LE SENS DU JEÛNE

2 Co 4, 8-12 ; Mc 3, 1-12

(29 janvier 2009)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile, au moins dans sa première partie est relativement peu connue et commentée. Il s'agit donc du sens du jeûne. Les pharisiens jeûnaient selon les prescriptions de la Loi et les coutumes des juifs, les disciples de Jean-Baptiste jeûnaient également dans l'attente de la venue du Messie, et les disciples de Jésus ne jeûnent pas. Les pharisiens le reprochent à Jésus, et il va répondre en passant d'une conception purement disciplinaire ou purement ascétique du jeûne à une conception théologale. Le jeûne n'est pas simplement un exercice de piété, une manière de nous priver. Le jeûne n'est même pas une pratique qui nous permet de garder une meilleure santé, mais il signifie l'absence de quelqu'un qu'on aime. On jeûne parce que quelqu'un vous manque. Et le manque de nourriture n'est qu'une sorte de signification, de répercussion symbolique d'un manque plus profond. Jésus dit : "Tant que l'Époux est avec les compagnons de l'Époux, ils ne peuvent pas jeûner, parce qu'ils sont dans la joie et que l'Époux est avec eux". Il est très remarquable que dans ce passage de l'évangile, Jésus lui-même se proclame l'Époux. C'est ce que nous avons célébré le dimanche de Cana où Jésus, venu aux noces, s'est substitué au jeune époux pour donner du vin qui venait à manquer. Jésus dans un nombre relativement restreint mais très symptomatique, de passages de l'évangile est proclamé l'Époux, l'Époux de l'Église, c'est-à-dire l'Époux de l'humanité.

Jésus en s'incarnant, est venu rejoindre l'humanité son Épouse, et c'est pourquoi il n'y a pas de jeûne tant que le Christ est là parce que c'est la joie parfaite, c'est la joie de la présence de Dieu en chair et en os parmi nous.

Mais "viendront des jours où l'Époux leur sera enlevé", dit Jésus. C'est d'abord ce temps où Jésus sera mis au tombeau après avoir été crucifié, ce temps où les disciples vont jeûner parce que Jésus souffre, parce que Jésus est mort, qu'il est absent. Et puis il y aura le retour de Jésus ressuscité et de nouveau, les disciples n'auront plus à jeûner, c'est pourquoi d'ailleurs l'Église ne jeûne jamais pendant le temps pascal qui est le temps de la résurrection du Christ. Et puis, il y aura ce temps étrange dans lequel nous sommes, où le Christ ressuscité marche à la tête de son Église, et cependant, le Christ est déjà entré par l'Ascension dans la gloire du Père à laquelle nous ne participons pas encore, mais à laquelle nous sommes promis au jour de la résurrection de notre chair.

C'est ce temps de l'Église dans lequel nous sommes, qui est un temps qui tout à la fois, est un temps pendant lequel nous pouvons jeûner, parce que le Christ n'est pas visiblement parmi nous, bien que la promesse de notre propre résurrection qui est assurée par la sienne, cette promesse nous soit donnée. Nous ne devons pas concevoir les pratiques telles que celles du jeûne comme des pratiques purement légales, mais comme des pratiques qui ont une signification. Et c'est ce qui amène dans la suite de ce passage d'évangile à une discussion sur la nouveauté de l'évangile. Jésus dira : "On ne coud pas une pièce de drap neuve à un vieux vêtement, parce que la neuve déchire la vieille". Par cet exemple, Jésus veut dire que la nouveauté ne peut pas coïncider avec le maintien des choses anciennes. Il veut dire pas là que la Loi des juifs, cette Loi remplie d'observances est dépassée par la joie de l'Incarnation et ensuite celle de la Résurrection.

Nous sommes donc dans un Nouveau Testament, dans une nouvelle Alliance, dans une nouvelle relation de l'homme avec Dieu et comme le dit saint Jean, "notre joie est parfaite". Et encore, à propos de l'épisode du sabbat, Jésus va montrer que le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat, et que le Christ, précisément parce qu'il vient nous apporter la joie et la paix, le Christ est maître du sabbat, il est plus grand que le sabbat. C'est toujours la même idée que les observances n'ont pas de valeur simplement légale, mais qu'elles sont faites pour signifier, et le sabbat signifie le repos de Dieu en attendant le repos de l'éternité. Ce n'est donc pas quelque chose que nous devons nous imposer contre les exigences de la nature, mais quelque chose qui a une signification et qui doit être pris comme telle. C'est vrai de toutes les observances que la religion nous impose. Nous ne pouvons pas leur donner une valeur d'absolu, mais nous devons les réinterpréter en fonction de leur signification.

 

AMEN