LE CIRCUIT ÉCONOMIQUE INVISIBLE DE L'ÉGLISE
2 Co 4, 13-15 ; Mc 3, 13-19
(30 janvier 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, continuant ce portrait de l'apôtre Paul nous arrivons aujourd'hui au cœur de la proclamation du message qu'il veut transmettre aux Corinthiens, non pas que ce soit la première fois, mais pour Paul, le message de l'évangile tient en une seule phrase : l'affirmation de la mort et de la résurrection de Jésus.
Après avoir évoqué toutes les difficultés, ensuite le statut de sa propre parole, la manière dont lui-même doit annoncer l'évangile, et après avoir assez longuement développé comment la puissance de la mort et de la vie agit dans le cœur des Corinthiens comme dans le cœur de Paul, quand il dit : "La vie fait son œuvre en vous et la mort fait son œuvre en nous", il veut dire par là que ce n'est pas seulement une sorte de vase communicant, mais il veut dire que tout ce qui se passe chez l'un est solidaire de ce qui se passe chez l'autre. En réalité, c'est un des premiers passages que nous ayons qui affirme si clairement dans le Nouveau Testament ce qu'on appellera plus tard dans le "Je crois en Dieu", la communion des saints. Le lien de chaque croyant à Dieu par le Christ est si fort, que là, où dans la société, on ne s'aperçoit pas des répercussions des uns sur les autres, ici dans cette société qu'est la communion des saints, dans l'Église, cela a toujours constamment des répercussions. Si quelqu'un a une œuvre de vie qui est en train de jaillir en lui, peut-être qu'il le doit à l'œuvre de mort, c'est-à-dire, de renoncement, d'abnégation qu'un autre est en train d'accomplir. C'est cette intercession permanente des uns pour les autres qui fait le circuit économique de la vie spirituelle de l'Église. De même que dans la société moderne on s'en aperçoit parfois pour notre plus grand malheur, ce sont des sociétés d'échanges qui ont sans cesse tendance à s'accélérer, de la même façon, Paul envisage la communion des frères entre eux et d'eux avec lui comme une sorte de circuit d'échanges spirituels.
Ce qui est assez fascinant, c'est que les échanges au niveau économique, on s'en aperçoit tous les jours, on peut les mesurer, ce sont les chèques, les cartes bancaires, les achats, les ventes, les opérations bancaires, boursières, etc … là on les voit, mais il faut imaginer que le circuit d'échanges, de dons et de partages spirituels entre les croyants des différentes communautés est aussi intense et aussi profond.
En fait, la prière c'est la vie économique de l'Église. C'est l'échange, c'est le moment où chacun d'entre nous est appelé par le Christ à être intercession et prière pour les autres. C'est comme cela que l'Église respire et que ce monde de la vie de l'Église respire par l'échange permanent de la prière, de l'intercession, de la demande, de l'action de grâces.
Or, tout cela repose sur quoi ? C'est ce que Paul a dit dans le passage que nous avons entendu tout à l'heure : "Ayant le même esprit de foi, celui dont il est écrit : j'ai cru c'est pourquoi j'ai parlé, c'est pourquoi nous parlons, nous savons que celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus et nous placera dans la gloire auprès de lui". Lorsque Paul réalise que tout ce circuit d'échanges qui se passe actuellement entre les croyants, il dit que le seul fondement, le seul moteur de ce circuit d'échanges c'est l'échange fondamental que le Christ a réalisé par sa mort et sa résurrection, en donnant sa vie pour nous, il nous a donné d'être les uns et les autres pour lui. Non seulement pour lui dans le temps présent, mais d'être pour lui dans l'éternité.
C'est pourquoi tout le régulateur de la vie du corps de l'Église, de la communion spirituelle de tous les saints c'est le mystère sans cesse réactivé, sans cesse agissant de la mort et de la résurrection du Christ dans l'Église. Paul peut dire alors qu'en fonction de ce lien de foi qui nous attache à la résurrection du Christ, en raison de cette confiance fondamentale que j'ai dans cette résurrection, que je peux partager avec vous, tout ce que vous vivez et que vous pouvez partager avec moi, je peux partager avec vous tout ce que je vis. Tout cela est écrit à peine vingt-trois ans après la mort et la résurrection du Christ. C'est déjà une vision de la globalité du mystère de l'Église qui est absolument étonnante. Paul, qui pourtant n'a pas été le témoin oculaire de la mort de Jésus, mais qui a été le témoin de sa résurrection dans sa vision sur le chemin de Damas, réalise dès ce moment-là, que toute la richesse de ce qui fait la vie spirituelle des communautés croyantes qu'il a fondées, s'enracine dans la mort et la résurrection du Christ.
Cette réalité-là, ce fondement même de l'existence chrétienne, c'est ce qui ne pourra jamais changer. Quand nous disons que nous sommes chrétiens, nous disons que le lien que nous avons avec le Christ mort et ressuscité pour nous, nous établit tous dans cette communion et nous fait partager, non seulement les mêmes valeurs et les mêmes convictions, mais nous fait partager les mêmes événements de grâce, les mêmes transfigurations de gloire en gloire comme il le dit lui-même dans l'épître, et la même progressive transformation pour aboutir à la résurrection.
AMEN