LES VOIES DE DIEU SONT IMPÉNÉTRABLES
Gn 27, 41-45 et 28, 1-5 ; Mc 5, 13-16
(27 janvier 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Bénédiction de Jacob
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rères et sœurs, je ne sais pas si vous avez saisi la complexité de la première lecture tirée du livre de la Genèse, puisque la liturgie a fait sauter un verset qui, à mon avis, est essentiel.
"Esaü prit son frère en haine à cause de la bénédiction que son père avait donnée à celui-ci". Cela fait référence au vol de la bénédiction quand Jacob fait semblant d'être Esaü en revêtant les habits de son frère, et en se recouvrant de poils, et en même temps, quelques versets avant on a vu que c'était Esaü qui avait vendu pour un plat de lentilles, son droit d'aînesse. Esaü se dit en lui-même qu'il va tuer son frère parce qu'il lui a volé cette bénédiction. Rebecca entend tout cela elle le dit à Jacob, et lui propose de s'enfuir chez son oncle Laban à Haran.
Voilà ce que dit le verset qui n'a pas été lu: "Rebecca dit à Isaac, je suis dégoûtée de la vie à cause des filles de Hèt, si Jacob épouse une des filles de Hèt, une des filles du pays, que m'importe la vie". Nous arrivons difficilement à comprendre la véritable raison pour laquelle Jacob s'est enfui. S'est il enfui parce qu'il a acheté contre un plat de lentilles le droit d'aînesse de son frère ? S'est-il enfui parce que son père l'a béni au prix dune contorsion en se faisant passer pour son frère ? Là on apprend qu'il y a une autre raison, en tout cas, c'est la raison que Rebecca donne à son mari chéri, elle ne lui parle absolument pas des problèmes de ses fils qui sont au bord du fratricide, elle utilise la loi et dit : je ne veux pas que mon fils se marie avec une fille du pays. C'est ce qui va emporter le morceau, et nous avons lu par la suite : "Isaac appela Jacob, il le bénit et lui fit ce commandement, ne prends pas une femme parmi les filles de Canaan."
Cette bénédiction qui semble si facile quand on lit la Bible, Abraham, Isaac, Jacob, en fait, c'est extrêmement complexe. On peut dire que nous assistons en direct au vol de la bénédiction et on découvre même que la bénédiction passe non seulement par un vol, mais par la tricherie. Et c'est ce que nous avons aussi entendu dans l'évangile. Jésus rentre à la maison, la maison est pleine à craquer parce que tout le monde veut venir, l'entendre, le toucher, se faire guérir, et des hommes avec un paralytique se trouvent face à cette situation : nous ne pouvons pas rentrer. Il faut donc trouver une ruse pour arriver à Jésus.
Cette ruse est extraordinaire : puisque la maison est remplie on va passer par un autre chemin, on va inventer un chemin, on va monter sur la maison, on va creuser un trou dans le toit, et on va y faire descendre le malade. Vous avez remarqué que dans l'évangile, il est dit : "Jésus voyant leur foi". Autrement dit, tout seul, on ne peut pas y arriver. Jacob tout seul ne pouvait y arriver non plus. Il a réussi à s'enfuir avec un minimum de bénédiction de la part de ses parents, et surtout de son père, grâce à sa mère qui a trompé son mari en lui donnant une fausse raison.
C'est très intéressant, parce que cela montre que les voies de Dieu, comme on le dit, sont impénétrables, surtout quand elles sont menées par la ruse et la volonté des hommes et des femmes. Je ne dis pas qu'il faut passer son temps à tricher, mais cela met en question montre désir de vouloir ou non absolument garder cette bénédiction que Dieu nous a donné, de se l'approprier. Cela pose la question du désir. Oui ou non, voulons-nous rencontrer Dieu et est-ce que nous prenons tous les moyens qui sont à notre disposition pour le rencontrer. Or, nous avons aujourd'hui deux exemples qui sont inconvenants, amoraux, et en même temps, ça marche !
Je crois que ces deux lectures nous posent deux questions fondamentales. La première, c'est celle de notre désir, et la deuxième, c'est que nous ne pouvons pas aller à Dieu tout seul. Nous ne pouvons pas bénéficier de cette bénédiction tout seul. Si j'ose aller jusqu'au bout de la comparaison, Jacob est comparable à cet homme paralytique, il lui fallait quelqu'un pour le porter jusqu'au bout et trouver une ouverture pour sortir. Celle qui a porté le paralytique, c'était Rebecca. Que nous sachions re-susciter dans notre propre cœur le désir de cette bénédiction que Dieu nous a donné, et surtout, que nous sachions nous porter les uns les autres.
AMEN