LE JEÛNE SIGNE DU DÉSIR DE DIEU

2 S 12, 1-15 a ; Mc 2, 18-28

(30 janvier 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage d'évangile se situe après la mort de Jean-Baptiste. Le jeûne est situé comme un jeûne de deuil. D'une façon plus générale Jésus aborde la question du jeûne de manière très différente de la mentalité de l'époque.

L'Ecriture réclamait qu'il y ait un jour de jeûne le jour des expiations, mais les pharisiens avaient ajouté deux jours de jeûne par semaine. Ils avaient ainsi multiplié leurs actes de piété et d'atta­chement à Dieu. Seulement, dans la Bible, le jeûne exprimait surtout un signe d'humiliation face à Dieu et d'entière dépendance par rapport à Dieu. Finale­ment ce jeûne est aux dimensions humaines et Jésus à qui l'on reproche que ses disciples ne font pas comme les autres ni comme les disciples de Jean-Baptiste proche de Jésus, ni comme les pharisiens qui se considéraient comme des hommes pieux, Jésus met le jeûne à un autre niveau.

Il le place non plus comme un exercice de piété des hommes vis-à-vis de Dieu, mais par rapport à sa personne, sa personne qu'Il qualifie d'Époux. C'est pourquoi Il parle du jeûne non plus en fonction de dispositions humaines, mais en fonction de l'ab­sence ou de la présence de l'Époux. Il place ainsi le jeûne sur une tout autre dimension, celle d'un atta­chement indéfectible à sa personne, au-delà de l'arra­chement qu'Il doit subir, puisque nous lisons dans cet évangile que "les amis de l'Époux jeûneront quand l'Époux leur sera enlevé." Le véritable terme est celui d'arrachement qu'emploie aussi Isaïe.

Pour nous le jeûne doit être non plus simple­ment une disposition humaine, de type purement pié­tiste, mais le signe de notre attachement à Jésus, notre Époux. Il est cet Époux, Celui qui donne sa vie entiè­rement pour ceux qu'Il aime. Donc toute forme de jeûne à l'heure actuelle, dans l'Église n'a de sens et de signification que par rapport à notre désir d'appartenir de plus en plus à l'Époux. Et ce n'est pas autre chose. Et c'est ce désir qui doit motiver toutes nos actions de jeûne ou de pénitence. Ce désir est appelé à un achè­vement ou plus exactement à une communion. Donc le jeûne ne peut plus être qu'un signe et non plus une fin en soi comme le pensaient les pharisiens ou les amis de Jean le Baptiste.

C'est pourquoi l'Église actuelle prévoit cer­tains jours de jeûne pénitentiel et prévoit même ce qu'on appelle le jeûne eucharistique puisque, une heure avant de communier on demande de s'abstenir d'aliments solides ou une demi-heure pour les ali­ments liquides, excepté pour les malades et les per­sonnes âgées. Mais cela n'est pas une disposition hu­maine pour faire avancer une quelconque piété parmi les chrétiens. Il s'agit simplement de creuser en nous le désir de la présence de l'Époux. Et cette présence de l'Époux se réalise d'une façon quotidienne dans le don de son eucharistie.

C'est pourquoi l'évangile enchaîne tout de suite sur l'histoire du vieux vêtement et des outres neuves. Pourquoi ? Parce que Jésus vient faire "cra­quer" les dispositions humaines, Il vient nous remplir de sa joie. Et devant cette joie qui doit nous remplir de la présence de Dieu au milieu de nous, aucun arti­fice, fût-il le meilleur au niveau du rituel, ne peut soutenir la joie d'être en présence du Seigneur. On ne met pas de vin nouveau dans des outres vieilles, on ne met donc pas le Christ en nous-même dans des vieil­leries, dans un homme ancien, dans un homme passé, mais au contraire dans un homme nouveau, comme le dit saint Paul, "renouvelé", et il ne peut être renouvelé que par la présence du Christ.

Que dans cette eucharistie, nous sachions comprendre que chaque eucharistie motive et approfondit en nous ce désir de la présence de Dieu, désir qui sera réalisé pleinement quand nous le verrons face à face, mais qui se réalise déjà d'une manière invisible mais pourtant réelle dans le don du corps et du sang. Le Christ est ce vin nouveau qui doit nous remplir d'allégresse et réjouir le cœur des hommes chaque fois que s'approfondit en nous cette union, cette présence pour toujours de Lui avec nous.

 

 

AMEN