TROIS REGARDS
1 R 3, 4-15 ; Mc 3, 1-12
(29 janvier 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN
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uivons du regard quelques scènes de cet évangile. Suivons du regard le regard de quelques personnes ou groupes de personnes de cet évangile.
Il y a d'abord le groupe des pharisiens, ces hommes très respectueux de la Loi et donc respectables, ces hommes qui avaient un sens aigu de la justice, de l'exécution de ce qui est juste, exprimé dans la loi de Moïse et dans toutes les prescriptions qui ont été ajoutées à cette Loi, tant dans l'ordre social, rituel et autres. Ces pharisiens, qu'ont-ils comme regard ? L'évangile nous le dit : "Ils épiaient pour voir s'Il allait faire une guérison le jour du sabbat, afin de l'accuser." Voilà le regard de ceux qui, dans cette religion juive, étaient considérés comme "les purs", comme "les saints", comme des gens exemplaires, moralement et spirituellement peut-être irréprochables. Eux, ils ont un regard qui épie et un regard qui épie c'est un regard extrêmement pointu, non pas un regard plus ou moins vagoïde qui suit de loin la ligne de l'horizon, car il faut discerner le mal chez l'autre, afin de l'accuser. C'est un regard qui est parfois le nôtre, sans parfois nous en rendre compte. A travers ce regard, nous laissons notre cœur, chercher, discerner et dénoncer le mal de l'autre.
Le deuxième groupe et son regard, "les esprits impurs, en le voyant, s'écriaient : "Tu es le Fils de Dieu !". Les esprits impurs, ce sont justement ceux qui sont situés à l'inverse, à l'opposé des pharisiens. Ce sont qui non seulement véhiculent quelques maux physiques, quelques malformations ou lèpres, mais ce sont ceux qui sont habités par le mal, qui sont presque "possédés" par les forces diaboliques, ces légions dont un autre passage de l'évangile fait écho. Or, c'est curieux, ceux-ci voient le Christ. Et en voyant le Christ, Jésus, ils proclament le centre de la foi chrétienne : "Tu es le Fils de Dieu !" les bons et les justes épient le mal, les esprits impurs proclament que Jésus est le Fils de Dieu. C'est le monde à l'envers, n'est-ce pas ? Troisième regard. "Jésus promena sur eux un regard de colère à cause de l'endurcissement de leur cœur." Ceux-ci n'ont pas été purifiés ni guéris, les pharisiens, car épier pour chercher le mal et accuser ne peut pas engendrer ce dont Jésus parlera dans les Béatitudes : "Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu !" les autres non.
Tant et si bien que même après la guérison de l'homme à la main desséchée, le mal de leur regard se transforme en volonté de perdre, pas simplement de dénoncer le mal mais en désir de tuer, malgré le signe que Jésus leur a donné en guérissant cet homme malade. Alors que "les esprits impurs", en voyant cet homme malade et guéri, en voyant toutes ces foules de guéris qui viennent vers Jésus au point de l'oppresser et faire qu'Il se manifeste un peu agoraphobe, au moins à ce moment-là, tous ces esprits impurs "voyant la guérison des malades" sont purifiés et leur cœur devient pur et voit Dieu : "Tu es le Fils de Dieu !"
A chacun son regard. L'essentiel, au fond, c'est de reconnaître la puissance du Christ Sauveur qui guérit, et forts de cette guérison, savoir que, nous aussi, nous en avons, de façon urgente et profonde, un immense besoin.
Voilà donc quelques réflexions. Les esprits impurs l'ont proclamé Fils de Dieu, et probablement que, partiellement en tout cas, la béatitude des cœurs purs s'applique à eux. Les autres sont repartis avec la mort de l'autre dans la volonté, la mort dans leur cœur, la mort dans leur âme. Et Jésus, malgré ce qu'Il a fait pour eux, n'a pu s'empêcher et ne peut encore s'empêcher de promener son regard avec colère, à cause de l'endurcissement de leur cœur, et peut-être aussi du nôtre.
AMEN