DAVID, LE ROI FOU DE DIEU
2 S 6, 12-23
(1er février 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Marchillac : Danse de David devant l'Arche
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e texte de David reprend l'idée de fondement sous un autre angle. Il y a des gens qui reconnaissent la présence de Dieu, et puis il y en a d’autres qui ne peuvent pas ou ne veulent pas la voir. Cette présence de Dieu symbolisée par l’Arche qui accompagnait, au sens profond du terme, le peuple dans le désert, comme à la fois son cœur, son essence, sa raison d’être et de marcher, sa raison d’être un peuple et d’être appelé, cette Arche qui est à la fois le recueil des Tables. Cette boîte fermée qui contient le secret de l’Alliance entre Dieu et Israël, cette boîte se retrouve chez Obed-Edom, et elle continue à diffuser et à témoigner de la présence de Dieu qui "marche au milieu de". Ce n'est pas parce qu'elle est fermée qu'elle ne donne pas ce que Dieu veut donner par diffusion, par contagion. Et David est celui qui en reconnaît la force et la puissance. Il ne veut cependant pas capter cette puissance, il veut d'abord la manifester, jouer de l'ivresse en la présence de Dieu. Au fond, le rapport des dieux et des hommes, avant la révélation, c'était un rapport de puissance : tu me donnes quelque chose qui relève de ta puissance, et au nom de cette puissance, je vais vaincre mes ennemis. Israël n'est pas tout à fait innocent de cette démarche, mais ici, c'est autre chose qui est dit : David ne veut pas forcément d'emblée récupérer la puissance de Dieu comme une garantie de son propre pouvoir de roi, mais il veut d'abord en signifier tout à fait gratuitement l'ivresse et l'exaltation devant Dieu venant visiter son peuple.
C'est un texte qui dénote, on n'est plus dans ce contexte de guerre, et les hommes de chaque tribu jalousent les dieux des autres qui ont effectivement le pouvoir qu'ils n'ont pas et c'est ainsi qu'ils vont remporter ou non la victoire. Ici, on est ailleurs, c'est un texte qui sort un peu du contexte des guerres qu'on entend souvent dans les textes de l'Ancien Testament, et qui signifie autre chose, une sorte de réjouissance de ce que Dieu est Dieu pour Lui, en soi, et que Dieu se dévoile. C'est un premier élément.
Deuxième élément : Dieu vient de faire Alliance avec des hommes et des femmes, et justement, on attendrait ici dans ce texte où l'on a parlé de fécondité, parce que vous avez entendu à la fin que la petite Mikal devient stérile, il y a là une des conséquences,( rappelez-vous Abraham et Sara) une des conséquences de la présence de Dieu, c'est la fécondité. Quand Dieu appelle Abraham, Il annonce quelque temps après que Sara, bien qu'âgée, aura un enfant. L'Alliance aura comme conséquence la fécondité, et cette fécondité que nous naissons nous-mêmes à la vie divine. Là il y a à la fois une réussite du côté de David qui se réjouit, qui danse, qui tournoie, gratuitement, qui manifeste sans aucune limite la présence de Dieu parmi les hommes, et puis il rentre chez lui pour porter cette bénédiction : "tout le monde s'en alla chacun chez soi. Comme David s'en retournait pour bénir sa maisonnée, Mikal qui était à la fenêtre, et qui avait méprisé David se refuse à recevoir la bénédiction que David avait montré en dansant comme un fou". Elle n'a vu que le fou, elle n'a pas vu qu'il était fou de Dieu ! Et l'on voit là quelqu'un qui est saisi par la présence de Dieu, quelqu'un qui le manifeste par un comportement, par une danse, par une sorte de gratuité, et puis qui s'en va porter cette bénédiction et cette ivresse, cette joie d'avoir rencontré Dieu, d'avoir été habité par Lui. Quand on danse, on est habité par une musique intérieure, on est saisi par quelqu'un, il veut transporter cette bénédiction jusque chez lui pour que son "chez soi" reçoive cette bénédiction, et Mikal ferme la porte. Mikal ne voit pas la raison de cette danse, elle ne voit que le déshonneur qui a atteint la personne même du roi David, elle ne voit pas que Quelqu'un l'habitait et le réjouissait. C'est pourquoi David lui répond : "C'est devant le Seigneur que je danse, par la vie du Seigneur qui m'a préféré à ton père. Je m'abaisserai encore davantage et serai vil à tes yeux, mais auprès des servantes dont tu parles, auprès d'elles, je serai en honneur. Et Mikal, fille de Saül n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort".
La bénédiction de Dieu se rend visible, des hommes et des femmes qui l'ont approché ont été saisis et se sont laissé voir saisis par Dieu. On entendra aussi saint Paul qui dit : "Ayant été saisi sur le chemin..." Il y a un saisissement de l'être profond de l'homme qui rencontre et découvre gratuitement cette présence, et ne s'en sert pas mais se laisse habiter par elle et la manifeste visiblement aux yeux des hommes. Il y a une forme de témoignage dans notre vie qui n'est pas forcément de chercher l'efficacité de la présence de Dieu, mais déjà d'en témoigner la présence, l'intimité, le compagnonnage, la façon dont Dieu accompagne chacun de nous, et qui est que nous avons à témoigner de notre joie d'être en Dieu.
Restez habillés, ne dansez pas immédiatement, mais il y a dans ce texte de la danse de David une sorte de générosité, de disponibilité à la grâce de Dieu qui peut nous inviter à nous ouvrir davantage à ce que Dieu veut pour chacun de nous.
AMEN