus adéquat pour nous dévoiler le mystère que Jésus voulait nous révéler. En effet, Jésus ne vient pas expliquer le Royaume. Son langage n'est pas celui d'un professeur de mathématique ou de sciences naturelles qui fait un traité d'anatomie ou qui explique les équations du second degré. Le langage que Jésus a à tenir, c'est un langage mystérieux parce qu'Il dit quelque chose, Il décrit une réalité, mais Il ne peut pas la décrire dans sa totalité. Il ne peut pas l'épuiser. Et c'est précisément la richesse du langage de la parabole. C'est pourquoi la Bible est fourmillante de symboles, de signes, de représentations, parce que toujours, ce langage d'images, de signes, est le seul langage qui soit propre à la fois à éveiller notre cœur à ces réalités, et en même temps, à nous manifester que jamais nous ne pourrons les expliquer complètement.

La plupart du temps, lorsque nous nous trouvons devant une page de la révélation biblique, nous trouvons toujours que Jésus ou les prophètes auraient dû dire les choses de telle sorte que ce soit limpide et clair comme de l'eau. Mais ce n'est pas exactement ainsi que le Seigneur en a disposé. La révélation nous révèle quelque chose, mais en même temps qu'elle révèle, elle suggère, elle laisse entendre qu'il y a encore beaucoup d'autres choses cachées que nous ne pouvons pas comprendre, mais pour lesquelles notre cœur, à travers ce langage doit petit à petit se laisser éveiller.

Le chrétien est quelqu'un qui voit l'invisible. Il voit, sans voir. A la fois, en regardant le grain de sénevé, le grain de blé qui est jeté dans la terre et qui pousse, en voyant tous ces symboles, le filet jeté dans la mer, les poissons qui sont ramassés, à travers tout cela, Jésus fait voir, fait entrevoir quelque chose du Royaume de Dieu, mais c'est comme s'Il nous mettait en garde et nous disait : "Attention, ce que vous croyez comprendre, n'est pas encore suffisant. Ce que vous avez déjà pressenti n'est pas le tout. Il y a encore autre chose." C'est ainsi que la parabole évoque, au mieux, la profondeur du langage de la foi. A la fois, être engagé sur ce chemin qui nous conduit au Royaume, le chercher par notre cœur, notre sensibilité, notre intelligence et par l'éveil de tout notre être, mais en même temps, savoir que ce langage, que cette révélation ne nous donne aucune prise sur le Royaume, mais simplement qu'elle nous ouvre le cœur et les yeux.

Et nous qui sommes de plus en plus familiers de cette parole de Dieu, car nous l'avons reçue depuis notre naissance et qu'à travers toutes les étapes de notre vie, elle a sans cesse ouvert notre cœur à la réalité du mystère du Royaume, demandons de savoir en faire son véritable usage. Un usage qui n'est pas de posséder une sorte de science biblique par laquelle nous aurions réponse à toutes les questions des hommes Ce serait un faux-savoir, et je me demande si chez certains théologiens aujourd'hui, on n'a pas faussé, dénaturé profondément le sens de la Parole de Dieu en la réduisant à un faux-savoir qui peut peut-être satisfaire l'homme moderne, mais qui, en réalité, ne remplit plus la véritable fonction de la Parole de Dieu qui est d'ouvrir notre cœur sur l'invisible et sur l'indicible.

 

AMEN