LE DON DE DIEU EST TOUJOURS GRATUIT
Gn 27, 41-44 et 28, 10-22
(27 janvier 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Reims : Échelle de Jacob
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n vérité, Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas". Avant que les psychanalystes ne s'emparent des rêves et de leur interprétation, il y avait heureusement la possibilité pour les hommes d'avoir des rêves et des songes qui pouvaient être également manifestation de Dieu.
C'est le cas pour ce qu'on a appelé communément le songe de Jacob. Ce passage a donné certainement lieu à de nombreux commentaires. Ce songe de Jacob, j'aimerais avec vous, y relever un élément qui me paraît important. C'est la manière d'agir de Dieu, ce qu'Il dit, ce qu'Il fait, la manière d'agir de Jacob, ce qu'il dit, ce qu'il fait. Dieu vient de promettre à Jacob d'avoir une descendance aussi nombreuse que le sable répandu sur la terre, et Il lui dit : je te donne cette terre à toi et à tes descendants, là où tu viens de te reposer. Et Jacob ayant vu en songe, des anges monter et descendre sur l'échelle, voyant ainsi le ciel uni à la terre, se fait en lui-même ce vœu qui peut paraître quand même étrange, puisqu'il dit : "Si Dieu est avec moi et me garde dans la route où je vais, s'Il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, si je reviens sain et sauf chez mon père, alors, Dieu sera mon Dieu". Il y a au moins trois "si", donc trois conditions. On a là exactement le résumé de l'attitude religieuse de l'homme face à Dieu. Si Dieu me garde, si Dieu me donne telle chose, si Dieu me fait revenir, alors Dieu sera mon Dieu. L'attitude du Seigneur est pourtant tout à fait inverse. Dieu n'a mis aucune condition au don qu'Il fait : je te donne cette terre, je te donne cette terre, je te ferai habiter en ce lieu. Et le Seigneur n'a pas dit : si tu fais ceci, ou si tu fais cela, ce qu'Il donne, Il le donne entièrement, gratuitement, et Il n'attend rien en retour.
Je crois que tant que nous n'avons pas compris ce rapport véritablement religieux entre Dieu et l'homme, nous n'avons peut-être pas encore saisi quel don Dieu nous avait fait. C'est d'ailleurs ce que dira Jésus à la samaritaine : "si tu savais le don de Dieu". En somme, pour nous encore aujourd'hui, il nous faut reconsidérer que nous n'avons pas à mettre des conditions face à Dieu pour qu'il nous accorde quelque chose : Il nous l'a déjà accordé. Il a déjà réalisé ses promesses, ne sommes-nous pas la descendance d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ? Une descendance aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel et que le sable sur le rivage des mers. Ne sommes-nous pas en train de demeurer et d'habiter dans un lieu saint : l'Église est ce lieu saint. Notre propre vie comme le dira saint Paul, temple de l'Esprit Saint est ce lieu saint où le ciel s'unit à la terre.
Oui, Dieu nous fait grâce, Il nous a fait grâce et Il nous fera grâce, c'est-à-dire qu'Il donne gratuitement. Jacob va devoir maintenant faire l'expérience dans la suite, d'aller chez son oncle Laban, d'avoir deux épouses, Léa et Rachel, d'avoir une descendance nombreuse, douze fils, et ensuite, il va revenir sur la terre et franchir ce gué du Yabboq. En revenant sur la terre, là même où il avait vu en songe le ciel et la terre s'unir, il va devoir combattre contre un inconnu. Effectivement, il revenait sur la terre promise, il revenait avec une descendance nombreuse, il avait mangé, il était bien vêtu, toutes les promesses de Dieu étaient réalisées. Mais Dieu restait pour lui encore un inconnu. Il doit combattre contre Dieu, c'est-à-dire qu'il doit se tenir debout, il doit lui faire face, parce que Dieu ne lui demande que cette chose : sa liberté, la liberté de l'aimer gratuitement.
Cette invitation nous est faite. Qu'en recevant les dons de Dieu et sa grâce, cette gratuité du Seigneur puisse ouvrir la liberté de notre réponse d'amour.
AMEN