LE REPOS DE DIEU

He 4, 1-11

(30 janvier 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN 

L

'auteur de l'épître aux Hébreux continue sa méditation sur ce parallèle entre Jésus et Moïse, Moïse qui devait conduire le peuple dans le repos de la terre promise, mais qui lui-même n'y entra pas car il avait douté de 1'efficacité de la promesse de Dieu et Jésus qui est obéissant jusqu'à la mort et qui ouvrira la porte de la terre promise, en ressuscitant du tombeau.

Comparaison également entre le peuple d'Israël et le nouvel Israël, le peuple des chrétiens. Les premiers n'ont pas su rester "en communion de foi avec la Parole qu'ils avaient reçue de Dieu. Ils ont désobéi et ne sont pas entrés dans son repos." Mais la promesse de Dieu ne devient pas caduque à cause de l'infidélité ou de la désobéissance des hommes, parce que depuis les origines, "depuis le commencement, la promesse est parfaite" et Dieu ne peut pas la reprendre. Et c'est nous, maintenant, l'Église et tous les hommes qui sommes invités à "demeurer en communion avec la Parole reçue" et par notre obéissance à marcher sur ce chemin qui nous conduira au repos.

       Je ne sais pas ce que vous pensez lorsqu'on parle du repos, dans la perspective, dans le régime de la foi. Moi je pense que vivre la foi n'est vraiment pas de tout repos. Cependant, nous sommes invités, dès aujourd'hui, à vivre dans un repos, à nous reposer. Et c'est vrai que nous disons assez familièrement que, dans l'au-delà, enfin, on pourra se reposer de toutes nos fatigues. D'ailleurs l'Apocalypse le dit et je pense que c'est vrai. Mais il faut essayer de comprendre de façon plus fine ce que veut dire le repos aujourd'hui.

       Nous sommes des êtres fatigués et fatigants non pas parce que nous avons beaucoup d'activités mais parce que ce qui nous fatigue le plus c'est le très grand écart, le grand abîme qu'il y a entre ce à quoi nous sommes appelés et ce que nous vivons. Je prends l'exemple de la charité. Ce n'est pas fatigant d'aimer les autres, de faire la charité, de vivre la charité, si ce n'est parfois quelque fatigue physique, mais le problème n'est pas là. Mais ce qui est fatigant, c'est que toujours, en nous, il y a cette blessure du péché. Ce qui nous fatigue c'est notre péché. Ce qui nous fatigue, et qui nous rend fatigants pour les autres, c'est que nous n'accomplissons pas la parole de Dieu continuellement travaillés, blessés, minés, détruits par le péché. Et c'est pour cela que le péché est une maladie, parce qu'il nous fatigue, parce qu'il épuise nos énergies, comme une plante parasitaire qui vient pomper et sucer tout le suc, et qui empêche l'arbre véritable de croître, de porter fleurs et fruits. Ce qui nous fatigue c'est notre péché. Et notre péché c'est justement notre désobéissance à la promesse de Dieu, à la Parole de Dieu. C'est de nous sortir nous-mêmes de notre communion dans la foi, dans la confiance que cette Parole de Dieu peut combler notre vie. C'est pour cela que, dans la vie terrestre, nous ne connaîtrons pas le repos. C'est parce que, toujours, nous serons écartelés blessés à mort par ce péché.

       Et cependant, Jésus nous le promet, il nous faut, dès aujourd'hui, entrer dans son repos. Entrer dans son repos, c'est faire en sorte que tout notre être soit ouvert, accueillant au pardon, à l'amour, à la charité de Dieu. Ce qui nous repose, ce n'est pas de ne rien faire, ce n'est pas une espèce de farniente spirituel, c'est d'être ouvert à la vie de Dieu, parce que lorsque cette vie de Dieu entre en nous, elle éloigne le péché, elle rend les forces du péché moins agressives, moins destructrices. Elle nous refait, lentement, une santé spirituelle, une santé dans l'amour de Dieu. C'est cela d'ailleurs l'œuvre de la grâce et c'est pour cela qu'elle est reposante.

       Je crois d'ailleurs que, au-delà de la mort, dans ce lieu où nous disons que nous nous reposerons, ce sera probablement l'état de notre vie le plus actif, où nous serons totalement emportés, avec toute la puissance de nos forces, avec toutes nos facultés, ave toutes nos capacités, enfin nous atteindrons le maximum de notre énergie. Pourquoi ? Parce qu'Il n'y aura plus de péché ou de mal pour nous fatiguer et pour nous détruire, parce que tout notre être sera totalement envahi par l'amour de Dieu et donnera le meilleur de lui-même. Nous allons atteindre, à ce moment-là, toute notre puissance intérieure, toutes nos capacités d'aimer, de voir, de comprendre, de retenir, de connaître. Et alors ce sera vraiment le repos parfait.

       Ainsi c'est à cela que nous sommes invités dès aujourd'hui. Non pas à une sorte de tranquillité intérieure, non pas à une sorte de satisfaction, non pas à une sorte de tranquillité spirituelle. Ce n'est pas cela le repos que vient nous apporter Dieu. C'est cette tension permanente de tout notre être, dans tout son agir, intérieur, extérieur, personnel, communautaire, qui est ouvert à la réception de Dieu, à la recherche du visage de Dieu. Et dans la Bible, la recherche de la face de Dieu, de la contemplation est toujours liée à la notion de repos, même si les activités sont extrêmement fébriles.

        Alors, qu'en cet évangile, nous puissions ouvrir toutes nos forces, toutes nos capacités à l'énergie même de la grâce. Et dans la mesure où elle agira en nous, elle nous reposera de nos péchés, de nos limites, de nos blessures. Et ainsi, l'œuvre de Dieu se fait en nous, et ainsi, Lui-même nous "fait entrer dans son repos" qui n'est pas autre chose que cette activité débordante de la vision aimante et de la recherche de Dieu.

       AMEN