PARABOLE DE LA GRAINE

1 S 15, 10-23 ; Mc 4, 1-20

(2 février 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

T

oute cette parabole nous met en face de cette nécessaire croissance qu'est notre vie. Notre vie n'est qu'en germe. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est qu'un tout petit bout de la vraie vie à laquelle nous sommes appelés.

Un proverbe dit : "Qui n'a connu que le gland ne peut imaginer le chêne !" Qui n'a connu que les graines, qui n'a jamais vu un arbre, ne peut imaginer ce que la graine contient en promesse. Et à cause du Christ qui vit en nous, nous sommes une promesse de vie. Encore faut-il accepter que notre vie soit "en de­venir", qu'elle ne soit jamais arrivée. Et même ajouter que rien de ce que nous vivons est en fait acquis. Il n'y a pas de trésor, hormis la Parole de Dieu qui s'en­semence en nous, il n'y a pas vraiment de trésor que nous puissions vraiment acquérir et considérer comme définitivement acquis pour nous.

La vie que nous menons n'est vraiment vie que si elle s'articule fermement au Royaume qui commence à germer en nous. Mais à chaque fois que nous nous arrêtons sur le bord du chemin, à chaque fois que nous nous détournons de cette croissance fondamentale, nous empêchons la vraie vie de croître en nous. Et nous acceptons alors que la mort qui cha­que jour nous attaque, nous gangrène, nous abîme et tue la promesse de vie. Alors en écoutant cette para­bole, en essayant de réveiller en nous l'ardeur d'une vraie vie, ayons le souci de ne pas considérer notre vie comme un chemin horizontal, sans promesse ni avenir, mais sachons qu'elle n'a jamais fini de déve­lopper pleinement toutes les potentialités qu'elle contient et que nous ne sommes toujours qu'en che­min. A un tel point que nous pourrions même consi­dérer que nous ne sommes pas au repos et qu'il n'y aura de repos que dans le Seigneur Lui-même et que si nous nous arrêtons en croyant que nous sommes enfin arrivés c'est que nous prenons une étape provi­soire pour la fin et le but du voyage.

Alors remettons-nous en chemin, remettons-nous dans la promesse que Dieu fait sur nous, dans l'idée qu'Il a de nous afin qu'elle puisse enfin germer. Cessons de flâner sur ces chemins pierreux ou ces bords de chemin qui manquent de racines. Acceptons que la graine qu'Il dépose en nous par sa Parole et par son eucharistie, s'enracine enfin en nous définitive­ment et trouve la bonne terre. N'opposons pas au Sei­gneur que des lieux infertiles mais essayons de trou­ver avec Lui l'endroit où Il puisse déposer, en paix et en profondeur, cette Promesse de vie éternelle et que jamais nous nous contentions d'étapes provisoires, de petits germes qui ne sont que le reflet d'un éclat déri­soire par rapport à la lumière éternelle qui sera celle de notre gloire avec le Seigneur. Ne nous contentons pas d'un provisoire ou d'un éphémère, mais réveillons en nous l'appétit, l'appétit de la vie éternelle qui nous fait ouvrir le cœur vers le Seigneur.

 

 

AMEN